Invité dans l’émission "Pas son genre" au micro de Giulia Foïs, Thierry Lodé, professeur d'écologie évolutive et spécialiste de la sexualité des animaux, a répondu à de multiples questions sur la sexualité dans le règne animal.

Couple de manchots Adélie
Couple de manchots Adélie © Getty / Mint Images - Art Wolfe

Quelle serait l'espèce la plus machiste ?

THIERRY LODE : "Les éléphants de mer ou les otaries à fourrure, qui sont de vrais monstres de virilité puisqu'ils n'arrêtent pas de se battre entre eux pour essayer d'exhiber celui qui a 'le plus gros', mais aussi parce qu'ils sont très violents envers les femelles. Ils n'hésitent absolument pas à leur expliquer que le patriarcat, c'est ici et maintenant." 

Est-ce qu'à l'inverse, il y a des espèces où les femelles ont le pouvoir sexuel ?

"La plupart des espèces animales sont en fait 'matrilinéaires', c'est-à-dire que ce sont les femelles qui vont fonder les groupes et les mâles seront des invités dans ces groupes sociaux, même chez la plupart des espèces solitaires.

Prenons les girafes : elles sont régies par une forme de relations sociales tout à fait étonnante puisqu'on appelle ça 'fission' : en gros, elles font ce qu'ils veulent. Elles viennent, elles partent, elles reviennent… Le mâle vient voir et si la femelle est d'accord, ça se passera et sinon, il va voir ailleurs."

Giraffes
Giraffes © Getty / naomiwoods

La question du consentement chez les animaux ?

La question du consentement est quasiment la question fondamentale de la sexualité chez toutes les espèces animales. 

"Évidemment, c'est un peu moins vivace quand on a affaire à des écrevisses, mais c'est évident quand on regarde les mammifères ou les oiseaux" (le rouge-gorge, par exemple)

Pour le reste du règne animal, la sexualité se limite-t-elle à la reproduction ? 

"Absolument pas. 

La sexualité serait le moyen le plus stupide qu'aurait inventé l'évolution pour obtenir une reproduction. 

Pensez donc : dans la sexualité, on va se partager en deux (les mâles, les femelles). Ensuite, on ne va pas donner tous ses gènes. Sans parler qu'il faut évidemment arriver au consentement, ce qui n'est pas une mince affaire. Et que dans le brouillard, il ne faut pas se tromper de sexe non plus si on veut se reproduire. En plus de ça, il faut que l'individu soit assez jeune ou pas trop vieux. Si on ajoute à cela les grosses difficultés pour réussir à se retrouver "au lit" ensemble, ça devient très, très compliqué. _C_hez les animaux, c'est donc très, très lent. C'est pour ça que le consentement est une affaire, effectivement, qui excite beaucoup les animaux et qu'ils passent beaucoup de temps à ça.

Chez les insectes par exemple : certes, la femelle ne va copuler, souvent, qu'une seule fois avec un mâle, mais la spermathèque (organe féminin de stockage des spermatozoïdes) contient dans la plupart des cas, énormément de spermes de plein de mâles différents. Et la femelle va choisir après, par des contractions de son spermathèque, avec quel mâle elle veut des enfants (ou pas). Donc, voyez, ce n'est pas tout à fait aussi simple que de dire qu'elle n'a pas beaucoup de sexualité."

Et le plaisir dans tout ça ? 

"En effet, on a pensé que le plaisir était très limité - à l'homme seul, même, si je puis dire, puisqu'on s'interrogeait sur le plaisir féminin, c'est vous dire un peu l'ignorance qu'avaient les biologistes pendant quelques siècles...

On a effectivement travaillé sur l'origine de cet élément particulier qu'est l'orgasme. On s'est rendu compte qu'il découlait de trois phases particulières de l'évolution.

La première étape de l'évolution, c'est que l'orgasme est directement lié à l'émission des gamètes, aussi bien chez les mâles que chez les femelles. Le fait d'émettre des spermatozoïdes et des ovules, ça oblige à des contractions musculaires et à une participation du cerveau. Alors, au début, ça ne fait pas forcément plaisir mais petit à petit, lorsqu'on voit arriver des espèces qui vont inventer cette deuxième étape qu'est la viviparité et surtout la fécondation interne, ça va compliquer un peu les choses. Parce que la fécondation interne, c'est bien pour réussir à mieux féconder (on n'envoie pas tout son sperme et ses ovules au hasard), et en fonction de cette affaire-là, il a fallu évidemment qu'on renforce l'idée que les deux sexes pouvaient se rapprocher. Alors là, le cerveau s'y est mis : les circuits nerveux se sont mis à attraper de la récompense, du plaisir, et tout ce qu'il fallait pour le faire. Du coup, mâles et femelles ont eu du plaisir pendant des générations". 

La question des préliminaires

Si on dissocie plus qu'on ne le pense la sexualité de la reproduction, ça veut dire qu'il y a une place pour ce qu'on appelle des préliminaires ?

"Oui. Les chauves-souris par exemple : non seulement elles font des fellations, mais il y a des mâles qui font des cunnilingus APRÈS le rapport sexuel. 

Dans la théorie darwinienne, si le mâle chauve-souris faisait des cunnilingus avant, ça pouvait se comprendre parce qu'il pouvait enlever le sperme d'un éventuel concurrent (quoiqu'il fallait une langue très longue quand même), mais qu'il le fasse après avoir lui-même copulé, il enlèverait son propre sperme, donc ça n'a pas beaucoup de sens. Donc, on voit bien qu'il y a ici une recherche de plaisir". 

Chez toutes les espèces animales, le plaisir est ce qui va réactiver et multiplier l'activité sexuelle.

Qu'est-ce qu'on sait aujourd'hui de l'homosexualité dans le règne animal ?

"Chez la grande majorité des espèces, il y a des individus homosexuels, avec des formations de couples homosexuels parfois presque exclusifs, comme chez certains singes, mais aussi parfois des événements homosexuels (qui se déroule assez régulièrement chez le manchot Adélie, chez le dauphin...) 

Énormément d'espèces pratiquent ces caresses-là. Les animaux sont bisexuels en grande majorité."

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