Gabura, île du sud du Bangladesh, infiltrée par le sel. Plus rien ou presque n’y pousse, même les arbres y meurent
Gabura, île du sud du Bangladesh, infiltrée par le sel. Plus rien ou presque n’y pousse, même les arbres y meurent © Julie Pietri / Julie Pietri

Brest, Nantes, ou encore Bordeaux... sous l'eau ! C'est ce qui se passerait si la France perdait 20% de son territoire à cause de la montée des eaux... Et ce qui est en train d'arriver au Bangladesh.

Ce petit pays d’Asie du Sud est extrêmement peuplé : plus de 150 millions d’habitants. Sa densité est l’une des plus importantes au monde. Au Bangladesh, les habitants plaisantent parfois en disant que la solitude n’existe pas. Pourtant, les Bangladais vont devoir se serrer encore plus : le pays pourrait perdre jusqu’à 20% de son territoire d’ici 2050. En cause notamment, la montée du niveau de la mer. Le pays étant plat et bas, l’eau salée s’immisce et pénètre dans les terres. On retrouve des taux anormalement élevés de sel jusqu’à 100 km de la côte.

Reportage au Bangladesh

Dans le Sud-Ouest du pays par exemple, dans le district de Satkhira, les habitants ont de plus en plus de mal à trouver de l’eau potable. Ils développent des maladies de peau à force de se doucher à l’eau salée. Dans ce district, l’île de Gabura est particulièrement impactée. Les 40 000 habitants vivent sans une goutte d’eau douce. Ils doivent prendre le bateau et parfois marcher des kilomètres pour se ravitailler.

Les femmes font la queue pour remplir leurs cruches d’eau douce. District de Satkhira, au sud-ouest du Bangladesh.
Les femmes font la queue pour remplir leurs cruches d’eau douce. District de Satkhira, au sud-ouest du Bangladesh. © Radio France / Julie Pietri

La salinité affaiblit les animaux d'élevage. Vaches. Chèvres et poules. Les arbres ne poussent presque plus. Quant aux champs, ils sont brûlés par le sel. Pour s'en sortir, les paysans se tournent de plus en plus vers l'élevage de crevettes... Ils remplissent des bassins d'eau salée... ce qui aggrave encore la situation.

Vers une crise alimentaire sévère

L’avenir du Bangladesh ? Voilà ce qu'en dit l’économiste Qazi kholiquzzaman Ahmad, de la Dhaka School of Economics :

D'ici 2050, voilà ce qui va se passer : un tiers des habitants va être déplacé. Soit 50 à 60 millions de personnes. Et où vont elles aller? C'est le pays le plus densément peuplé du monde, à part peut être quelques villes-Etats comme Singapour et Hong Kong. Il n'y a plus de place au Bangladesh. D'ici 2050, d'un côté nos terres agricoles vont diminuer, à cause de la salinité. Certaines terres seront même submergées. Et de l'autre, la population augmente. Si vous mettez tout ça ensemble... Vous comprenez. Il va y avoir une crise alimentaire sévère. Et ça se ressentira sur la sécurité. À moins que l'on s'adapte vite et profondément.

Le pays aimerait rehausser ses digues sur les zones côtières. Mais l’argent manque dans ce pays, l’un des plus pauvres au monde. Dans la périphérie de Dakha, des ingénieurs agronomes cherchent aussi à développer des riz résistants au sel. Mais ils ne sont pas encore prêts à résister aux taux de sel extrêmement élevés des zones côtières.

Dans ces champs, en périphérie de Dacca, l’Institut de recherche sur le riz du Bangladesh tente de développer des riz résistants
Dans ces champs, en périphérie de Dacca, l’Institut de recherche sur le riz du Bangladesh tente de développer des riz résistants © Radio France / Julie Pietri

Ce n’est évidemment qu’un moyen de limiter les dégâts. Ce que le Bangladesh souhaite obtenir lors de la conférence sur le climat à Paris, en décembre, c'est un accord drastique. 40% de réductions des émissions de gaz des pays développés d'ici 2020... 90% d'ici 2050.

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