Course d'exception et très engagée, le Vendée Globe ne néglige pas pour autant la sécurité. Depuis plusieurs éditions, la direction de course utilise les services des satellites pour localiser les icebergs et définir une Zone d'Exclusion de l'Antarctique où les marins n'ont pas le droit de naviguer.

Iceberg
Iceberg © CLS

Les premiers navigateurs du Vendée Globe sont entrés dans les Quarantièmes rugissants et avec eux, les conditions de mer se sont durcies. En plongeant dans les mers du Sud et en contournant l'Antarctique, une menace nouvelle apparaît : les icebergs. Pour assurer aux marins une sécurité maximale, la direction a défini cette année encore une ZEA (Zone d'Exclusion de l'Antarctique) dans laquelle les marins n'ont pas le droit d'aller. Il s'agit d'une ligne virtuelle de 72 points séparés de 5° qui entoure le cinquième continent. Elle est régulièrement actualisée.

la Zone d'Exclusion Antarctique
la Zone d'Exclusion Antarctique / CLS

Le temps où Jean-Luc Van den Heede se retrouvait au milieu d'un champ d'icebergs est révolu. "Il y a 30 ans, on n'avait pas l'information sur les icebergs donc en effet, on pouvait passer l'Antarctique à la corde", raconte le directeur de course Jacques Deraes. "Aujourd'hui on ne le fait pas à la corde, on le fait au 3eme couloir. Ça peut bouger. Quand on peut ouvrir le terrain de jeu, on l'ouvre, quand on voit des remontées de glace, on le ferme. Le Vendée Globe, ce ne sont pas les jeux du cirque."

Définie en amont de la course avec le concours de la société CLS (Collecte Localisation Satellite) la ZEA a été fournie aux navigateurs au départ des Sables d'Olonne. Vendredi dernier, elle a été légèrement modifiée, des blocs de glace ayant été repérés aux abords des îles Crozet. 

Jimmy Viard, analyste radar CLS basé à Brest
Jimmy Viard, analyste radar CLS basé à Brest / CLS

Une petite dizaine de satellites différents sont utilisés pour cette localisation de glace, en particulier des satellites radar imageurs Radarsat 2 et Sentinel 1, et des satellites altimétriques initialement prévus pour mesurer le niveau des mers. CLS utilise 5 à 6 de ces engins institutionnels pour détecter tout ce qui dépasse de la surface de l'eau. Ces engins ont la capacité de couvrir l'Océan austral par grosses portions (100km par 100km). Revers de la médaille, ils ne voient pas de petits détails. Puisque les icebergs ne sont pas visibles à l'œil nu, il y a donc un gros travail d'interprétation des images et de combinaisons des données, explique Sophie Besnard, directrice internationale en charge du projet chez CLS : "Notre stratégie c'est d'abord de voir les très gros, ceux qui font une centaine de mètres, et ensuite avec un autre savoir-faire, situé à Brest, on est capable de prévoir la dérive des icebergs, la dislocation. On simule donc par des modèles la production de morceaux plus petits."

Iceberg de 450 m sous le vent
Iceberg de 450 m sous le vent / CLS-ESA Copernicus/ sentinel 1

À pleine vitesse, croiser un cube de glace de la taille d'une armoire normande peut être fatal à un marin. Il n'est pas exclu que Gerry Roufs, disparu en mer lors de l'édition de 1997 n'en ait pas été victime. D'où l'importance de cette vigie spatiale. Les responsables de la course veillent à ce qu'aucun concurrent du Vendée Globe ne soit pénalisé en cas de modification de la ZEA. "D'autant qu'il peut y avoir de gros écarts entre le premier et le dernier", souligne Jacques Deraes.

"Les deux grandes fabrique à glaçons sont la mer de Ross et la mer de Weddell", ajoute t-il, deux baies où la glace de mer se fracture au gré des saisons et libère des blocs qui vont ensuite dériver et fondre au contact des eaux plus chaudes. Selon le directeur de course, c'est l'Atlantique Sud qui est le plus dangereux, à l'aller comme au retour, une fois le cap Horn passé. Même dans des eaux à 22°, il arrive qu'on trouve des icebergs. Les marins encore en course dans le Vendée Globe sont dans l'antichambre de ce terrain miné !