Lors de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), de nombreux habitants se sont plaints d'un manque d’informations. Pourtant en France, de nombreux moyens existent pour prévenir d’une urgence. Mais sont-ils efficaces ?

Les pompiers lors de l'incendie de Lubrizol, le 26 septembre 2019
Les pompiers lors de l'incendie de Lubrizol, le 26 septembre 2019 © Maxppp / Coralie Moreau

On a entendu quatre explosions à la suite, puis les hélicoptères, alors on a allumé la télé pour avoir des informations. Parce qu'ici, on ne savait rien, personne n'est venu nous voir alors qu'on habite juste au bord de l'usine.” Le 26 septembre dernier, France Inter tendait le micro aux habitants des alentours de l’usine Lubrizol, partie en fumée dans un gigantesque incendie. Laetitia, une mère de famille, déplorait alors le manque d’informations auquel elle et sa famille ont été confrontés, juste après l’explosion de l’usine classée Seveso. 

Les sirènes d’alarme, un “outil du XXe siècle”

Il existe pourtant un système d’alerte universel en France : les sirènes que l’on a l’habitude d’entendre retentir chaque premier mercredi du mois aux alentours de midi. Rouen aurait pu utiliser ce moyen pour alerter la population ; pourquoi la ville ne l’a-t-elle pas fait ? Le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, a justifié son choix lors d’une audition devant la mission d'information de l'Assemblée nationale, ce mercredi 30 octobre.

Une sirène d'alarme, à Saint-Vulbas dans le Rhône
Une sirène d'alarme, à Saint-Vulbas dans le Rhône © Maxppp / Laurent Thevenot

Nous ne pouvons plus gérer des crises du XXIe siècle avec un outil du XXe siècle. Je ne vais pas vous tenir un discours anti-sirène, elles ont des vertus. Je rappelle juste qu’elles sont issues de la défense passive des années 30.” Cette sirène, en effet, a été crée après la Seconde guerre mondiale pour prévenir notamment des attaques aériennes. Mais aujourd’hui, son utilité a périclité, selon le préfet de Seine-Maritime. “Est-ce que, franchement, on peut se dire que tous nos concitoyens, lorsqu’une sirène sonne, savent quelle est la conduite à tenir ? Evidemment que non.” 

► En savoir plus - Comment réagir si l'on entend les sirènes d'alerte en-dehors des temps d'exercice ?

Les alertes par téléphone : efficaces, mais pas assez développées

Si ce système est tombé en désuétude, comment adapter les alertes ? Pour Pierre-André Durand, “il nous faudra passer au système 'cell broadcast' qui permet, simplement par le bornage des téléphones portables, d’envoyer d’office des messages à tous les téléphones qui dépendent d’une zone. Parce qu’aujourd’hui, même dans les milieux modestes, tout le monde a un téléphone portable. Ce système-là serait vraiment le moyen d’avoir une information et une alarme parfaitement calibrées, et en plus en temps réel.

Le “cell broadcast” existe déjà : l’entreprise CiiTélécom, prestataire du ministère de l’Intérieur, travaille avec 57 préfectures (environ 60 % du pays) sur ce dispositif appelé GALA (gestion de l'alerte locale automatisée). “Nous lançons principalement des alertes suite à des aléas climatiques, mais aussi des accidents type Lubrizol ou bien un risque terroriste”, explique Philippe Jauneau, directeur de CiiTélécom. 

En fonction de l’alerte, les préfectures choisissent une zone du département, enregistrent un message et préviennent les maires des communes, qui reçoivent les alertes et décident ou non de les relayer, via le téléphone fixe ou mobile avec accusé de réception, via SMS, courrier électronique ou fax. “Dans le cas de Lubrizol par exemple, la préfecture a prévenu les autorités, mais ce n’est pas son rôle de prévenir directement la population”, précise Philippe Jauneau.

70 à 75 % des foyers peuvent être touchés par le "cell broadcast"

Si les maires décident de prévenir leurs administrés, l’entreprise utilise les annuaires téléphoniques publiques. “Pour ceux qui sont en liste rouge, il y a des formulaires d’inscription sur les sites des mairies”, ajoute le directeur de CiiTélécom. Certaines communes pratiquent aussi le porte-à-porte pour compléter leurs bases de données. Il estime ainsi que “70 à 75 % des foyers peuvent être touchés”. Dans le cas des villes touristiques qui voient passer de nombreux vacanciers de passage, en montagne ou sur le littoral notamment, le dispositif a été adapté : “À Chamonix par exemple, dans chaque immeuble qui héberge ou reçoit du public, il y a sur les panneaux d’affichage un numéro de téléphone qui permet de s’inscrire pour sept jours à la base de données.” 

La loi n'autorise pas la géolocalisation de tout le monde

Pour autant, le système est encore largement perfectible. La loi interdit, en l’état, de géolocaliser et de contacter par téléphone les utilisateurs qui n’ont pas donné leurs coordonnées. En-dehors du bottin et des personnes qui s’inscrivent volontairement au service CiiTélécom, impossible donc d’être prévenu si l’on se trouve dans une zone d’alerte. “Nous aimerions que le “cell broadcast” puisse être dispo partout pour pouvoir diffuser l’information sur des bornes GSM, mais pour l’instant ce n’est pas légal”, regrette Philippe Jauneau.

Les réseaux sociaux, accessibles aux trois quarts de la population

Selon l’étude annuelle sur le numérique, 75 % des Français utilisent un smartphone. Et qui dit smartphone, dit applications. Après les attentats du 13-Novembre, le gouvernement a ainsi lancé en 2016 l’application “SAIP”, pour “système d’alerte et d’information des populations”. Bilan : un échec cuisant.Cette application n’a jamais connu l’audience espérée”, explique le gouvernement. Un an après son lancement, elle ne compte que 900 000 abonnés. “En l’absence d’activité et en raison de la consommation de batterie qu’elle engendrait, nombre d’utilisateurs initiaux ont fini par la désinstaller.

Feu l'application SAIP (ici, après l'intrusion à l'aéropport d'Orly en 2017)
Feu l'application SAIP (ici, après l'intrusion à l'aéropport d'Orly en 2017) © Maxppp / Alexandre Marchi

Restent alors les réseaux sociaux. Depuis le 1er juin 2018, le gouvernement peut “pusher” et diffuser en priorité des messages d’alerte sur des réseaux partenaires : Google, Facebook, Twitter ou Qwant. Twitter affiche par exemple un bandeau spécial en haut du fil d’actualités, alors que Facebook active la fonction “safety check”, qui permet aux personnes proches d’un lieu d’alerte de signaler à leurs proches qu’ils sont en sécurité. Le compte Twitter du ministère de l’Intérieur permet également de diffuser des messages en cas d’événement grave. De très nombreux médias enverront également des "push" et rédigeront des articles rapidement publiés sur les réseaux sociaux.

Enfin, pensez à votre radio ! En tant que service public, les antennes de Radio France (notamment toutes les stations de France Bleu, France Inter et franceinfo) et de France Télévisions sont les stations de référence pour les alertes et les dernières avancées concernant des événements graves. Si vous êtes en déplacement, Vinci autoroutes et la RATP peuvent aussi diffuser des messages d’alerte du gouvernement.  

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