Joe Biden a remporté haut la main samedi la primaire en Caroline du sud. Ce mardi, place au "Super Tuesday" : 15 États vont désigner le candidat démocrate qui affrontera Donald Trump le 3 novembre. Bernie Sanders est en tête des sondages, mais il est loin d'avoir remporté l'investiture pour l'instant.

Présidentielle américaine : les primaires démocrates sont organisées en même temps dans 14 Etats
Présidentielle américaine : les primaires démocrates sont organisées en même temps dans 14 Etats © AFP / MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Pour désigner celui ou celle qui affrontera Donald Trump le 3 novembre prochain à l'élection présidentielle américaine, les démocrates ont le choix entre trois cas de figure bien opposés : un coup de barre à gauche avec des candidats comme Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, une vision plus centriste et modérée avec Joe Biden (Amy Klobuchar a abandonné ce lundi et apporte son soutien à l'ancien vice-président), ou le choix d'un milliardaire avec Michael Bloomberg. La cinquième candidate, Tulsi Gabbard, n'a aucune chance d'émerger. Sanders a remporté la primaire du New Hampshire et les caucus du Nevada. Buttigieg a remporté les caucus de l'Iowa après recompte. Mais dimanche, il a jeté l'éponge après la primaire de Caroline du sud et a annoncé lui aussi son ralliement à Joe Biden, tous deux étant des centristes au sein du parti démocrate. 

Le peloton de la course démocrate à la Maison Blanche ne compte plus que cinq concurrents.

Quatre États ont déjà voté  

Joe Biden a remporté samedi une victoire écrasante en Caroline du sud. A ce jour, l'Iowa, le New Hampshire, le Nevada ont également déjà voté pour départager les candidats démocrates. 15 autres États voteront lors du "Super Tuesday" le 3 mars.

  • Bernie Sanders, le candidat indépendant sénateur du Vermont, est en tête avec, dans sa besace, 56 délégués 
  • L'ancien vice-president Joe Biden en a récolté 48
  • Pete Buttigieg, l'ex-maire de South Bend (Indiana) en avait 26 mais a renoncé à la course dimanche
  • La sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren en a 8
  • La sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar en avait 7 mais elle a  renoncé à la course lundi.
  • Tulsi Gabbard n'a pas récolté de délégués pour l'instant. 

Sanders, Biden, Bloomberg, le trio de tête dans les sondages

Bernie Sanders, 78 ans, est le grand favori de la course à l'investiture du parti. Le sénateur indépendant du Vermont, en tête des sondages nationaux avec environ 30 % des intentions de vote,  part très bien placé pour le scrutin décisif du "Super Tuesday" mardi, lorsque 14 États voteront. Il est également largement favori en Californie, plus gros pourvoyeur de délégués (494).

L'ex-vice-président Joe Biden, 77 ans, s'est montré meilleur lors du débat de Caroline du Sud mardi dernier que lors des précédents débats. Sa victoire rebooste sa campagne. Les ralliements de Buttigieg et Klobuchar aussi. Mais les doutes sur son âge, sa forme, ses gaffes répétées sont toujours d'actualité. Les sondages lui accordent autour de 18% des intentions de vote au niveau national.

Michael Bloomberg arrive dans la course pour le Super tuesday. Il n'a pas participé à la course auparavant. 

Dans les derniers sondages nationaux, derrière Bernie Sanders et Joe Biden figurent Bloomberg, Warren, puis Gabbard.

Bernie Sanders, seul contre tous

Il est le favori des sondages, celui qui à ce jour détient le plus de délégués, il est donc l'"homme à abattre". Bernie Sanders est la cible de toutes les critiques. Il a du faire face à des salves d'attaques lors du dernier débat en Caroline du sud cette semaine. 

Pour avoir affirmé que dans certains domaines (comme l'éducation), le régime de Cuba est un modèle, Sanders est accusé de complaisance avec le régime cubain. Une photo de 1959 a notamment circulé, où on le voit avec Fidel Castro et Che Guevara. Sauf qu'il s'agit de la photo d'un ministre cubain et non de Sanders. 

Outre Cuba, Bernie Sanders est accusé d'avoir soutenu le lobby des armes (et vice-versa).  La NRA, National Rifle Association, défend le droit au port d'arme et combat toute tentative de régulation. En fait, le sénateur du Vermont a voté contre des textes imposant un contrôle des armes à feu, mais il s'est également opposé à d'autres projets de lois plus permissifs. Il est finalement vu comme neutre sur le sujet, et n'a jamais reçu de soutien de la NRA. 

