Misogynie, agressions, parole libérée : l’année 2020 s’est achevée et nous en dressons le bilan sur le front du sexisme et des violences faites aux femmes.

À Paris et ailleurs, des militantes féministes placardent ces messages pour lutter contre les violences faites aux femmes.
À Paris et ailleurs, des militantes féministes placardent ces messages pour lutter contre les violences faites aux femmes. © AFP / Hans Lucas / Noémie Coissac

Ce n’est pas qu’une année noire. Elle signe par exemple l’arrivée en France du bracelet anti-rapprochement pour lutter contre les violences conjugales. Mais ces quelques pas en avant ne doivent pas occulter les agissements sexistes, les agressions sexuelles et les violences faites aux femmes ces 12 derniers mois, dont voici, comme nous l’avions fait en 2019 et en 2018, un résumé (non exhaustif). 

2 janvier : “le Consentement”, témoignage glaçant de Vanessa Springora

Son récit fait l’effet d’une petite bombe. En 150 pages, l’éditrice raconte sa relation sous emprise avec l’écrivain Gabriel Matzneff au milieu des années 1980. Elle avait 15 ans, lui 50 ans. Trente ans plus tard, cet ouvrage met en lumière, comme son titre l’indique, la question du consentement et de l’emprise que peut avoir un homme sur une femme et un adulte sur une adolescente. 

28 janvier : le Michelin manque toujours autant de femmes...

… Même s’il n’y en a jamais eu autant que cette année. En 2020, si le Michelin a primé près de quatre fois plus de cheffes qu’il y a dix ans, il n’en reste pas moins que les femmes représentent une infime partie des 630 restaurants sélectionnés par le guide rouge cette année, comme nous l’écrivions à l’époque.

30 janvier : séisme dans le monde du patinage après le récit de Sarah Abitbol 

Grande championne française de patinage artistique, Sarah Abitbol livre un témoignage poignant dans un livre, Un si long silence, et accuse son ex-entraîneur de l’avoir, lorsqu’elle avait entre 15 et 17 ans, violée et harcelée sexuellement deux ans durant. “Il profitait de venir dans la nuit quand je dormais avec mes peluches et me réveillait avec sa lampe torche. C’était un cauchemar”, raconte-t-elle au micro de Léa Salamé, le 30 janvier. Depuis, la chape de plomb sur cette discipline a été soulevée, le puissant président de la Fédération des sports de glace a démissionné. Et la ministre des Sports a diligenté une enquête administrative qui a mis en évidence des soupçons sur une vingtaine d'entraîneurs, dont certains déjà connus pour des faits de harcèlement ou agressions sexuelles. La justice s’est saisie de ces différents dossiers. 

28 février : Roman Polanski récompensé aux César, fureur d’Adèle Haenel 

Lors de la cérémonie des César, Roman Polanski, visé par des accusations de viol, reçoit le César du meilleur réalisateur pour son film J'accuse. Furieuse, l'actrice Adèle Haenel quitte la salle en lançant “Bravo la pédophilie !”. Les associations féministes dénoncent un “César de la honte”. Fin septembre, après plusieurs polémiques sur la composition de son assemblée générale, une nouvelle Académie exclut les membres de droit (comme l'était Polanski) au profit de 164 personnes élues et d’une répartition paritaire

3 mars : #NousToutes publie une étude glaçante sur le consentement

Le collectif féministe rend publics les résultats d'une enquête sur le consentement dans les rapports hétérosexuels. Consentement, violences psychologiques ou physiques : près de 109 000 réponses sont analysées et dressent un constat édifiant. Neuf femmes sur dix disent avoir déjà ressenti une pression d'un partenaire pour avoir un rapport sexuel ou bien plus d'une femme sur quatre déclare qu'un rapport s'est poursuivi alors qu'elle avait demandé qu'il cesse.

Mars-avril : malgré le confinement, le harcèlement de rue ne s’arrête pas

On aurait pu croire que des rues désertes laisseraient un peu de répit aux femmes contraintes de se déplacer malgré le premier confinement. Raté. Alors que les Français sont cloîtrés chez eux depuis plusieurs semaines, la presse relaie propos et comportements sexistes subis, souvent à quelques mètres de leur logement. Marion, par exemple, témoigne sur France Inter. À peine sortie de chez elle, un homme lui lance : “T'es peut-être la dernière personne que je vais pouvoir violer, viens ici !”. Les commerces et lieux publics fermés sont autant d’endroits en moins pour se réfugier. 

