On savait qu'un séjour prolongé dans l'espace pouvait modifier l'expression des gènes. Le suivi médical et les analyses menées sur les astronautes jumeaux de la Nasa montre qu'un séjour longue durée n'est pas sans conséquence sur d'autres paramètres physiologiques.

Selfie de Scott Kelly lors de sa mission de 340 jours
Selfie de Scott Kelly lors de sa mission de 340 jours © NASA

Sur les 559 femmes et hommes qui sont allés dans l'espace, Mark et Scott Kelly se distinguent. Ce sont de vrais jumeaux. Une aubaine pour la Nasa qui après leurs vols, les a soumis dans le cadre du programme Nasa Twins Study à un nombre considérable de tests pour mesurer les changements de l'apesanteur sur leur organisme. 

La vie dans une station spatiale n'est pas une promenade de santé. Une fois passé l'entrainement long et exigeant, les équipages sont soumis au stress du voyage, au bruit ambiant, à l'absence d'intimité sans parler des radiations cosmiques et de l'absence de gravité.

Deux ADN identiques qui varient sous l'effet de l'apesanteur

L'intérêt de l'étude de la Nasa porte sur la comparaison des génomes des deux frères homozygotes. Ils sont nés avec le même ADN. Mark n'a effectué que de courts séjours dans l'ISS.  La dernière mission de Scott, en revanche, a duré 340 jours.  Il fait d'ailleurs partie des huit  astronautes à avoir dépassé les 300 jours consécutifs dans l'espace. 

Ce qui est le plus préoccupant selon Francine Garret-Bakelmann qui a supervisé le suivi de 25 mois, c'est l'impact des radiations. Elles ont provoqué des aberrations chromosomiques (en particulier des mutations plus nombreuses chez Scott que chez Mark resté à terre). Scott a reçu une dose de 146 millisieverts pendant son long séjour. À titre de comparaison, un travailleur du nucléaire en France ne doit pas recevoir plus de 20 millisieverts selon la norme admise. 

Chromosomes modifiés

Plus surprenant, la réaction des télomères de Scott. Les télomères sont situés à l'extrémité des chromosomes et raccourcissent avec l'âge, le stress et l'inflammation. Pour l'astronaute, ils se sont au contraire allongés pendant son vol avant de raccourcir au retour sur Terre. Même si la plupart ont retrouvé leur taille initiale, un certain nombre est resté anormalement court précise la chercheuse. Lors de résultats préliminaires, il avait été montré que l'expression de 7 % des gènes étaient modifiés après un long séjour spatial et de façon pérenne. En clair, sous l'effet de l'apesanteur, les gènes qui contrôlent certaines fonctions impliqués dans le système immunitaire, la formation des os ou la réparation de l'ADN ne remplissent plus correctement leur rôle. 

L'espace rend t-il bête ?

Plus surprenant, six mois après être rentré sur le plancher des vaches, Scott Kelly n'avait pas retrouvé la totalité de ses fonctions cognitives. Plus bête qu'avant à cause d'un séjour dans une station orbitale ? Jean-François Clervoy, astronaute lui-même attribue ce changement à la démotivation après une mission ultra exigeante pour laquelle les professionnels doivent mobiliser toute leur attention. Moins intéressé par ce qu'on leur demande, ils réussiraient moins bien en somme.  

Sans surprise, Francine Garret-Bakelmann pointe la nécessité de trouver des parades pour les futures missions vers Mars qui dureront au minimum 30 mois et pour lesquels les astronautes seront moins protégés qu'en restant à l'altitude de l'ISS (400 km d'altitude).  

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