En février 2008, la célèbre goélette scientifique Tara rentre à Lorient, après une expédition de 500 jours dans les glaces de l’Arctique, destinée à alerter sur les effets du réchauffement climatique. Les données recueillies à l'époque continuent d'être exploitées par les chercheurs.

Le voilier est équipé d'une coque en aluminium, qui lui permet de résister à la glace et au grand froid.
Le voilier est équipé d'une coque en aluminium, qui lui permet de résister à la glace et au grand froid. © Francis Latreille / Fondation Tara

Mesurer l’épaisseur de la glace, analyser l’atmosphère ou les effets des rayons du soleil… Entre septembre 2006 et février 2008, une vingtaine de marins et scientifiques montent à bord de ce bateau pas comme les autres, pour une "dérive" de dix-huit mois. Le procédé, testé pour la première fois par le Norvégien Fridtjof Nansen au XIXe siècle, consiste à se faire emprisonner par la banquise et à attendre que le courant trans-polaire fasse ressortir le voilier. 

A l'époque, Nansen met trois ans à dériver. Pour Tara, ce fut deux fois plus court, confirmant l'impact du réchauffement climatique.

Un bateau pas comme les autres

Sa coque arrondie en forme d'olive permet à Tara (36 m de long, 10 m de large) d'être soulevé – et non broyé – par la glace. Le voilier polaire, imaginé par l'explorateur français Jean-Loup Etienne dans les années 1980, peut donc dériver à travers l'Arctique, permettant aux chercheurs de récolter une quantité impressionnante de données. Le président de la Fondation Tara Expéditions, Etienne Bourgois, se rappelle d'une aventure humaine et scientifique exceptionnelle.

Une dérive de 507 jours ! Pour moi, c'était comme une mission sur Mars. On a prouvé que la banquise fond. Elle est un vernis très mince sur les océans, et disparaîtra plus tôt qu'on ne l'avait imaginé.

Tara, prisonnier volontaire de la banquise, en 2007
Tara, prisonnier volontaire de la banquise, en 2007 / Francis Latreille

Dix ans plus tard, "le retrait de la banquise s’est confirmé", note Jean-Claude Gascard, directeur scientifique de la mission Tara Arctic. "En volume, _la glace a fondu de 75% en trente ans_, essentiellement durant les hivers", précise l’océanographe, qui pointe un effet concret du réchauffement climatique.

Quel avenir pour Tara ?

Depuis son retour de l’Arctique, Tara continue d’explorer les mers et les océans. La dernière mission se concentre dans le Pacifique, entre la Polynésie française et le Japon, où les scientifiques ont observé une détérioration de l’état des coraux, toujours à cause du réchauffement climatique. 70 à 80% des récifs auraient même disparu par endroits.

Pour Jean-Claude Gascard, "les observations au sol sont toujours indispensables pour valider les données obtenues par satellite".  Bien sûr, ce genre d'expéditions a un coût, et Etienne Bourgois, d'abord entrepreneur avant de devenir président-mécène de la Fondation, appelle "la société civile à s'investir. Le public et le privé doivent travailler ensemble pour la recherche au long cours, car c'est précisément ce qui fait la force de Tara"

Avec l'aide des laboratoires publics, comme le CNRS, les résultats scientifiques obtenus sur Tara sont publiés dans les plus grandes revues.

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Ce samedi 17 février 2018 (à partir de 14h), la Fondation Tara Expéditions propose une rétrospective à Paris (17, rue Dieu, Xe arrondissement), en présence de marins, scientifiques et d’Etienne Bourgois, président de la Fondation.

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