Le variant P1 fait des ravages au Brésil, où 66 000 personnes sont mortes de la Covid au mois de mars. En France, bien que réduites, les liaisons aériennes avec les métropoles brésiliennes sont maintenues. Pour le professeur Salomon, conditionner l'entrée en France à un test PCR négatif n'est pas suffisant.

Les vols en provenance du Brésil ont certes été réduits mais n'ont pas été suspendus. 350 personnes arrivent chaque semaine. Des tests PCR ou antigéniques sont demandés ou réalisés à l'arrivée
Les vols en provenance du Brésil ont certes été réduits mais n'ont pas été suspendus. 350 personnes arrivent chaque semaine. Des tests PCR ou antigéniques sont demandés ou réalisés à l'arrivée © AFP / Martin BUREAU

Avec près de 4 000 morts quotidiens, l’épidémie de Covid-19 est hors de contrôle au Brésil. En cause : le variant P1, plus dangereux, résistant et contaminant, selon plusieurs études. Cette situation commence à inquiéter en France où, contrairement au Portugal, les vols en provenance du Brésil, bien que réduits, n'ont pas été suspendus. Selon Jean-Baptiste Djebbari, 350 personnes arrivent chaque semaine sur le territoire hexagonal en provenance du Brésil (contre 50.000 avant la pandémie). Des tests PCR ou antigéniques sont demandés ou réalisés à l'arrivée. Mais cela n'est pas suffisant, selon le professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP. Entretien.

FRANCE INTER : Sait-on où le variant P1 a débuté ?

REMI SALOMON : "La situation de la pandémie au Brésil est catastrophique. Le gouvernement brésilien n'a pas pris les mesures de distanciation, de gestes barrières que la plupart des autres pays. L'épidémie flambe, la situation sanitaire y est absolument catastrophique. À la mi-décembre est arrivé à Manaus, en Amazonie, un variant appelé P1, qui a ensuite circulé très vite ensuite sur l'ensemble du Brésil et qui est aujourd'hui majoritaire. Ce variant porte la mutation E484K, comme le variant sud-africain, et cette mutation rend la souche qui le porte plus résistante aux vaccins, c'est le premier problème. Deuxième problème : ce variant brésilien est manifestement nettement plus transmissible que la souche historique, mais également probablement que la souche britannique. S'il arrive sur le sol européen et français, il pourra connaître une croissance rapide." 

Les quelques passagers qui arrivent du Brésil sont testés au départ ou à l'arrivée. Cela ne vous semble pas suffisant ?

"Si vous vous contaminez la veille ou l'avant-veille de votre départ et que vous faites un test PCR juste avant de prendre l'avion, ce test sera négatif. Il ne devient positif qu'au bout de quatre, cinq ou six jours après la contamination. De même, le test antigénique qu'on ferait à l'arrivée à Paris serait tout aussi négatif. Donc on va manquer toute une partie des gens qui se seront contaminés dans les jours qui précèdent leur départ." 

Quelle solution vous parait donc la meilleure ?

"Il y a plusieurs moyens. Si on veut vraiment bloquer le variant brésilien, on bloque tous les voyages. C'est ce que fait le Portugal actuellement. Il n'y a aucun vol qui va du Brésil au Portugal. Ça c'est le moyen le plus radical. Après, on peut faire ce qu'on appelle une quarantaine, c'est à dire qu'on met les gens en isolement, dès l'arrivée et pendant une dizaine de jours, et on refait des tests à la fin de cette période d'isolement. Et là, on a passé la période d'incubation et on est à peu près certain que si le test est négatif, la personne n'a pas été contaminée avant de partir. La question est suffisamment sérieuse, le risque est suffisamment important pour que l'on prenne toutes les mesures, et qu'on s'assure que la quarantaine est respectée.

Imposer une quarantaine, c'est ce que font actuellement les Britanniques et beaucoup d'autres pays dans le monde. Si vous ne la respectez pas, actuellement, en Grande-Bretagne, c'est 10 000 livres d'amende. Il faut être sûr que les gens appliquent cet isolement pour diminuer au maximum le risque que de nouvelles personnes viennent avec le variant en France. Il est déjà présent sur le territoire français, mais pour le moment, en quantité très limitée." 

Le variant a donc déjà voyagé ?

"Il est déjà présent dans d'autres pays d'Amérique du Sud,  notamment au Chili, mais également en Amérique du Nord. À Vancouver, en Colombie-Britannique, ils ont le variant P1 depuis un peu plus d'un mois et il commence à avoir une croissance exponentielle. Ils commencent également à l'observer aux États-Unis, dans l'État du Massachusetts et en Floride. 

Je pense qu'il faut prendre le maximum de mesures pour limiter son arrivée en Europe. Ne le faire qu'en France n'aurait pas de sens parce que les gens circulent à l'intérieur de l'Europe. D'ailleurs, le premier cas détecté en France, dans le Var, c'est une personne qui venait de Manaus et qui a pris l'avion jusqu'à San Paolo, puis vers Francfort et Marseille. Si l'on veut limiter l'arrivée du variant en France, il faut que les différents États européens se coordonnent pour prendre des mesures. Et donc je pense que la mesure la plus efficace, compte tenu du fait que le test PCR peut être pris en défaut, c'est de faire une quarantaine, c'est à dire un isolement d'une dizaine de jours à l'arrivée du voyageur, et de refaire un test à la fin de cette période d'isolement. 

Des mesures ont déjà été prises : ne peuvent venir du Brésil que les ressortissants français et quelques cas très exceptionnels pour les autres nationalités. Pour les cas qui sont détectés sur le sol français, la période d'isolement passe de 7 jours à 10 jours et quand un cas est déclaré à l'école, un seul cas suffit à fermer la classe, etc. Mais ces mesures, il faut les renforcer."

Y a-t-il un risque de recontamination avec ce variant ?

"À Manaus, les gens avaient connu une première vague, beaucoup de gens avaient été contaminés par cette première vague : plus de la moitié de la population. Cela n'a pas empêché ce variant P1 de réinfecter un certain nombre de personnes qui avaient déjà eu une première infection avant l'été. C'est aussi ce qui se passe en Inde, où la pandémie connaît aussi une explosion et une intensification assez importante. 

Il faut vraiment une coordination internationale, une bonne connaissance des variants potentiellement dangereux, repérer les pays dans lesquels ils circulent et puis limiter la circulation des voyageurs. Il faut aussi vacciner dans l'hémisphère sud pour limiter ces explosions de la pandémie qui augmentent le risque de voir émerger des variants." 

MISE À JOUR : Mardi après-midi, lors des questions d'actualité, le premier ministre a annoncé la suspension jusqu'à nouvel ordre les liaisons aériennes entre le Brésil et la France. "Nous constatons que la situation s'aggrave et nous avons décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre tous les vols entre le Brésil et la France", a déclaré le chef du gouvernement qui n'a pas précisé si la décision allait être partagée par les autres pays européens.