Le désir a des ennemis partout autour de lui : le temps, l’usure, les injonctions, la vie… Que faire pour qu’il soit votre ami ? Dans "Grand bien vous fasse", les sexologues Alain Héril et Catherine Blanc ont fait le tour de la planète désir… Retrouvez leurs conseils ici.

Vos questions sur le désir
Vos questions sur le désir © Getty / Nicholas Eveleigh

Le désir, ça s’apprend 

Alain Héril : "Oui, il y a vraiment un apprentissage du désir. C’est quelque chose qui va évoluer au fur et à mesure de sa vie et que l’on va nourrir avec ses expériences. On voudrait que cela nous soit donné d’emblée, mais cela se construit. 

Quand on rentre en couple, on a des images parentales qui influencent la manière dont on est en couple avec l’autre. On apprend petit à petit à s’en détacher, et c’est là que l’on découvre son véritable désir." 

Catherine Blanc : "Au départ de sa vie amoureuse, l’autre va souvent être là pour être l’objet de son désir personnel. On choisit notre partenaire en fonction de ce qui est notre priorité du moment : notre fécondité, notre sécurité ou notre désir sexuel. Pour véritablement découvrir l’autre, il faut se découvrir soi-même. Pour cela il faut donc du temps et de la maturité. Rien de grave, sauf si on s’engage trop tôt : on se ferme des portes de façon trop ferme."

Mais le désir est insécurisant 

Catherine Blanc : "Le désir est jouissif, jubilatoire, mais il peut être inquiétant. Il y a toujours le risque que l’autre n’y réponde pas. Il faut beaucoup de maturité pour accueillir son désir sans retour en face. Or, quand on est jeune, on a besoin de se sentir soutenu et encouragé là-dedans - les femmes encore plus parce qu’il y a des siècles d’histoire avec des idées reçues comme : 'une femme désirante, n’est pas une femme de bonne vertu'…

Le désir ne connaît pas la norme

Alain Héril : "J’ai beaucoup entendu dans mon cabinet : suis-je normal ? J’ai tel désir, tel fantasme : est-ce que je suis normal ? Les patients ont le besoin d’avoir un comparatif normal extérieur à eux alors que le désir est intérieur : il a à voir avec son intériorité, son désir propre, son rapport à son corps, son rapport à l’autre...

On est dans une société dans laquelle les injonctions à l’orgasme et au désir sont fortes… Il faudrait qu’on soit toujours en rut, toujours prêts à faire l’amour. Mais il faut accepter que le désir soit fluctuant : c'est avec cette fluctuation-là que l’on va jouer et qui va créer une incertitude. C’est là que le désir a sa profonde teneur : dans le fait qu’il n’est jamais acquis, ni donné, de manière définitive."

Charlotte, auditrice, témoigne. Elle a connu de longues périodes sans désir, malgré son amour pour Grégoire : "Depuis le début de ma relation avec lui, il n’y a jamais eu de désir. Je n’éprouvais pas de besoin. Je me forçais systématiquement. J’interrogeais mes amies, combien de fois par semaine elles avaient des rapports, et je me rendais bien compte qu’on en était loin… Le week-end arrivait, je ne pouvais plus esquiver. Et cet acte qui devait être guidé par l’amour et le désir, était une contrainte. En le quittant, je me suis rendue compte que je pouvais avoir du désir et que c’est formidable."

Ados, porno et baisse du désir 

Là où l'industrie du sexe est particulièrement puissante, aux Etats-Unis ou au Japon, les gens font de moins en moins l’amour. 

Catherine Blanc : "Le désir est singulier, c’est une expression de soi, de créativité, une infidélité de l’enfant aux parents pour tendre vers un avenir d’adulte. Et s’ériger au stade des parents. À partir du moment où tout est dicté, il n’y a plus de curiosité. À partir du moment où ça devient une injonction, cela devient un devoir. Et donc la rébellion se fait en éteignant le désir." 

