Il y a quatre ans, lors du précédent Vendée Globe, Sébastien Destremeau avait été le dernier à boucler son tour du monde après 124 jours en mer, cinquante de plus que le vainqueur Armel le Cléac’h. A 56 ans, le Toulonnais repart pour un nouveau tour de la planète sur un monocoque ancien baptisé Merci.

Après une première expérience et quelques galères, Sébastien Destremeau repart pour un deuxième Vendée Globe
Après une première expérience et quelques galères, Sébastien Destremeau repart pour un deuxième Vendée Globe © Jean-Louis Carli / Alea

FRANCE INTER : Après 124 jours passés en mer et quelques galères, on pensait que vous étiez vacciné. Mais finalement non, vous repartez ? 

SÉBASTIEN DESTREMEAU : "C’était une évidence de repartir. On a eu ce projet fou de prendre le départ avec mes trois frères pour faire quatre frères, quatre Vendée Globe, quatre océans. C’était trop ambitieux, on n’a pas réussi à concrétiser ce projet. On s’est demandé si je pouvais repartir seul et ça a été une évidence. On s’y est vraiment mis en février dernier mais avec le confinement quelques semaines plus tard, on a paniqué. Si on s’y était pris un peu avant, on aurait évité ce piège-là."  

Que recherchez-vous sur ce nouveau Vendée Globe ? 

"Je pars avec l’unique motivation de savoir si j’en suis capable. La dernière fois, j’étais parti dans l’inconnu. Aujourd’hui, je veux savoir si j’en suis capable en sachant ce qui m’attend. Il y a quatre ans, il n’y a pas grand-chose qui pouvait m’arrêter. Il m’est arrivé plein de trucs, j’ai galéré un petit peu et ça ne m’a pas arrêté. Je me demandais si j’avais encore cette force de surmonter les galères. Et ma qualification (effectuée en août dernier) m’a beaucoup rassuré sur ce plan-là."   

"Le Vendée Globe a changé ma vie"

Le premier Vendée Globe vous avait-il complètement comblé ? 

"Oh oui ! Il m’a beaucoup apporté. Il a changé ma vie. La plus grande leçon que cette épreuve m’a apprise, c’est à quel point elle touche et elle marque au fer rouge les gens qui s’y intéressent. On ne peut comparer ça à rien d’autre, de par sa longueur et sa difficulté. Quatre ans après, il y a encore des gens qui vous arrêtent et qui vous remercient d’avoir raconté votre histoire, de leur avoir montré la force que tout est possible. Le Vendée Globe, c’est ça. Deux ans après mon arrivée, je fais une conférence à Bandol dans le Var à côté de chez moi. La salle de 450 places était comble. Je viens raconter mon Vendée Globe et ça remplit une salle dans une ville comme Bandol. Ça m’a éclairé. Voilà encore un exemple de ce qu’est le Vendée Globe. La profondeur de ce truc." 

Vous aviez manqué de nourriture il y a quatre ans. Est-ce que cette fois vous en emmenez plus pour ne pas connaître de pénurie ? 

"On prévoit un petit peu plus cette fois-ci (rires). La dernière fois, on avait prévu pour 112 jours et on avait perdu un sac, détruit par une inondation dans le bateau. Il manquait beaucoup sur la fin. Là, je pars avec 130 jours de nourriture, en espérant qu’il reste beaucoup à la fin."  

Sébastien Destremeau avait passé 124 jours en mer sur son premier Vendée Globe, il avait manqué de nourriture la dernière semaine de course.
Sébastien Destremeau avait passé 124 jours en mer sur son premier Vendée Globe, il avait manqué de nourriture la dernière semaine de course. / Jean-Louis Carli / Alea

Avez-vous encore des appréhensions avant de s’élancer pour ce deuxième tour du monde ? 

Beaucoup. Notamment sur les mers du sud. Je n’ai pas bien vécu ces moments-là, surtout l’Océan Indien parce que c’est traître, avec des vagues scélérates. Toutes les galères arrivent dans l’Océan Indien. J’ai beaucoup d’appréhensions d’y retourner mais j’ai aussi envie d’y aller. Comment vais-je réagir cette fois-ci ? J’attends de voir. 

Quel est votre rapport à la solitude ? 

"C’est un vrai bonheur d’être tout seul sur l’eau, c’est un vrai privilège mais ça fait peur aussi parce que le faux pas n’est jamais loin. Il ne faut pas oublier une chose : on peut être connecté avec la terre tout le temps. La solitude, elle est physique oui, mais elle est toute relative. Dire qu’on fait le Vendée Globe en solitude absolue, j’ai un petit peu de mal avec ça. Comme la dernière fois, je vais repartir sans rien : sans livre, sans musique, sans film. Ce n’est pas pour rendre le truc plus dur mais c’est pour vivre l’événement pour ce qu’il est, vivre les émotions sans y échapper. Il y a de la joie, des chants, des pleurs, on parle tout seul. Vivre cette émotion telle qu’elle est, c’est le meilleur moyen de la retranscrire et de la partager."  

"Soit on gagne le Vendée Globe, soit on le termine"

Vous aviez bouclé votre premier Vendée Globe, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Quels sont vos objectifs cette fois-ci ? 

"Les organisateurs ont mis en place un temps limite pour finir la course : 163 jours, le temps du premier dernier du Vendée Globe il y a 30 ans (Jean-François Coste). Si vous me demandez combien de jours je vais mettre, j’adorerais vous répondre : moins de 164 jours parce que ça voudrait dire que je suis classé, que j’ai fini le Vendée Globe. 90, 100, 150 jours ? Ce n’est pas mon sujet. Je ne suis pas dans la catégorie des personnes qui peuvent gagner le Vendée Globe, des mecs qui vont souffrir pour le gagner. J’ai beaucoup d’admiration pour eux. Le Vendée Globe, soit on le gagne, soit on le termine, le reste on s’en moque." 

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