Le ministre de l'Education nationale lance ce lundi une campagne de sensibilisation à l'homophobie et la transphobie dans les établissements scolaires. "Ça suffit", est le nom de cette campagne. Les association saluent unanimement cette initiative tout en demandant une formation du personnel de l’éducation nationale.

La lutte contre l'homophobie est une priorité affichée du gouvernement qui lance la campagne "Ça suffit", ce lundi.
La lutte contre l'homophobie est une priorité affichée du gouvernement qui lance la campagne "Ça suffit", ce lundi. © AFP / PIERRE ANDRIEU

Des affiches et des prospectus portant les mots : "Ça suffit", du nom de la campagne, seront distribués et affichés dans les collèges et les lycées. 

Par ailleurs, un guide d'accompagnement pour les équipes pédagogiques sera mis en ligne la semaine prochaine. Le gouvernement lance aussi un centre d'écoute et d'aide à distance par téléphone, par courriel et par chat (0.810.20.30.40 ou 01.41.83.42.81, tous les jours de 8 heures à 23 heures).

À l'annonce de ce plan, la grande majorité des associations LGBT ont réagi favorablement, à l'image de SOS Homophobie dont le président  Joël Deumier, se félicite de cette campagne qui, pour la première fois, utilise le mot "transphobie" à l'école.  

Pour Olivier Nostry, président de l'association Exaequo à Reims, qui intervient dans les établissements scolaires depuis 15 ans, cette campagne va dans le bon sens, notamment parce que la transphophie est intégrée : "On rencontre de nombreux lycéens qui sont concernés par cette question et une parole officielle leur est enfin destinée."

Pour Olivier, la donne a changé. "J'ai observé une plus grande ouverture d'esprit de la part des élèves. Ils ont moins de tabous, moins de clichés sur les homosexuels. Certains enfants n'hésitent pas à dire "j'ai deux papas, deux mamans", devant toute la classe et ils se sentent en sécurité pour le dire." 

Pour lui ces mots simples et publics n'auraient pas pu être prononcés avec autant de franchise avant le débat sur le mariage gay. Auparavant, "les jeunes élèves s'exprimaient rarement et quand il le faisait, c’était en catimini à la fin de l'intervention", poursuit Olivier Nostry.

Cette association rencontre chaque année un millier de jeunes et ce n'est évidement pas assez. "Le nerf de la guerre, c'est la formation des personnels de l'Éducation nationale à ces questions de l'homophobie et de la transphobie."

"Un poster derrière la porte des toilettes du collège ne suffit pas à lutter contre l'homophobie"

"Il existe encore", selon lui, "des établissements où ces questions ne sont jamais abordées" et des établissements où les professeurs ont du mal à faire face. "Je rencontre des enseignants qui me disent, "je suis démuni quand un élève dit "pédé" dans ma classe". Je ne sais pas quoi lui dire. Pourtant il existe des outils pédagogiques. Les associations devraient pourvoir former les formateurs d'enseignants. Cela permettrait aux profs d'acquérir des compétences théoriques notamment sur l'identité de genre."

Pour le dirigeant de l'association Le Refuge, cette campagne dans les écoles est effectivement une bonne chose. Mais Frédéric Gal, son président, plaide aussi pour qu'elle soit accompagnée de formation et d'intervention dans les établissements scolaires. "Coller un poster derrière la porte des toilettes du collège, ça ne suffit pas à lutter contre l'homophobie" explique -t-il. "Il faut former le personnel de l'Éducation nationale mais aussi les éducateurs spécialisés à ces questions. On doit mener des actions avec le ministère et les rectorats qui fassent que les établissements suivent."

Dans les propos de Frédéric Gal, on sent aussi un espoir, une vision plutôt positive de la jeunesse. Pour lui qui intervient auprès de milliers d'élèves chaque année, l'évolution est notable au fil du temps dans l'attitude des élèves rencontrés dans les établissements scolaires. "Une jeune fille a dit devant tous ses camarades, "je suis homosexuelle". Elle ne se sentait pas jugée. Au sein de son écoles, elle se sentait libre de le dire. Sur l'homosexualité, beaucoup de jeunes ont ouvert les yeux."

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