Dans un "point d'étape" sur StopCovid, le secrétaire d'État au Numérique, Cédric O, a confirmé que l'application de traçage numérique avait été téléchargée puis activée 1,8 million de fois, autrement dit par 3% de la population française. Son efficacité est loin d'être prouvée.

L'efficacité de StopCovid, à ce jour, semble donc toute relative : seules 68 personnes se sont déclarées positives pour prévenir les autres utilisateurs ; 14 alertes ont été envoyées.
L'efficacité de StopCovid, à ce jour, semble donc toute relative : seules 68 personnes se sont déclarées positives pour prévenir les autres utilisateurs ; 14 alertes ont été envoyées. © Maxppp / Vincent Isore

Les chiffres ne sont pas bons et Cédric O semble le reconnaître à demi-mot. Selon les données présentées par le secrétaire d'État au Numérique mardi lors d'une conférence de presse, l'application StopCovid, censée aidée dans la lutte contre le coronavirus en signalant les contacts avec des personnes potentiellement contaminées, a été téléchargée seulement 1,9 millions de fois et a été désinstallée près d'une fois sur quatre. Encore plus déroutant, même si cela semble logique quand l'épidémie semble considérablement ralentie en France, depuis le 2 juin, seuls 14 utilisateurs de StopCovid ont reçu un message d'alerte les informant qu'ils avaient croisé une personne elle-même déclarée positive sur l'application.

Faible adhésion à l'application

Clairement, les Françaises et les Français n'adhèrent pas à StopCovid. Est-ce un relâchement de leur part ou de la méfiance vis-à-vis de cet outil de traçage numérique ? Quoi qu'il en soit, l'application n'a donc été téléchargée qu'1,9 million de fois et activée (donc utilisée) sur 1,8 million d'appareils en France. Cela représente moins de 3% de la population française quand l'application Corona Warn-App, lancée le 16 juin, a été téléchargée par près de 12% de nos voisins allemands. Autres données peu encourageantes : le nombre de désinstallation est, ces derniers jours, particulièrement élevé de l'aveu du secrétaire d'État. Au total, StopCovid a été supprimée une fois sur quatre du téléphone sur lequel elle a été téléchargée. 

"Le nombre d'installations continue globalement de progresser" mais le solde entre les installations et les désinstallations est "certains jours négatif" a reconnu Cédric O. La différence avec l'Allemagne "ne dit rien à mon avis personnel" de l'application française elle-même, mais "dit tout probablement de nos différences culturelles, de nos différences de comportement face à l'épidémie" et "éventuellement, de la différence d'appréciation du comportement du gouvernement pendant l'épidémie", a encore estimé le secrétaire d'État.  

mCela a généré des contacts avec 205 autres utilisateurs dont seulement 14 ont reçu une notifications, sans que l'on puisse savoir pourquoi si peu avaient été prévenus. "Nous ne savons pas si ce chiffe est logique ou pas", a avoué Cédric O. Enfin, nul doute que si un cas positif avait été détecté grâce à l'application, cela aurait été signalé... Or ce ne fut pas le cas. 

Le gouvernement veut insister sur les clusters

Le ministre évoque de possibles améliorations prochaines de l'application et une réflexion sur "la manière dont les gens l'utilisent". Par ailleurs, l'objectif du gouvernement semble être désormais une incitation forte à télécharger l'application dans les nouveaux clusters ou les zones particulièrement touchées comme la Guyane actuellement.

"Nous allons continuer à faire en sorte qu'un maximum de personnes téléchargent StopCovid en nous adaptant à la réalité de l'épidémie", précise Cédric O. "Nous allons mettre une attention particulière sur les clusters ; nous devons nous adapter à la réalité de la prévalence de l'épidémie et du sentiment de sécurité ou d'insécurité des Français." En Guyane, explique-t-il, "plusieurs milliers de personnes" ont téléchargé StopCovid après une campagne d'incitation par SMS.

Installer et activer StopCovid étant considéré comme "l'un des gestes barrières" par la Direction générale de la Santé, il n'est pas exclu qu'une campagne de communication plus large, à échelle nationale, soit organisée. Enfin, pour tenter de surmonter la fracture numérique, une solution sous la forme d'un objet connecté pourrait aussi être présentée courant juillet, elle permettrait à celles et ceux qui ne disposent pas de smartphones d'être prévenus tout de même.

Le coût de l'application pourra augmenter en cas de 2e vague

Le secrétaire d'État a également précisé les conditions de financement de l'application StopCovid. "L’ensemble des partenaires n’ont pas été payés jusqu’au 2 juin", a-t-il dit. Depuis, deux des trois partenaires sont rémunérés (Dassault Systèmes et Lunabee Studio). Ce n'est pas le cas de Capgemini qui a décidé de travailler "pro bono" jusqu’à la fin du mois d’août. Un appel d'offre sera lancé à l'issue de cette période. 

Le secrétaire d'État a également fourni des chiffres sur les coûts de l'application, "dans une version majorée", révélant une dépense mensuelle oscillant entre un minimum de 80 000 euros au mois de juillet, et un maximum de 120 000 en décembre pour l'hébergement informatique, la maintenance et le développement. 

Le budget présenté prévoit en plus des dépenses optionnelles "d'appui au support utilisateur" de 50 000 euros par mois et d'autres "liées au déploiement" de 30 000 euros par mois. Dans le cas d'une seconde vague de l'épidémie, ce coût pourrait augmenter notamment pour assurer un "meilleur support utilisateur"

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