En 2019, entre 122 et 149 femmes, selon les sources, ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon, pour 121 meurtres en 2018. Au-delà des chiffres, qui ont leur importance, c’est la question même des traitements médiatique et politique des meurtres de femmes qui est posée.

 Depuis fin aout 2019, un collectif de militantes placardent des affiches sur les murs de Paris et d'autres villes de France pour raconter des histoires de femmes tuées par leur conjoint
Depuis fin aout 2019, un collectif de militantes placardent des affiches sur les murs de Paris et d'autres villes de France pour raconter des histoires de femmes tuées par leur conjoint © AFP / Amaury Cornu / Hans Lucas

Les médias, les associations, le gouvernement… En 2019, tous ont participé au débat sur les violences conjugales et sur le féminicide, notamment au moment du Grenelle qui leur était consacré en novembre dernier. 

Mais avant de parler de chiffres, il faut d'abord parler du mot Féminicide. En 2019, la France a découvert ce terme qui désigne le meurtre d’une femme en raison de son genre - d’après la définition donnée depuis 2015 par le Petit Robert. Depuis le mois de juillet et grâce au collectif "Féminicides par compagnon ou ex", ce que l'on on découvre au-delà de cette définition, ce sont des histoires de vies brisées, des pouvoirs publics encore trop souvent inopérants et un chiffre terrible comptabilisé par ce collectif : 149 féminicides commis sur le territoire français au cours de l’année 2019. "Ce chiffre que nous donnons est un chiffre à minima. Il y a des affaires en cours non résolues qui vont sans doute augmenter ce chiffre", annonce Julian membre du collectif. 

Un travail méticuleux depuis 2016

Ce collectif réalise un travail minutieux en comptabilisant les meurtres de femmes depuis 2016. Pour ses membres, l'objectif est de soutenir les familles de victimes et leur permettre de faire reconnaître cette mort comme un féminicide. En juin, ils lancent un appel dans le journal Le Parisien, intitulé "Protégez-les". À partir du mois de juillet dernier, le pari est réussi puisque les médias reprennent alors massivement le terme féminicide et les chiffres du collectif à leur compte. 

Dès 2017, Libération avait lancé son propre décompte. Depuis plusieurs mois d’autres médias s'y sont mis et réalisent, eux aussi, une comptabilité ainsi que des enquêtes sur les cas de féminicides. L’AFP, l’une des principales agences de presse en France et dans le monde, a fait ce travail en s’appuyant au départ sur le travail du collectif avant de réaliser leur propre décompte. Pour 2019, ses journalistes comptabilisent entre 122 et 125 féminicides. Le ministère de l’Intérieur fournit lui aussi des chiffres, mais plus tard dans l'année. Pour 2018, les statistiques avaient été livrées en juillet 2019. 

La situation concrète de plus de 200.000 femmes victimes

Au-delà de la bataille de chiffres, depuis cet été, ces débats et ces enquêtes au sein du monde associatif et médiatique sont tels, que le gouvernement a dû lui aussi réagir : Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations et le gouvernement ont organisé un Grenelle des violences conjugales de septembre à novembre 2019. 

Julia, membre du collectif "Féminicide par compagnon ou ex", estime que les conclusions et les décisions prises par le gouvernement ne vont pas améliorer la situation concrète de plus de 200 000 femmes victimes, même si le Grenelle a été un bon moyen de communiquer et de débattre des violences faites aux femmes. 

Pour elle, l’essentiel ne change pas : "On ne veut pas toucher à ce que l’on estime être la liberté des hommes. On est encore dans le petit chaperon rouge. On préfère laisser le loup en liberté et laisser les femmes devenir des victimes. On n’est pas dans l’idée de s’en prendre vraiment à l’agresseur."

Un chiffre énorme

Caroline de Haas, du collectif "Nous toutes" qui regroupe des associations et militantes féministes, reprend le chiffre de 149 féminicides pour l’année 2019. "On ne connaîtra jamais vraiment le chiffre exact des féminicides. Mais que l’on parle de 122 femmes tuées comme le dit l'AFP ou 149, quel que soit ce chiffre, il est énorme", dit-elle.

Pour Caroline de Haas, le Grenelle ne va fondamentalement pas modifier les choses, car "il n’y a pas eu véritablement de changement de braquet radical dans les politiques publiques". La militante féministe reconnait que les débats, notamment au moment de ce Grenelle, ont forcé les services de l’État et les médias à s’emparer du sujet. 

La grande marche des femmes contre les violences sexuelles et sexistes du 24 novembre dernier a d’ailleurs atteint des records de participation avec, selon "Nous toutes", 100 000 participantes à Paris contre 30 000 en 2018. 

En 2019, les féminicides sont partiellement sortis de la rubrique des faits divers pour être regardés comme un problème de société. Médias, politiques et associatifs partent de ce constat commun mais sont encore loin d’avoir élaboré ou pensé des solutions efficaces. Que l’on prenne les chiffres de l’AFP ou du collectif, le nombre de féminicides est encore gigantesque.

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