Si, dans la vie, nous vivons plein d'autres "premières fois", en termes d'expériences professionnelles, amicales, familiales, l'idée même de "première fois" renvoie encore essentiellement au souvenir du premier acte sexuel, mais n'en traduit pas moins au passage les nombreux schémas normatifs de la sexualité.

Pourquoi le souvenir de "la première fois" reste si souvent rattaché à l'acte sexuel ?
Pourquoi le souvenir de "la première fois" reste si souvent rattaché à l'acte sexuel ? © Getty / Carol Yepes

La sexothérapeute Margot Fried-Fillozat et l'éducatrice en santé sexuelle Diane Saint-Réquier étaient les invités de l'émission "L'été comme jamais". Au micro de Eva Roque, elles expliquent pourquoi le souvenir de la "première fois" a toujours été largement réduit au seul acte sexuel ; combien il continue de nourrir, sinon de perpétuer de vieux stéréotypes liés à la représentation de la sexualité en général (persévérance, comme ses tabous). C'est ce dont elles se rendent souvent compte parmi les nombreuses questions qui leur sont adressées, et celle de la "première fois" reste très récurrente. 

"La première fois" soumise aux codes du "rapport réussi" et de la pénétration

Cette première expérience sexuelle demeure d'autant plus déterminante dans nos vies qu'elle alimente au passage une vraie machine à fantasmes depuis les plus jeunes années et ce jusqu'aux âges les plus avancés, tant elle induit, pérennise et normalise, dans les esprits, l'idée d'une relation sexuelle qui doit être réussie, et où l'échec n'est pas concevable. 

Diane Saint-Réquier : "On en fait vraiment toute une montagne. Il y a toute une espèce de mythologie autour de la première fois qui serait hyper importante… Cela alimente d'autant plus les tabous que, très souvent, la première fois, que ce soit sexuel (ou autre), c'est rarement la plus réussie ! Sexuellement, la qualité d'interaction au moment d'une première fois par rapport à une autre expérience ultérieure, n'a forcément rien à voir. 

Il y a quand même une idée très normative et patriarcale derrière "la première fois", parce que, très souvent, ce qui est tacitement entendu par ce souvenir, c'est aussi la première pénétration d'un pénis dans un vagin…" La première fois continue ainsi souvent à se construire sur une idée nettement hétérocentrée. 

"Il n'y a pas une première fois, mais des premières fois"

Après tout, pourquoi faudrait-il absolument que sa "première fois" renvoie au premier acte sexuel, et non pas à ceux qui viennent ensuite ? Pourquoi "la première fois" serait-elle, par la même, réduite au seul acte sexuel ? Et pourquoi n'y aurait-il pas plusieurs premières fois ? 

C'est ce que souligne Diane Saint-Riquier : "Il y a aussi les premiers baisers, les premières caresses qui seront systématiquement des nouvelles premières fois, que cela soit avec un nouveau ou une nouvelle partenaire, ou que l'on soit d'ailleurs avec la même personne toute sa vie. Il faut redonner toute son importance au sens affectif, qui précède toute relation sexuelle car il y a aussi la première fois qu'on a un coup de cœur, lorsqu'on est jaloux, ou lorsqu'on vit une déception amoureuse. Ce sont des premières fois tout aussi marquantes que le premier rapport sexuel et pourtant elles arrivent souvent en second lorsqu'on évoque sa première fois".

Certaines personnes sont beaucoup plus marquées par leur première déception amoureuse, que par leur première fois sexuelle 

Margot Fried-Fillozat explique, par ailleurs, que c'est parce qu'on sacralise trop notre tout premier rapport sexuel que l'on tend à désacraliser les nombreuses autres premières fois qui s'offrent à nous en continue durant chaque rapport et chaque relation quels qu'ils soient : "chaque rapport, chaque ressenti doit être pensé comme une première fois. C'est fondamental de mesurer la vulnérabilité que chaque expérience demande, que ça soit de faire l'amour avec le même partenaire depuis 20 ans ou bien avec un partenaire différent à chaque fois. Si on tombe dans la routine, c'est justement parce qu'on a oublié cette vulnérabilité et qu'on ne pense pas suffisamment chaque rapport comme une nouvelle occasion d'expérimenter un rapport d'une autre façon".

Cultiver plein de premières fois évite de tomber dans la routine et dans l'ennui 

Si on tend à sacraliser l'acte sexuel au détriment du rapport amoureux, on oublie aussi, a fortiori, de redonner toute leur importance à toutes les autres premières fois qui ne concernent pas forcément l'amour mais les expériences, réussites professionnelles, familiales etc.

Aller plus loin

RÉÉCOUTER - L'été comme jamais : Les premières fois 

LIRE - Margot Fried-Fillozat (co-écrits avec Isabelle Filliozat) : Sexpérience (Robert Laffont, 2019) et Amour, sexe, les réponses aux questions des ados (Pocket, 2020). 

LIRE - Diane Saint-Réquier, fondatrice du blog et programme Sexy SouciS qui traite des questions sur le sexe, le genre et le corps sur Slash TV. 

CONSEIL SERIE TV - "Normal People" sur STARZPLAY, de Sally Rooney, réalisée par Lenny Abrahamson et Hettie Macdonald, qui aborde la première fois entre deux personnages, Marianne Sheridan (Daisy Edgar-Jones), Connell Waldron (Paul Mescal).