5 avril : le monde d’après, très masculin

Nous sommes encore confinés et le quotidien Le Parisien invite dans ses colonnes le climatologue Jean Jouzel, le commissaire européen Thierry Breton, le généticien Axel Khan et le politologue Yascha Mounk. “Quatre hommes blancs racontent le monde d'après ? Sérieusement ?”, s’indigne alors la députée européenne Aurore Lalucq. “Désolée de vous décevoir mais dans le monde d'après il y aura des femmes”, tweete également l'économiste Julia Cagé. Dans la journée, la direction du quotidien s’excuse et évoque “une maladresse qui n’illustre en rien la ligne éditoriale” du journal. 

23 juin : un rapport parlementaire dénonce la majorité d’hommes dans les médias pendant la crise Covid 

Mais où sont passées les femmes, pendant la crise de la Covid-19 ? Selon les résultats d'un rapport pré-publié en juin et rendu intégralement public en septembre, dirigé par la députée LREM Céline Calvez, les femmes, déjà d’ordinaire sous-représentées dans les médias, l'ont été encore plus pendant le confinement.

26 juin : le géant du jeu vidéo Ubisoft au coeur d’accusations pour violences sexuelles

Des employés ou ex-employés témoignent d’un climat “très masculin”, de dérives sexistes allant parfois jusqu’au harcèlement sexuel, menaces et agressions physiques ou sexuelles au sein du studio français, le plus important au monde. En juillet, le numéro deux du groupe, la DRH et le chef de l’unité canadienne sont limogés. Au milieu de l’été, plusieurs autres dirigeants quittent l’entreprise. “Quel est votre tolérance au sexisme ?”, demandait-on en entretien d'embauche à Ubisoft, rapportent plusieurs articles.

6 juillet : Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin nommés au gouvernement

L’un est une arrivée surprise en politique, l’autre obtient une sorte de promotion. En juillet, la composition de la nouvelle équipe gouvernementale, emmenée par Jean Castex, fait réagir. Et les nominations des nouveaux ministres de la Justice et de l’Intérieur sont perçus comme “un doigt d'honneur”, “une claque”, “un backlash” par les associations féministes. Gérald Darmanin est mis en cause pour “viol”, placé depuis mi-décembre sous le statut de témoin assisté. Eric Dupond-Moretti, lui, est connu pour avoir eu des positions sévères et sans ambiguïté contre les mouvements #Metoo et #Balancetonporc.

10 août : “Je vois que vous êtes chaude”, France Inter révèle un enregistrement à bord d’un VTC

Le 10 août, une femme fait parvenir à France Inter l’enregistrement d’une conversation avec un chauffeur VTC. L’homme tient des propos à caractère sexuel : “Il estimait apparemment pouvoir me réclamer un acte sexuel en échange d'un verre de Coca.” La plateforme réagit rapidement. Mais ce témoignage fait écho au hashtag #UberCestOver qui visait à dénoncer les agressions sexuelles à bord de ces mêmes VTC.

5 septembre : "T'as tes règles en ce moment ?", le sexisme en entreprise dénoncé avec #Balancetonstage 

Car les stagiaires sont encore plus vulnérables que les femmes dans le milieu professionnel, du fait de leur précarité, trois étudiants de l’EM Lyon lancent début septembre un compte sur Instagram (“Balance ton stage”) pour dénoncer le sexisme en entreprise. Témoignages, mais aussi conseils pour déterminer “ce qui est de l’ordre de l’acceptable ou pas”

14 septembre : collégiennes et lycéennes priées de "s'habiller normalement"

“Tenue correcte exigée.” En mini-jupe, décolleté ou nombril apparent, des collégiennes et des lycéennes protestent contre des “règlements misogynes” pour pouvoir s’habiller comme elles l’entendent, après que certaines aient été sanctionnées pour avoir porté des “crop top”. Tandis que Macron prône le “bon sens”, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer répond qu’il “suffit de s'habiller normalement et tout ira bien”. Mais les (jeunes) femmes préfèrent rappeler qu’il serait bon d’éduquer les hommes plutôt que de culpabiliser ces dernières. Au passage, le philosophe Alain Finkielkraut s’illustre par une énième sortie de piste. 

