Le Tour a désormais 110 ans, et il faut bien avouer qu'à sa naissance, on ne pensait pas qu'il atteindrait cet âge respectable. Sa naissance a été un évènement chaotique, et le déroulement de cette première édition déjà une épopée.

de l'Affaire Dreyfus au Tour

Le journal « L’Auto » naquit en 1900, sous le nom de « L’Auto-Vélo ». Il est le fruit d’une rivalité entre le patron de « Vélo » (fondé en 1892) Pierre Giffard qui prend parti dans les colonnes du journal pour le capitaine Dreyfus, et de riches industriels comme De Dion ou Michelin, anti Dreyfusards patentés.Ces industriels veulent et donc créent un organe de presse pour accueillir leurs réclames. Ils en confient la direction à un tandem : un gestionnaire Victor Goddet et un visionnaire, Henri Desgrange. La rivalité entre les deux journaux tournera à l’avantage de « L’Auto », et Desgrange mènera à bien son projet de création d’un grand Tour de France cycliste.

Georges Lefèvre, chef de la rubrique cycliste et bras droit d’Henri Desgrange raconte…:

Henri Desgrange

L’inventeur du Tour était ce que les anglo-saxons appelaient au début du 20ème siècle un sportsman, ce que les intellectuels de la Renaissance appelaient un « honnête homme », intellectuel autant que sportif de haut niveau.Renonçant à ses études d’avocat, il s’engage dans l’organisation et la gestion d’évènements sportifs tout en y participant à l’occasion. Premier recordman de l’heure, il est aussi directeur du Parc des Princes puis du Vélodrome d’Hiver. Il publie aussi quelques livres évoquant le sport.Henri Desgrange est mort en 1940 à l’âge de 75 ans.

henri desgrange
henri desgrange © Gallica BNF

Naissance du tour de France

Lycéen boursier, le jeune Georges Lefèvre entre à 13 ans au lycée de Chartres. Ses études de lettres le destinent à l’enseignement du français, mais au contact d’un enseignant de l’établissement, il découvre le sport : il se passionne pour le rugby et l’athlétisme.Ses talents d’écriture lui permettent d’entrer à la rédaction du journal « Vélo », d’où il sera débauché à la création du quotidien rival, « L’Auto ».

Il raconte que c’est en déjeunant avec son directeur, Henri Desgrange que l’idée d’un Tour de France va germer afin de doper les ventes du journal.

1e course

En 1903, le Tour s’élance, mais ne ressemble absolument pas à ce qu’il est aujourd’hui.D’abord, il a fallu que les organisateurs modifient leur règlement pour rendre la course plus attractive. Ensuite, les étapes étaient beaucoup beaucoup plus longues (mais il n’y en avait que 6). Enfin, il n’y a qu’un seul journaliste pour couvrir l’évènement dans son intégralité, c’est Géo (Georges) Lefèvre, l’envoyé spécial du journal organisateur « L’Auto ».

60 coureurs au départ

Quelques jours avant le départ du premier Tour, c’est la catastrophe pour les organisateurs : il n’y a que 15 coureurs engagés, ce qui est ridicule pour ce qui se veut être la plus grande course cycliste jamais organisée. Alors le journal « L’Auto » va carrément passer de 2 à 5 francs la prime quotidienne allouée à chaque participant. Ils se compteront finalement 60 sur la ligne départ du premier juillet 1903 :

Montgeron

La ville de l’Essonne est rentrée dans l’histoire comme la première ville-départ du Tour.En raison de l’interdiction faite par le préfet Lépine d’organiser le départ dans Paris, il a fallu le déporter. Montgeron, à 19 kilomètres au sud-est de la capitale à tous les atouts aux yeux des organisateurs : lieu de villégiature chic, abritant notamment les séjours de plusieurs impressionnistes, la ville est sur la route qui conduit à Lyon, terme de la première étape.Et surtout, la gare permet de monter dans le PLM, le train Paris Lyon Marseille : une aubaine pour le directeur de la course et unique journaliste sur l’évènement, Géo Lefèvre.

Pourquoi donc avoir choisi le village de Mongeron ? Comme le grincheux préfet de la Seine bannissait les courses dans son département, celles-ci ne pouvaient partir que de Seine-et-Oise. De plus, l’emplacement permettait à Géo Lefèvre, directeur du Tour et chroniqueur de L’Auto, de prendre le train dont la ligne épousait l’itinéraire de cette première étape jusqu’à Lyon."Le Tour de France dans tous ses états" d’Olivier Larizza (Horizons, 2013)

Maurice Garin

Maurice Garin devient en 1903 le premier vainqueur du Tour.« Le petit ramoneur italien » (devenu « Le petit ramoneur » dès qu’il s’est mis à gagner des courses cyclistes) ainsi surnommé en raison de sa petite taille (1 mètre 62) détient toujours le record du plus grand écart entre un vainqueur et son second (environ 15 heures).Il réalisera même le doublé, s’imposant en 1904, mais sera disqualifié pour tricherie.

Maurice Garin
Maurice Garin © Radio France
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