1 100 km parcourus en deux jours, vitesse moyenne de 80 km/h pour rejoindre Berlin : c’est le défi que vont relever quelques mordus de Trabant, la mythique voiture de l’ex-Allemagne de l’Est, à l’occasion des 30 ans de la chute du mur de Berlin. Rencontre.

La Trabant 601 a été produite de 1964 à 1990 par les usines AWZ à Zwickau (Saxe).
La Trabant 601 a été produite de 1964 à 1990 par les usines AWZ à Zwickau (Saxe). © Radio France / Xavier Demagny

C’est une voiture qui ne passe pas inaperçue. Une fin de matinée, Claude Martin nous a donné rendez-vous à Neuilly-sur-Seine, tout près de Paris. Ce retraité moustachu est l’heureux président d’un club de collectionneurs de Trabant. Oui, la mythique voiture de l’Allemagne de l’Est, produite entre les années 60 et la chute de la RDA, en dépit des pénuries de matières premières qui frappaient le pays communiste. 

Difficile de louper notre homme : le voilà qui arrive, au volant de la petite voiture couleur jaune moutarde un peu passé, bruyante et fumante. Il faut se le dire, au milieu de la circulation parisienne, dense et pressée, sa Trabant fait office d’objet roulant non identifié. 

Cette voiture, c’est “une grand-mère”

Si nous avons voulu rencontrer Claude Martin, c’est parce que l’année 2019 marque le trentième anniversaire de la Chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Mais aussi parce qu’à l’occasion de cet anniversaire, plusieurs vaillants membres du club “Eurotrabi” vont se rendre à Berlin pour les célébrations. Cette fois-ci, Claude Martin n’en sera pas - il a passé l’âge - “je l’ai déjà fait plusieurs fois, notamment pour les 20 ans”, dit-il. 

Ce voyage, les autres membres du club vont - évidemment - l’entreprendre en Trabant. 1 100 kilomètres au départ de Paris, parcourus à une vitesse de croisière de 80 km/h (au-delà, ce n’est vraiment pas raisonnable), un plein de carburant tous les 250 km (c’est un petit réservoir) et une nuit d’escale à Düsseldorf : “Ce sont des grand-mères ces voitures, et c’est un sacré périple”, témoigne au téléphone d’Inter Denis Détot, l’un des membres du club qui va entreprendre ce voyage. Arrivée prévue la veille du 9 novembre. 

À Neuilly, nous sautons donc dans la petite Trabant. Ni le temps, ni la place de s’arrêter : le feu est vert, il y a du monde qui attend derrière. L’espace est restreint, mieux vaut avoir les jambes courtes. L’habitacle est rudimentaire, le tableau de bord l’est tout autant. “Celle-ci a pourtant la particularité d’être une version luxe. Les anti-brouillards, les vitres latérales qui s’entrouvrent, une petite horloge électrique, la jauge à essence et un toit ouvrant. On peut pas faire mieux en matière d’options !”, précise Claude Martin, alors qu’il traverse le carrefour embouteillé de la porte Maillot. 

L'habitacle de la Trabant 601 "Luxe" de Claude Martin, jaune et marron.
L'habitacle de la Trabant 601 "Luxe" de Claude Martin, jaune et marron. © Radio France / Xavier Demagny
L'intérieur de la Trabant, avec les réglages des feux sur la gauche du tableau de bord, l'indicateur de vitesse et choses rares : une jaune essence, un autoradio et une horloge électrique.
L'intérieur de la Trabant, avec les réglages des feux sur la gauche du tableau de bord, l'indicateur de vitesse et choses rares : une jaune essence, un autoradio et une horloge électrique. © Radio France / Xavier Demagny

Tout semble trembler au rythme du moteur deux-temps, qui produit un ronflement semblable à celui d’une motocyclette (ou d’une tronçonneuse...). Une passante traverse d’ailleurs le passage piéton, un regard inquiet, fixé sur le capot vibrant de la Trabant. 

Trace de l’Histoire et de mémoire

À voir la fumée qu’elle recrache et le bruit qu’elle fait, la Trabant est loin d’être “Crit’air”, confirme, amusé, Claude Martin. Mais elle raconte finalement ce qu’a pu être l’Allemagne de l’Est quarante ans durant : les pénuries de matières premières (la carrosserie était en duroplast, un matériau utilisé pour pallier le manque d’acier), le système communiste (il fallait attendre des années pour décrocher le droit d’acheter une voiture). Elle est aussi la voiture “sympathique” qui “égayait” par ses différentes couleurs la grisaille des villes de l’Est. 

Une voiture comme une trace de l’Histoire et élément de mémoire. “Dans les salons, elle intrigue et vole souvent la vedette aux cabriolets”, explique Denis Détot. Claude Martin possède par exemple une autre Trabant, modèle militaire, de celles qui patrouillaient le long du mur de Berlin et du rideau de fer : “J’ai même son journal de bord”. Témoin de la surveillance jour et nuit menée par la police est-allemande. 

“Ce n’est pas une approche politique”

Ce n’est qu’à la chute du Mur que tout le monde a découvert cette voiture, avec les images des allemands de l’Est qui fuyaient. (...) Ensuite, j’étais à Berlin en 1991. À l’époque, plus personne ne voulait entendre parler de la Trabant. Dans les parkings, dans les rues, il y en avait partout. Alors quand je suis rentré à Paris, j’ai décidé de créer une association pour sauver ces voitures”, raconte-t-il. 

Claude Martin et sa Trabant, immatriculée 601 DDR 92 : 601 (comme le numéro du modèle) DDR (comme Deutsche Demokratische Republik, République démocratique allemande en français).
Claude Martin et sa Trabant, immatriculée 601 DDR 92 : 601 (comme le numéro du modèle) DDR (comme Deutsche Demokratische Republik, République démocratique allemande en français). © Radio France / Xavier Demagny

Si le club Eurotrabi compte dans ses rangs plus de 500 membres, dont “trois communistes encartés” à la connaissance de son président, il n’a “aucune ambition politique ou nostalgique”, justifie Claude Martin. “C’est vrai que la Trabant est un symbole indéniable de l’Allemagne de l’Est. Donc on l’entretient, mais sans arrière-pensées. Nous n’avons aucune ambition de continuer à faire vivre ce pays là”, ajoute-t-il.   

Néanmoins Claude Martin reconnaît avoir gardé des amis en ex-Allemagne de l’Est qui “regrettent parfois le passé pour tout ce qui était social”. “Mais, poursuit-il, c’était un état policier, qui contrôlait tout et pour lequel on ne peut pas être véritablement nostalgique”.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.