Septembre : la musique vit aussi son MeToo

Parce qu’aucun secteur n’est épargné, la filière de la musique connaît aussi son lot de révélations. Le rappeur Moha La Squale visé par plusieurs plaintes, Roméo Elvis accusé sur internet. Ou bien dans le classique, avec la cantatrice Chloé Briot qui porte plainte contre un baryton pour agression sexuelle. Au début de l’année, les sœurs Camille et Julie Berthollet avaient déjà dénoncé les agressions sexuelles dans le milieu de la musique classique. de gestes déplacés de chefs d'orchestre à des faits de détournement de mineurs.

31 octobre : le journaliste Darius Rochebin dans la tempête, visé par une enquête du journal Temps

Le quotidien suisse révèle des faits sur des “comportements déplacés” du présentateur suisse au sein de la Radio télévision suisse, sa précédente chaîne. Une employée citée par Le Temps, Aurore (au prénom changé) affirme notamment que Darius Rochebin, recruté à la rentrée par LCI, a tenté de l'embrasser de force en 2014. Repoussé, il serait parti sans s'excuser. Une autre, Clémence, relate un épisode remontant à 2006 : dans la salle de maquillage, “il s'est approché de moi, je l'ai pris par l'épaule pour lui faire la bise, il a saisi ma main libre et l'a fermement posée sur ses parties génitales”. L’article évoque la “loi du silence” qui règnerait au sein de la RTS. 

4 novembre : les femmes travaillent gratuitement depuis ce jour

Depuis ce jour, en raison des inégalités salariales persistantes, les femmes travaillent gratuitement, d’après les calculs de la newsletter féministe “Les Glorieuses”. “Ça ne s'améliore pas, c'est plutôt une stagnation”, regrette l’économiste Rebecca Amsellem, à l’origine de cette statistique. 

1er décembre : harcelée et menacée, Cécile Duflot quitte Twitter “pour un temps” 

Ancienne ministre et directrice générale d'Oxfam France annonce quitter provisoirement le réseau social, en raison d'un cyber-harcèlement dont elle est victime depuis trois ans. “Je n’y arrivais plus, j’étais fragilisée”, explique-t-elle. “Vu mon expérience et mon parcours, j’ai plutôt les nerfs froids, je suis résistante, et pourtant ça m’atteint. Il ne faut pas minimiser les choses, dire que ce n’est pas grave, parce que ça touche. Et j’ai mis du temps à comprendre à quel point c’était violent”, témoigne-t-elle.  

2 décembre : un chef étoilé accusé de viol et agressions sexuelles, la parole se libère aussi en cuisine

Une enquête est ouverte contre le chef étoilé Guy Martin. Une cheffe d’entreprise l’accuse de “viol et agression sexuelle”. Médiapart, Libération ou Le Monde publient de grandes enquêtes qui témoignent du climat nauséabond qui règne parfois à l’arrière des restaurants. Fin septembre, le chef Taku Sekine avait mis fin à ses jours après des accusations d’agressions sexuelles relayées par un site spécialisé. 

8 décembre : les “Grosses têtes” sexistes à 100%

Sexisme, “LGBTIphobie”, “grossophobie” et “séquences racistes” rythment l’émission emblématique de RTL, affirme l'association des journalistes lesbiennes gay bi trans et intersexe (AJL) dans une étude publiée début décembre, décomptant précisément ces propos sur un mois. 100% des émissions contiennent des propos sexistes, 80% des propos racistes, 50% des propos banalisant des crimes et délits sexuels ou violences. 

31 décembre : 97 femmes tuées en France par leur compagnon ou ex

Depuis le 1er janvier, et à l’heure où nous écrivons ces lignes, au moins 97 femmes ont été tuées par leur compagnon ou leur ex-compagnon, d’après le comptage du collectif Féminicides. C’est moins qu’en 2019, où le collectif en avait recensé plus de 150. Mais c’est toujours trop. 

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