L'historien a dirigé le comité scientifique "Portraits de France", chargé par Emmanuel Macron d'aider les élus à renouveler les noms de rues ou de bâtiments publics. Ce groupe a dévoilé une liste de plus de 300 personnalités issues de la diversité.

Emmanuel Macron avait estimé début décembre, dans une interview à Brut, qu'il fallait aider les élus à renouveler les noms de rues ou de bâtiments publics pour plus de diversité.
Emmanuel Macron avait estimé début décembre, dans une interview à Brut, qu'il fallait aider les élus à renouveler les noms de rues ou de bâtiments publics pour plus de diversité. © Getty

"Vous n'avez plus la possibilité de dire qu'il n'existe personne pour représenter votre cité, votre médiathèque, ou votre complexe sportif." Invité de France Inter ce dimanche matin, l'historien Pascal Blanchard a incité les maires à se servir des travaux fournis par le comité scientifique qu'il dirige. Sur demande d'Emmanuel Macron, qui déclarait, le 4 décembre dernier, dans son interview à Brut, vouloir aider les élus à renouveler les noms de rues ou de bâtiments publics, il a dirigé un groupe d'expert, rassemblé sous la bannière "Portraits de France" qui vient donc de remettre son rapport et une liste de 318 noms issus de la diversité.

Un travail considéré comme "un enrichissement et une reconnaissance, en redonnant leur place à tous les enfants de la République et en continuant de l’écrire avec ce que la France est aujourd’hui, c’est-à-dire une nation une et indivisible, mais aussi riche de sa diversité", par Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville. "Il faut s'en saisir et chacun peut choisir. 318, ça laisse quand même (la place à) de belles conversations dans les conseils municipaux pour trancher", estime l'historien. Selon lui, il est "important" pour que les nouvelles générations se sentent "légitimes"

"Des jeunes vont regarder un nom de rue, de piscine, ou de stade et voir qu'il y a des gens qui racontent une histoire dans laquelle ils sont un peu plus valorisés." 

Parler de notre Histoire autrement

À la question de savoir si certains noms, comme celui du tiers-mondiste Frantz Fanon, ne sont pas trop clivants, Pascal Blanchard estime que "même une ville du Front national (sic) peut choisir" parmi sa liste. "Il y a quand même beaucoup d'hommes et quelques femmes qui sont morts pour la France, comme l'aviateur vietnamien Do Huu Vi", mort dans la bataille de la Somme, le 9 juillet 1916.

L'historien concède qu'il était "impossible" de proposer un recueil de noms neutre mais défend une "complémentarité" des choix des 18 membres de son comité scientifique. "Chacun est arrivé avec son approche d'historien, de sociologue, ou d'intellectuel. Je pense aux écrivains Leila Slimani et David Diop, à l'approche associative et proche des territoires de Salah Amokrane (Tactikollectif) et de Samia Chabani (Ancrages), ou encore à la culture militaire d'André Rakoto (Office national des anciens combattants et victimes de guerre). L'idée, c'était qu'on arrive autour d'une table, avec des points de vue différents." 

Parmi les 318 noms proposés, figurent encore ceux de Paulette Nardal, "première femme noire arrivée à la Sorbonne", "du grand résistant" Addi Bâ ou encore de Louis Delgrès. Mais ce dernier, un Martiniquais devenu chef de la résistance anti-esclavagiste contre les troupes napoléoniennes envoyées en Guadeloupe en 1802, peut-il donner son nom à une rue alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à commémorer les 200 ans de la mort de Napoléon ? "En tout cas, les deux font partie de notre histoire", répond Pascal Blanchard. 

"Jusqu'à maintenant le problème, c'est qu'il y a beaucoup de places, de rues, et de bâtiments qui portent le nom de Napoléon, et très peu le nom de Delgrès."

L'historien estime qu'"on est peut-être entré dans ce temps où il va falloir trouver ce juste équilibre pour parler autrement de notre histoire". Pour lui, il est "peut-être temps" de "parler autrement de notre histoire" et de montrer "aux nouvelles générations" de qui nous sommes "les héritiers".

Une liste très masculine

Enfin, Pascal Blanchard répond à la critique principale faite à sa liste. Pourquoi seulement 67 femmes (21%) sur 318 noms ? "Parce que dans le prisme militaire, dans l'histoire du sport, dans la littérature, les femmes sont entrées extrêmement tard dans l'histoire. La parité est tout à fait possible, si vous regardez les cinquante dernières années. Mais dès que vous remontez le temps, du début du XXe jusqu'au début du XIXe siècle, la proportion de femmes dans tous les territoires socioprofessionnels est beaucoup plus faible"

L'historien explique qu'un débat a eu lieu au sein de son comité scientifique pour en arriver à la conclusion que "depuis dix, quinze ans, des collègues font déjà un travail très pertinent sur le nom des femmes dans nos rues, dont la proportion a largement progressé". "Ce n'est pas du tout le cas de la diversité", assure-t-il. Surtout, Pascal Blanchard promet que "le travail va continuer". "C'est une première liste, il nous reste de quoi écrire encore 2700 à 2800 biographies", pour guider les maires dans leurs choix.  

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