Quand on est vacciné, on a beaucoup moins de risques de développer une forme symptomatique ou grave du virus mais dans quelle mesure a-t-on moins de risques de contracter et de transmettre le virus ? Voici ce que disent les études, les cas et les experts.

Dans les campagnes isolées de Haute-Garonne, un "vaccibus" vient vacciner la population directement dans les villages.
Dans les campagnes isolées de Haute-Garonne, un "vaccibus" vient vacciner la population directement dans les villages. © Lilian Cazabet / Hans Lucas via AFP

En cette pause déjeuner d'un jour ensoleillé de la fin mai, une dizaine de personnes attend devant le petit chapiteau rouge d'un centre de test PCR parisien. Dans la file, une petite dame tue le temps au téléphone. Elle a la voix qui porte : "Oui, je refais un test. Celui que j'ai fait est positif... C'est très probablement un faux positif, je suis vaccinée". 

Quelques jours plus tard, au Stade de France, l'un des plus gros vaccinodromes de France, un médecin pique du Pfizer à tout va. On lui pose la question. Quand on est vacciné, on a beaucoup moins de risque de développer une forme symptomatique ou grave du virus mais dans quelle mesure a-t-on moins de risque de contracter et de transmettre le virus ? "Alors là... J'en sais rien. Pourquoi vous me demandez ça, vous êtes statisticien ?", répond le médecin.

Ces deux scènes de la vie sous Covid sont révélatrices des questions sans réponses qui planent au-dessus de cette campagne de vaccination. Une zone d'ombre dont tentent de profiter les antivaccins, qui se répandent sur les estrades et réseaux sociaux pour crier que les Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Johnson&Johnson et autres vaccins, inutiles, ne protègent pas les patients. La preuve : des patients vaccinés ont attrapé le Covid-19 ! 

Alors, quand on est vacciné, dans quelle mesure a-t-on moins de risques de contracter et de transmettre le virus ? Difficile de donner une réponse tranchée à cette question. Mais avec le recul que commence à nous donner la campagne de vaccination mondiale, des cas concrets, de nombreuses études et les lumières de certains experts nous aident à mieux répondre à la question. 

Ce que montrent les cas concrets

En quelques mois, plus de deux milliards d'humains ont été vaccinés. Dans certaines collectivités, comme les Ehpad en France, on peut observer une population 100% vaccinée. Dans certaines îles, comme les Seychelles, ou dans certains pays, comme Israël, la majorité de la population a été vaccinée. Que nous enseignent ces environnements sur la propagation du virus chez des personnes vaccinées ?

Le cluster dans un Ehpad du Jura. Ce cas a été relayé dans un article de la revue Clinical Infectious Diseases. Le 8 mars 2021, un résident de 92 ans, vacciné, ressent des douleurs abdominales, de la fièvre, et a de la diarrhée. Il s’avère positif au variant sud-africain. 31 patients vivent dans cet établissement. Cinq ne sont pas vaccinés, 26 le sont. Tous les résidents non vaccinés (5/5) sont touchés par le Covid. La moitié des retraités vaccinés, 13 sur 26, sont infectés. Parmi ces 13 malades, deux ont présenté une maladie grave tout comme quatre résidents non vaccinés.

Le cas des Seychelles. Aux Seychelles, le pays le plus vacciné au monde, les cas de Covid-19 ont augmenté en flèche le mois dernier. Cet archipel de l’océan Indien bordé de palmiers, et connu pour ses plages, compte près de 100 000 habitants. 72% de la population a reçu les deux doses de vaccins contre le Covid. Mais la courbe des contaminations a explosé, d’un coup (voir ci-dessous). Le 13 mai, rappelle Bloomberg, un tiers des 900 cas recensés était totalement vacciné. 

La majorité des habitants vaccinés des Seychelles a reçu le sérum chinois Sinopharm, approuvé par l’OMS, et le vaccin AstraZeneca. Sont-ils moins efficaces face aux variants ? "L'immunité collective n'a-t-elle pas été atteinte ? Le pays est-elle aux prises avec une variante plus infectieuse capable d'échapper aux défenses fournies par certains types de vaccins ?" se demande Bloomberg. Difficile de répondre à ces questions. Face à la recrudescence des cas de Covid en pleine campagne de vaccination, sur la chaîne CNN, le président Wavel Ramkalawan affirme : "La majorité des personnes testées positives étaient celles qui ne s’étaient pas faites vacciner. Quant aux vaccinés qui ont eu le Covid-19, ils étaient asymptomatiques".

