Invitée de France Inter, Catherine Pinchaut, secrétaire nationale de la CFDT, souligne l'urgence d'un accord entre patrons et syndicats sur le télétravail.

Des salariés annoncent que leur entreprise ne respectent pas le télétravail, alors qu'il était pourtant appliqué lors du premier confinement.
Des salariés annoncent que leur entreprise ne respectent pas le télétravail, alors qu'il était pourtant appliqué lors du premier confinement. © AFP / Maud Dupuy

Face à la deuxième vague de l'épidémie de coronavirus, le télétravail "est une obligation", martèle le gouvernement. Pourtant, contrairement à mars, de nombreuses entreprises rechignent cette fois-ci à recourir complètement au travail à distance.

Catherine Pinchaut, secrétaire nationale de la CFDT, était ce mardi invitée du 13/14 de Bruno Duvic sur France Inter. Elle fait état de nombreuses remontées de salariés qui estiment que leur entreprise ne joue pas le jeu. La syndicaliste presse aussi à un accord rapide sur le télétravail entre représentants syndicaux et directions, au vu de la situation sanitaire préoccupante.

FRANCE INTER : Recevez-vous des témoignages de salariés dont les employeurs ne respectent pas le 100% télétravail ?

CATHERINE PINCHAUT : "Oui, depuis la semaine dernière et le retour sur site après les vacances de la Toussaint, on a eu énormément de remontées de nos militants comme quoi les entreprises étaient très loin de jouer le jeu, quel que soit le secteur d’activité, quelles que soient les régions, quelle que soit leur taille. Autant lors du premier confinement les règles étaient bien suivies, autant lors du deuxième elles sont très largement interprétées, et interprétables d’ailleurs. Ce qui fait que le 100% télétravail, quand tout ou partie de l’activité le permet, est très loin d’être respecté dans les entreprises. C’est la priorité économique qui prend le pas sur la question sanitaire, alors que malheureusement, on est dans une situation très préoccupante." 

A-t-on des chiffres sur la productivité en télétravail ?

"Avant la crise sanitaire, on avait des études qui montraient que quand on est en télétravail - pas à 100%, certes - il y avait au contraire une augmentation de la productivité, parce que les salariés étaient beaucoup plus concentrés sur leur travail, beaucoup moins fatigués. C’était tout bénéfice pour l’entreprise comme pour les salariés, qui y trouvaient un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle, notamment avec la réduction des déplacements. 

On sait quand même que le 100% télétravail n’est pas la panacée. C’est une circonstance dégradée et à moyen terme ça peut totalement se répercuter sur l’efficacité du collectif ou le lien social. Mais de notre point de vue, vu la situation sanitaire, il est très largement à mettre en oeuvre dans les entreprises."

Y-a-t-il des contrôles ? Et est-ce que vous menez des actions pour contraindre les entreprises au télétravail ?

"Dans la période que nous traversons, et encore plus cette semaine, avant que les contrôles de la part des inspections du travail se renforcent, il est très grand temps de se mettre autour de la table entre représentants des salariés et directions et regarder de manière fine quelles sont, au sein des postes de travail, les activités et les missions qui sont télétravaillables. Et que à partir du moment ou tout ou partie de ces activités et missions peuvent être télétravaillables, qu’elles le soient. Déjà, s’il y avait par le dialogue social une prise de responsabilité collective pour faire ce travail-là, je pense que ce serait un pas extrêmement important."

Qu’en est-il de l’administration, elle traîne aussi des pieds pour mettre en place le télétravail lors de ce deuxième confinement ?

"Déjà, pendant le premier confinement, on a pu constater que l’administration n’était pas totalement prête, loin de là, à mettre en place le télétravail, notamment parfois pour des questions matérielles. La question reste pleine et entière. Alors que par rapport au privé, avec les règles applicables dans les fonctions publiques, il y a déjà cette possibilité par le dialogue de regarder un peu plus précisément au sein des postes quelles sont les activités télétravaillables. Donc, privé comme public, même combat : c’est la question de la protection de la santé et de la sécurité des salariés qui doit à nouveau primer."

Prochains rendez-vous, prochaines négociations : quand est-ce que ce dossier du télétravail va avancer ?

"Maintenant, tout de suite. On a eu une première séance de négociations la semaine dernière. La prochaine, c’est mardi, demain matin. On avancera un certain nombre de propositions. Il faut absolument que ça débouche très rapidement, sinon ça n’a plus aucun sens étant donné le contexte que l’on vit."