Piégé dans les glaces russes pendant 46 500 ans, un lionceau des cavernes tout juste né a été découvert en 2015. Exceptionnellement bien conservé, il est présenté à la Grotte Chauvet 2 dès samedi.

Le lionceau Uyan découvert en 2015
Le lionceau Uyan découvert en 2015 © Semen Androsov

Découvert dans les glaces de la Yacoutie (province russe), ce bébé lion atteste de la présence du félin à l'époque glaciaire aux côtés du mammouth, du rhinocéros laineux et du bœuf musqué.

Une momie très bien conservée

C'est une momie fossilisée quasiment intacte que Iakov Androsov a découvert en 2015. 

Le bébé lion n'était d'ailleurs pas seul à sortir du permafrost gelé à la faveur du réchauffement climatique. 

"Il pleuvait beaucoup, nous attendions dans la tente et nous avons décidé d'aller voir la rivière malgré tout" explique son découvreur, chercheur de mammouths, rhinocéros laineux et autres animaux de la Préhistoire. 

Sur la berge, alors que nous marchions, nous avons vu un effondrement. Il y avait un morceau de fourrure. Nous sommes allés chercher les pelles et avons commencé à creuser. Nous avons trouvé deux morceaux sales et c'étaient les lionceaux !

Lavés avec l'eau de la rivière Uyandina, le bloc de terre encore gelé laisse alors apparaître ces deux boules de poils, des lionceaux des cavernes tout juste nés et intacts quoiqu'un peu écrasés

Le bébé lionceau aux côtés de son découvreur Iakov Androsov
Le bébé lionceau aux côtés de son découvreur Iakov Androsov / Laureline Fusade

L'un des cinq grands mammifères de la Préhistoire

La Yacoutie, grande comme sept fois la France, est gelée en permanence à 95% car une grande partie de cette république russe se trouve au dessus du cercle polaire. 

Réchauffement climatique aidant, le dégel estival des rivières provoque l'effondrement des berges. C'est là qu'apparaissent alors une défense, une côte, de la fourrure. Et que les cinq entreprises officiellement autorisées à dégager les fossiles dénichent les témoins de l'ère glaciaire. 

La faune préhistorique de l'époque comportait, à l'image des cinq grands animaux de la savane africaine de nos jours, un groupe de cinq espèces endémiques, "les big 5": mammouth, rhinocéros laineux, bœuf musqué, cheval et lion des cavernes.  

Mort sans avoir tété sa mère

Si le premier mammouth a été sorti du pergélisol (sol gelé en permanence) en 1999, suivi de très nombreux autres spécimens, les lions des cavernes restent rares. 

Après Uyan et Dina en 2015, deux autres félins ont été extraits en Russie. Cela a confirmé les récits anciens. La présence supposée de cette espèce est désormais attestée. Après avoir été analysés par différentes équipes scientifiques (comprenant des Américains, des Japonais et des Néerlandais), les deux lionceaux livrent leurs secrets. Ils ont 46 500 ans et n'ont pas eu le temps d'être allaités. Le professeur Albert Protopopov, vice président du comité Mammouth à l'Académie des Sciences de Yakoutie revient sur cette découverte. 

Nous n'avons trouvé aucune bactérie provenant du lait maternel dans leur estomac et leur intestin, mais de la terre

C'est la preuve que les lionceaux, à peine nés, ont perdu leur mère. Ils ont cherché à s'alimenter de terre avant d'être ensevelis sous terre et d'y rester 400 siècles. L'ADN a également été étudié. Il révèle des différences avec les lions modernes. 

Comme l'attestent les peintures de la grotte Chauvet, ajoute le Pr Protopopov, les lions mâles préhistoriques n'avaient pas de crinière. 

Pour lui, qui annonce la publication des résultats d'ici un an, comparer les restes fossiles avec les dessins de l'art pariétal permet de compléter les connaissances sur cette faune du grand Nord. À la faveur du réchauffement climatique, elle se dévoile. 

Ce bébé lion est le clou de l'exposition Des lions et des hommes : 400 siècles de fascination qui s'ouvre ce samedi 6 avril à la Grotte Chauvet 2 en Ardèche (jusqu'au 22 septembre 2019).

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.