Le nombre de nouveaux cas quotidien aux Seychelles a augmenté au mois de mai, par rapport au nombre d'habitants.
Le nombre de nouveaux cas quotidien aux Seychelles a augmenté au mois de mai, par rapport au nombre d'habitants. / Our World in Data

Malades 36 jours après une seconde dose. La NEJM, The New England Journal of Medicine, revue médicale américaine très sérieuse, relate l’histoire de deux femmes tombées malades après avoir reçu leur deuxième injection de vaccin. Moderna pour l’une, âgée de 51 ans, Pfizer BioNTech pour l’autre, qui a 65 ans. Les deux sont à ARN messager. Et pourtant, elles sont tombées malades 19 et 36 jours après leur vaccination. Les chercheurs ont découvert la présence importante de virus dans les analyses salivaires de la patiente de 51 ans, preuve d’une contamination à un variant très présent à New York au mois de mars. Un variant différent du variant britannique et new-yorkais.

Des patients reçoivent une dose du vaccin BioNTech/Pfizer dans un centre de vaccination installé à l'intérieur de la Derby Arena à Derby, le 31 mars 2021, en Grande-Bretagne.
Des patients reçoivent une dose du vaccin BioNTech/Pfizer dans un centre de vaccination installé à l'intérieur de la Derby Arena à Derby, le 31 mars 2021, en Grande-Bretagne. © AFP / Oli Scarff

Ce que nous disent les études

Le Covid-19 se transmet-il après une vaccination ? Aux quatre coins du monde, des chercheurs ont mené des études de grande ampleur pour comprendre son impact sur la population, comme aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Israël. Les résultats sont signifiants : le vaccin casse les chaînes de contamination.

La vaste étude de l'agence de Santé britannique. L’agence de Santé britannique, la Public Health England, a mené une vaste étude auprès de 57 000 patients, issue de 24 000 foyers. Dans ces ménages, une personne vaccinée avait malgré tout contracté le coronavirus. Ils ont comparé les niveaux de transmission avec des familles dans lesquelles aucun membre n'avait reçu d'injection. Il en ressort que, trois semaines après avoir reçu la première dose, les personnes vaccinées sont 38% à 49% moins susceptibles de transmettre le virus à leur famille. Et ce, à n'importe quel âge. Résultat : une personne vaccinée, même positive, est beaucoup moins contagieuse et contaminera moins autour d'elle.

L'étude des autorités sanitaires américaines. De l'autre côté de l'Atlantique, près de 136 millions d'habitants, soit 41% de la population américaine, ont reçu les deux doses de vaccin. Un rapport du CDC, le Centre américain de lutte et de prévention des maladies, publié la semaine dernière, révèle que 0,01% des personnes entièrement vaccinées contre le Covid-19 entre janvier et avril ont ensuite été contaminées par le virus. Autrement dit, et si on préfère être optimiste, 99,99% des Américains vaccinés seraient de facto immunisés. L'étude porte sur les 101 millions de personnes qui étaient entièrement vaccinées aux États-Unis entre le 1er janvier et le 30 avril. En tout, 10 262 contaminations ont été rapportées deux semaines ou plus après une vaccination complète. 

Deux études américaines sur les malades vaccinés. Pour tenter de comprendre la contamination de nouveaux malades, pourtant vaccinés, deux études fouillées sont à relever aux États-Unis. La première nous emmène à Dallas. Seulement quatre des 8 121 employés entièrement vaccinés du Southwestern Medical Center de l'Université du Texas ont été infectés. La seconde a pris ses quartiers en Californie. Elle révèle que seulement sept des 14 990 travailleurs de l'UC San Diego Health et de la David Geffen School of Medicine de l'Université de Californie à Los Angeles ont été testés positifs deux semaines ou plus après avoir reçu une deuxième dose des vaccins Pfizer-BioNTech ou Moderna. Les deux rapports ont été publiés dans le New England Journal of Medicine. Les chercheurs de l'étude texane estiment que le vaccin a empêché le développement de formes plus graves de la maladie, ce qui est son principal objectif.

La vaste étude israélienne. Israël est l’un des pays qui compte la plus forte proportion de population vaccinée contre le Covid-19. Le 14 février, après une étude réalisée sur plus d’1,2 million de patients, dont 600 000 immunisés par des doses Pfizer BioNTech, l’un de ses co-auteurs Ben Reis, déclare : "Il s’agit de la première preuve validée par les pairs de l’efficacité d’un vaccin dans les conditions du monde réel". Elle confirme l’efficacité du vaccin américain à 94%. Surtout, l’étude révèle une efficacité de 92% contre la possibilité d’être infecté tout simplement par le virus. Trois à quatre semaines après la première dose, la fréquence des infections asymptomatiques (quand on est positif au test mais sans symptôme de la maladie) est réduite de 52 % par rapport à la population contrôle. Selon les chercheurs, une semaine après avoir reçu sa deuxième dose de vaccin, une personne a dix fois moins de risques d’être infectée sans le savoir et de potentiellement transmettre le virus. Deux doses permettent donc de casser les chaînes de contamination. Des résultats encourageants, mais Noam Barda, l’un des deux auteurs, avertit : "Cette étude ne peut pas garantir que nous ayons détecté toutes les infections asymptomatiques".