Son rapport aux femmes est également questionné. Un texte écrit de sa main et publié en 1972 laisse planer le doute. Il y évoque le souhait d'une femme de se faire violer. Depuis, son équipe de campagne tente de le laver de toute responsabilité, affirmant qu'il s'agissait d'une "tentative de satyre"

Bloomberg entre enfin dans la course   

C'est LE candidat mystère, dans le sens où il est difficile à positionner. L'ancien maire de New-York Michael Bloomberg a dépensé des centaines de millions de dollars de sa fortune personnelle pour sa campagne. Il a été démocrate, puis républicain, puis indépendant et roule aujourd'hui de nouveau donc pour le parti démocrate.

Il apparaît dans les sondages, dans les clips de campagne, et dans les débats depuis celui du Nevada le 19 février : pourtant, Michael Bloomberg n'est pas encore en lice. Parti dans la course bien plus tard que les autres (en novembre), il se réserve pour le "Super Tuesday", où il apparaît comme un très sérieux candidat. 

Barack Obama ne s'est toujours pas positionné

Barack Obama est très présent dans la bataille démocrate tout en ne s'étant pas prononcé pour l'un ou l'autre candidat. Il est sans cesse cité lors des débats entre candidats démocrates.

Son ex-vice-président Joe Biden ne cesse de rappeler sa proximité avec l'ancien locataire de la Maison Blanche. Son équipe vient d'ailleurs de publier un spot de campagne. Il y est question de Bernie Sanders qui, en 2012, aurait envisagé de se présenter contre Obama lors d'une primaire démocrate. Sanders y est en quelque sorte présenté comme un traître envers le parti et surtout envers Obama il y a huit ans. 

Car ce qui se dit en coulisse, c'est qu'Obama voudrait à tout prix éviter en 2020 un coup de barre à gauche à la Sanders. Obama a déjà dit par le passé que la bataille face à Trump se jouerait au centre. Par exemple, l'ancien maire de Chicago, Rahm Emanuel, ancien chef d'état-major d'Obama, affirmait mardi :

Il souffle un vent de panique au sein du parti démocrate en ce moment

Il fait ainsi allusion à une éventuelle nomination de Bernie Sanders, très placé à gauche, pour affronter Donald Trump au nom de tous les démocrates y compris les plus centristes. Un éditorialiste de CNN avançait mardi que : 

La plupart des démocrates initiés sont convaincus qu'il n'y a qu'une façon d'arrêter, ou du moins de freiner Sanders : que Barack et Michelle Obama se rallient derrière un autre candidat

Cela dit, tout en étant absent de cette campagne 2020 (pour l'instant), Obama vient tout de même de faire une sortie, à l'occasion de la primaire en Caroline du sud, non pas pour annoncer le nom d'un éventuel poulain, mais pour demander à un groupe pro-Trump de retirer une vidéo anti Biden. Celle-ci utilise des images de Joe Biden mais exploite hors contexte en voix off des phrases du livre d'Obama "Les rêves de mon père" (Ed. Presses De La Cité) notamment sur le vote de la communauté noire.

Nancy Pelosi et Hillary Clinton soutiennent Bernie Sanders (à contre-cœur)

Pas facile pour des démocrates plutôt centristes, et en tout cas modérés, de soutenir un Bernie Sanders présenté comme un socialiste voire un révolutionnaire communiste. Elle aura mis du temps mais devant les bons résultats et l'avance de Sanders, Hillary Clinton a apporté son soutien à Sanders : 

"Je soutiendrai le candidat choisi par le parti démocrate"

La relation Clinton-Sanders a toujours été difficile, les deux s'étant affrontés lors des primaires démocrates de 2016. Sanders a donné du fil à retordre à Hillary Clinton jusqu'à la fin des primaires, et l'avait contrainte à accepter d'inclure certaines de ses propositions dans son programme.

Idem pour Nancy Pelosi, cheffe démocrate de la Chambre des représentants. Devant les bons résultats de Sanders, Nancy Pelosi s'est résolue à mettre en avant l'unité nécessaire du parti pour gagner en novembre : 

"Quel que soit le candidat qui remporte l'investiture démocrate, nous le (la) soutiendrons en respectant ses points de vue."

La course à l'investiture démocrate s'intensifie avec le Super Tuesday le 3 mars 2020
La course à l'investiture démocrate s'intensifie avec le Super Tuesday le 3 mars 2020 © Visactu / Visactu
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