Plus jeunes, plus graves, plus longtemps en réanimation, et pas forcément marqués par des comorbidités. Voilà comment beaucoup de médecins décrivent les nouveaux patients Covid, ceux du "variant" anglais. Ce qui expliquerait aussi pourquoi les réanimations sont si chargées et pourquoi les soignants sont si inquiets.

Dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Cochin, à Paris, le 18 mars dernier
Dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Cochin, à Paris, le 18 mars dernier © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Invitée de France Inter vendredi, l'infectiologue Karine Lacombe insistait sur le "changement de visage de l'épidémie". "Ce ne sont plus, comme on le disait, des personnes âgées qui arrivent à l'hôpital, qui de toute façon seraient décédées les mois prochains ou l’année prochaine", expliquait la cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. 

"Ce sont des gens plus jeunes, il y a pas mal de femmes, plus tellement de personnes avec de multiples maladies associées. Ces personnes qui arrivent en réanimation, elles y restent longtemps, et quand elles ne décèdent pas, elles en sortent avec beaucoup de séquelles", poursuivait-elle.

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En fait, pour l'instant on manque de recul et tous les services contactés par France Inter n'ont pas forcément le sentiment que ce changement est si marqué. En attendant qu'une étude l'atteste scientifiquement par des chiffres étayés, revue de détail de ce qui est malgré tout décrit à l'hôpital pour cette troisième vague de la Covid-19.

Des patients plus jeunes

Déjà, la vaccination des plus âgés commence à porter ses fruits. Les patients qui relèvent de la gériatrie sont moins nombreux. Ceux des Ehpad en tout cas, qui de toute façon n'étaient pas envoyés en réanimation, ont disparu. 

Pour le reste, on a parlé de femmes plus nombreuses, mais il semblerait que cette réalité soit assez marginale. Plus jeunes oui, assurément. Aux hôpitaux de Paris, les 40/50 ans, qui représentaient jusqu'à présent moins de 9% des patients de réanimation, constituent désormais 14% des effectifs. En Seine-Saint-Denis, un réanimateur constate même que la semaine dernière un quart de ses patients avaient moins de 50 ans. 

La plupart restent malgré tout des sexagénaires obeses diabétiques et hypertendus. 

Des séjours en soins intensifs plus longs 

Les chiffres semblent l'attester : les hospitalisations en soins intensifs sont plus longues, avec un séjour moyen de 15 jours désormais, au lieu de 12. Beaucoup de jeunes arrivent avec une dégradation très rapide, explique un infectiologue : sans même passer par la case hôpital, ils vont directement en réanimation. 

Il y a quelques semaines, une étude britannique avait montré que le variant anglais était 1,6 fois plus grave que le virus original. En France, une étude est en cours pour tenter d'évaluer dans quelle mesure les profils ont changé, elle devrait bientôt sortir. En tout cas, "on a changé d'épidémie", confie un médecin. "Et c'est pourtant maintenant, alors qu'elle est plus compliquée, qu'on prend les mesures les moins strictes.