Ce qu'en disent trois experts

Ces études nous prouvent une chose : être vacciné protège dans la plupart des cas contre les formes graves de la maladie. Dans ces essais cliniques, Pfizer l'avait déjà souligné : un vaccin ne prévient pas de 100% des infections. Trois experts nous éclairent et nous expliquent pourquoi il est malgré tout possible d'être contaminé, et quelles conséquences peuvent avoir les variants sur la vaccination.

Daniel Floret, de la Haute autorité de santé: "D’abord, le but était de vacciner pour protéger les personnes les plus à risques, les plus vulnérables face au virus", dit-il à France Inter. "Mais à présent, il faut modifier la stratégie vaccinale. On sait que les vaccins permettent de réduire la transmission du virus. Cela permet d’envisager une autre stratégie qui n’est plus seulement de prévenir les formes symptomatiques de la maladie, mais de réduire sa circulation. Il est aussi possible de contracter le virus car l’immunité démarre 14 jours après la première dose, soit le temps pour l’organisme de produire les anticorps. Quand un vaccin est efficace à 94% contre le virus, cela veut dire qu’il y a 94% de moins de risque de développer une forme symptomatique de la maladie." 

Dans les faits, explique M. Floret, cela veut dire que dans un groupe de personnes non vaccinées où 100 patients sont en contact avec le Covid, si tout le monde était vacciné, il n’y en aurait plus que six qui contractent la maladie. Une courbe publiée dans les résultats de l’essai clinique de phase 3 du vaccin Pfizer le démontre. Quatorze jours après l’injection, les deux courbes (groupe placebo et groupe vacciné) se séparent. L’une poursuit sa progression, l’autre stagne. 

"Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine", le 31 décembre 2020
"Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine", le 31 décembre 2020 / The New England Journal of Medicine

Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Henri-Mondor, à Créteil: "Le risque zéro n’existe pas", explique-t-il à France Inter. "Personne n’a dit que le vaccin prévenait de 100% des infections. Il y a trop peu de vaccins qui ont ce taux d’efficacité", dit-il avant de rappeler : 

Il y a bien des vaccins appelés "stérilisants", mais ils sont rares, comme celui contre la variole, le tétanos et la rougeole. Ils permettent une immunité totale contre le virus, une fois le vaccin administré. 

"A l’inverse, les vaccins contre la typhoïde et contre la coqueluche, par exemple, fonctionnent moins bien. Pour en revenir aux vaccins contre le Covid-19, le taux d’efficacité contre les formes graves avec les vaccins est très élevé. En dehors de cas très particuliers qui ont un déficit immunitaire, à l’hôpital, on n’a pas de patients malades et qui ont reçu les deux doses de vaccin. Pour améliorer la stratégie de vaccination, la Haute Autorité de santé recommande de faire vacciner les proches des plus fragiles. Une stratégie de "cocooning" pour protéger les patients immunodéprimés (greffe de moelle osseuse, chimiothérapie après un cancer) car le vaccin est pour eux beaucoup moins efficace. Car se vacciner, c’est protéger les autres." 

L'avis de Meaghan Kall, épidémiologiste de la Public Health England (PHE) : "C’est une lumière dans la nuit" 

"La vaccination semble toujours avoir un impact sur la propagation du coronavirus. 73% des cas positifs au variant Delta depuis début février sont des patients qui ne sont pas vaccinés. Seulement 3,7% des malades touchés par ce variant ont reçu les deux doses. Seulement 5 % des admissions à l'hôpital chez les personnes atteintes du variant Delta étaient entièrement vaccinées et deux décès ont été enregistrés".

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Le vaccin reste donc efficace contre le variant Delta, pourtant plus contagieux. Cette conclusion rejoint l’étude menée par une équipe britannique. Elle a comparé l’efficacité des vaccins Pfizer-BioNTech et AstraZeneca sur des populations exposées au variant indien. Avec deux doses de Pfizer, l’efficacité passe de 93,4 % pour la variant britannique (B.1.1.7), à 87,9 % pour le variant indien (B.1.617.2). Mais de 66,1 % à 59,8 % pour deux doses d’AstraZeneca.