C’est une étude observationnelle dont les résultats sont parus dans la prestigieuse revue "British medical journal". Des médecins français ont comparé deux groupes de patients hospitalisés en région parisienne. Certains avaient reçu le médicament anti-paludéen, d'autres non. Les conclusions sont très nettes.

Une nouvelle étude démontre l'inefficacité de l'hydroxychloroquine
Une nouvelle étude démontre l'inefficacité de l'hydroxychloroquine © Maxppp / Belga / Benoît Dopagne

Les chercheurs français ont observé pour cette étude 181 patients admis à l’hôpital dans un état grave. Souffrant de pneumonies, ils avaient besoin d’assistance respiratoire, mais ne nécessitaient pas de réanimation immédiate. Parmi eux, 84 ont reçu de l’hydroxychloroquine chaque jour, les autres sont restés sans ce traitement. "Notre étude est partie sans a priori car le but d’un médecin est de trouver un médicament qui fonctionne", affirme l'un des auteurs du papier, le professeur Matthieu Mahévas, du service de médecine interne de l’hôpital Henri Mondor de Créteil. Plutôt optimiste au départ sur ce traitement, parce qu’il avait envie d’y croire, ce professeur a bien été obligé de constater la faiblesse de l’intérêt du médicament.

Pas d’effet de la molécule sur le pronostic des patients

Au bout de 21 jours de traitement, la molécule n’a servi à rien pour ces cas graves. "Parmi ces patients, le fait d’ajouter de l’hydroxychloroquine ne semble pas améliorer le pronostic", affirme le médecin, avec regret.

Professeur de médecine interne à l’hôpital Cochin, à Paris, Nathalie Costedoat-Chalumeau avait des doutes, de son côté, sur ce médicament qu’elle connaît bien par ailleurs pour son efficacité contre les maladies auto-immunes comme le lupus. L’étude l’a confortée dans ce sens : le taux de transfert des patients en réanimation est le même dans les deux cas, 75% environ, au bout de trois semaines, et le taux de survie des malades est semblable également, autour de 90%, dans les deux groupes. "On a regardé s’ils allaient moins souvent en réanimation ou s’ils décédaient moins souvent, et en réalité, on observe les mêmes chiffres, détaille-t-elle. "Le médicament ne change pas leur chance de rester vivant en échappant à la réanimation, il n’y a pas d’efficacité de l’hydroxychloroquine, malheureusement", conclue-t-elle. 

Une étude randomisée encore nécessaire pour avoir une preuve certaine

C’est donc une page qui se tourne pour ce médicament qui n’est d’ailleurs plus prescrit en île-de-France selon ces médecins. Mais pour avoir une preuve certaine et définitive de son inefficacité, un essai thérapeutique à plus grande échelle avec tirage au sort est encore nécessaire. Il faudra donc patienter encore plusieurs mois avant d’en avoir totalement le cœur net.

En attendant, une seconde étude, chinoise, publiée elle aussi dans la revue BMJ, s’est penchée sur les patients hospitalisés qui présentent une forme légère ou modérée de Covid-19. Parmi les 150 cas étudiés, la moitié a reçu la molécule chaque jour, l’autre non, et la conclusion est sans détour. Au bout d’un mois, l’hydroxychloroquine n’a pas permis d’éliminer le virus plus rapidement et pire, ceux qui ont été traités avec cet antipaludéen ont souffert à 30% d’effets indésirables. Selon la revue médicale britannique, ce médicament utilisé pour soigner certaines maladies auto-immunes comme le lupus n’a pas de raison d’être utilisé comme un "médicament de routine" face au Covid 19. 

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