Alain Héril : "J’ai remarqué une recrudescence de la baisse du désir chez les hommes ce qui pose la question du rapport homme-femme et de comment le désir s’exprime à l’intérieur des couples hétérosexuels et homosexuels. 

Cette absence de désir interroge la société. L’assexualisme est revendiqué comme une forme de sexualité. Le discours de notre société est sexualisé, on en parle beaucoup, de plus en plus d’une façon qui semble décomplexée, mais qui dans l’intimité ne l’est pas tant que ça. 

20% des jeunes regardent des pornos une fois par semaine et c’est un problème. Mais ce qui est encore plus grave c’est qu’ils baignent dans un bain visuel de violence. Des univers où les gens ne sont que des objets, où les relations se font essentiellement dans le conflit par la violence. En tous les cas, cela ne donne pas un modèle de relation basée sur la tendresse, l’amour…"

L’arrivée de l’enfant : coup de frein normal et temporaire à la libido

Agathe, auditrice en couple depuis dix ans, a connu une perte de libido quand elle allaitait sa fille. Pour Catherine Blanc, c'est un phénomène fréquent : "La relation exclusive avec l’enfant empêche la relation avec un mari, parfois. Mais c’est aussi l’effet de la fameuse prolactine, l’hormone que fabrique la femme qui allaite - sans quoi Madame de Cro-magnon aurait fait un deuxième bébé dans la foulée du premier et ce dernier, privé de lait, serait mort. La prolactine protège du risque d’une deuxième grossesse". 

Contre la baisse du désir : viagra ou pas ? 

Alain Héril : "On peut prendre tout le viagra du monde, si on n’a pas de désir, cela ne fonctionnera pas. Ce qui compte c’est l’hormone du désir…"

Catherine Blanc : "Ce qui est étonnant avec la petite pilule bleue, c’est que parfois, le simple fait de savoir qu’il est là, détend."

Alain Héril : "Le viagra a une fonction dédramatisante mais on est dans la médicalisation de la sexualité. On peut s’interroger sur la fonction symbolique que peut avoir le médicament. 

Et puis, il y a cette impossibilité du viagra pour les femmes. Il existe le Lybrido, mais il se prend sur quatre semaines et il a plein d’effets secondaires. Une des raisons pour lesquelles il n’est pas commercialisé en France c’est que « cela allait faire des femmes trop désirantes » !" 

Les conseils des magazines - à suivre que s'ils nous correspondent

Catherine Blanc : "Ces conseils, il faut que de toutes les façons, ils correspondent à votre propre envie. Même si on n’est pas écrivain ou réalisateur, on a tous un psychisme, des envies, des fantasmes avec une créativité folle. Il faut pouvoir se révéler là-dedans. 

Par exemple, si on a une part de masochisme ou de sadisme en soi, il faut accueillir ses sensations. Ensuite on peut cheminer en enlevant pudiquement le voile pour oser l’exprimer à quelqu’un dont on ne sait comment va être son accueil. Le risque c’est qu’il nous renvoie à notre propre culpabilité ou qu’au contraire qu’il nous pousse bien au-delà de ce que nous aurions osé faire. Et c’est là toute la difficulté de la relation de couple."

Mieux que des conseils ou du porno, une appli pour réveiller l’imaginaire amoureux en littérature

Un texte un eros est une application de littérature classique amoureuse et érotique. Elle permet de recevoir chaque jour un texte sur son smartphone. Ces écrits variés vont de Molière à Marcel Proust en passant par George Sand… Alain Héril estime que "ces extraits sont très biens. Ils suscitent des images, et réveillent la libido. On ne sait pas pourquoi, mais à la lecture ou à l’écoute de ces textes, il se passe quelque chose. Et le désir, c’est le fait qu’il se passe quelque chose."

ECOUTER | Grand bien vous fasse sur le désir 

Avec :

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.