Santé publique France publie ce mardi deux enquêtes sur l'impact des attentats du 13 novembre 2015 à Paris sur la santé mentale des victimes directes, des personnes endeuillées, des témoins et des secours intervenus sur les lieux des attaques. Elle démontre l'importante d'améliorer le système d'accès aux soins.

Les attentats du 13 novembre 2015 ont fait 130 morts et plus de 400 blessés.
Les attentats du 13 novembre 2015 ont fait 130 morts et plus de 400 blessés. © Maxppp / Thomas Padilla

Les attentats de Paris restent dans toutes les mémoires. Le 13 novembre 2015, les attaques survenues à Saint-Denis et Paris ont causé la mort de 130 personnes, plus de 400 ont été physiquement blessées. Trois ans après, Santé publique France publie ce mardi deux enquêtes sur l'impact des ces tragédies sur la santé mentale des victimes, mais aussi des proches endeuillés, des témoins, des secours et des forces de l'ordre.

Seule une personne sur trois est suivie

Les deux études* révèlent que 67% des personnes interrogées ne se soignent pas, ne voient pas un médecin ou un psychologue régulièrement. Parmi les personnes atteintes de stress post-traumatique probable, près de la moitié, 46 %, ont déclaré "ne pas avoir engagé de traitement régulier avec un psychologue ou un médecin". 

Cette proportion est plus importante pour les témoins et les personnes endeuillées, que pour les victimes directes. Les causes sont multiples : absence de besoin éprouvé, de légitimité, selon eux, des difficultés d'accès aux soins, ou encore l'impression que "ce n'était pas le bon moment".

Selon Santé publique France, ces résultats démontrent l'impact important des attentats sur la santé mentale, l'intérêt d'élargir l'accès et les modalités de délivrance des soins à moyen terme. Et de réfléchir notamment au "moment adéquat" pour proposer ces soins. 

Un couple se recueille devant une des plaques en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015.
Un couple se recueille devant une des plaques en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. © Maxppp / Aurelien Morissard

Dépression et consommation accrue d'alcool et de médicaments

Plus de la moitié des personnes menacées directement lors des attentats, c'est-à-dire visées ou blessées, souffrent d'un stress post-traumatique probable. Même pourcentage pour les endeuillés, ceux qui ont perdu un proche. Pour les témoins sur place, ce nombre est de 27%.

Le stress post-traumatique se manifeste par des cauchemars, des insomnies, des altérations de l'humeur, des conduites d'évitement qui empoisonnent la vie. Les personnes interrogées souffrent également de dépression, consomment davantage d'alcool, de cannabis et de médicaments

La grande majorité (83%) de ceux qui n'ont pas été blessés physiquement déclare des troubles physiques, "dont l'apparition ou l'aggravation est, selon eux, liée aux attentats". Et plus de la moitié des personnes qui avaient un emploi, se sont vues prescrire un arrêt de travail. 

Les secours et forces de l'ordre pas épargnés

En moyenne, 5% des professionnels de santé, pompiers, forces de l'ordre et associatifs, ont subi un stress post-traumatique. Les analyses suggèrent un lien entre l'absence de cette pathologie et le fait d'avoir été prévenu des conséquences psychologiques possibles d'événements particulièrement difficiles. 

Des milliers de pompiers, policiers et secouristes sont intervenus le soir du 13 novembre 2015 à Paris.
Des milliers de pompiers, policiers et secouristes sont intervenus le soir du 13 novembre 2015 à Paris. © Maxppp / Francois Lafite/Wostok Press

Les chercheurs de Santé publique France suggèrent donc d'accorder une "importance particulière au soutien social, à la préparation à la gestion du stress et aux conséquences des traumatismes psychiques".

*Ces études été menées entre le 7 juillet et le 10 novembre 2016, sur 575 civils et 837 intervenants, via un questionnaire sur internet.

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