Si l'Insee avait prévu l'évolution démographique de la population française et son vieillissement, elle est passée à côté de quatre bouleversements démographiques et sociétaux majeurs. L'Institut national d'études démographiques les détaille dans son bulletin mensuel de mars 2018, dont on fête ce mois-ci les 50 ans.

Si l'INSEE a su prévoir l'évolution du nombre d'habitants en France, elle n'a pas su anticiper certains phénomènes démographiques et sociétaux
Si l'INSEE a su prévoir l'évolution du nombre d'habitants en France, elle n'a pas su anticiper certains phénomènes démographiques et sociétaux © Radio France / MaxPPP

C’était il y a cinquante ans tout juste, en 1968, la France passait le cap des 50 millions d’habitants. Un demi-siècle plus tard, en 2018, la population a augmenté d’un tiers, pour franchir la barre des 65 millions d’habitants. Cette croissance, et le vieillissement de la population, avaient été anticipés par l’Insee, selon le dernier numéro de Population et Société, le bulletin mensuel de l’Ined (Institut national d’études démographiques), lancé il y a cinquante ans tout juste, en mars 1968. En revanche, explique l’auteur du bulletin, le chercheur Gilles Pison, l’institut national de la statistique n’avait pas su prévoir quatre bouleversements démographiques et sociétaux.

  • L’évolution de l’espérance de vie

En 50 ans, les Françaises et les Français ont vu leur espérance de vie croître de 11 ans : en 1967, elle était de 71,5 ans, sexes confondus. En 2017, c’est 82,5 ans. Or, dans ses projections de 1970 et de 1979, l’Insee se montre particulièrement pessimiste : alors que les deux décennies précédentes ont vu l’espérance de vie augmenter fortement en raison du recul de la mortalité infantile, on sait à l’époque qu’un plancher en la matière a été atteint, et l’on pense que les possibilités de diminution de la mortalité à des âges avancés sont très limitées, et que donc l’espérance de vie va rapidement buter sur un plafond biologique. Ainsi, la projection publiée en 1979 considère que l’espérance de vie n’atteindra que 73,8 ans en 2000, sexes confondus. Mauvaise pioche : le plafond fixé a été dépassé l’année même de la publication de la projection, puisque l’espérance de vie a atteint 74,1 ans cette année-là. Même sous-estimation en 1986 : le plafond prévu par la projection est dépassé en 1997, si bien que l’Insee a abandonné l’idée même de plafonnement dans les projections suivantes.

  • Les Françaises font toujours autant d’enfants, mais à un âge plus avancé

Depuis la fin du baby-boom il y a cinquante ans, les femmes mettent au monde environ deux enfants chacune en moyenne en France, quelle que soit la génération. Mais l’âge à la maternité n’a cessé de progresser depuis 1977, année où les femmes ont accouché en moyenne à l’âge de 26,5 ans, tant et si bien que l’âge des mères à la naissance de leur enfant, 30,7 ans en moyenne en 2017, dépasse le record observé il y a 100 ans, en pleine Première Guerre mondiale. En 1977, les Françaises sont mères de leur premier enfant à 24 ans en moyenne, elles le sont près de cinq ans plus tard aujourd’hui. Pour le chercheur Gilles Pison, cela est notamment lié à l’allongement de la durée des études, à la progression de l’emploi féminin et au souhait de n’avoir des enfants qu’une fois installés dans la vie, avec des diplômes, un emploi stable, un logement et une vie de couple. La diffusion de la contraception moderne et la légalisation de l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) ont également joué un rôle selon lui, en réduisant la fréquence des grossesses et des naissances non désirées, notamment aux âges jeunes.

Néanmoins, analyse-t-il, ce recul de l’âge moyen à la maternité ne devrait pas progresser dans les mêmes proportions dans les années à venir. Il est peu probable qu’il augmente jusqu’à 35 ou 40 ans, pour une raison d’abord biologique : à trop attendre pour devenir mères, les femmes risquent de ne plus pouvoir enfanter quand elles le décident. Le risque moyen de ne pas avoir d’enfant croît vite avec l’âge : 4 % à 20 ans, 14 % à 35 ans, 35 % à 40 ans et près de 80 % à 45 ans.

  • Près de 60 % des enfants naissent de parents non mariés

En 50 ans, entre 1966 et 2016, le nombre d’enfants nés hors mariage a été multiplié par près de 10 ! Alors qu’il n’était que de 6% au milieu des années 60, le taux a bondi à plus de 58% ces dernières années. Cette évolution s’accompagne d’un changement législatif (depuis juillet 2006, la loi française ne différencie plus les droits des enfants nés de parents mariés de ceux nés de parents non mariés, et elle ne distingue plus le type de naissance selon l’état matrimonial des parents lors de l’enregistrement), et d’une reconnaissance des enfants par les pères plus fréquente : au début des années soixante-dix, seul un enfant né hors mariage sur cinq était reconnu par le père dès sa naissance, contre un sur deux en 1980 et cinq sur six en 2005.

  • Les PaCS presque aussi fréquents que les mariages

20 000 PaCS conclus en 2001, près de dix fois plus quinze ans plus tard (192 000 en 2016) : année après année, le succès de ce type d’union, mis en place par le gouvernement de Lionel Jospin en 1999, ne se dément pas, à tel point qu’en 2016, il talonnait le nombre de mariages (233 000). Si son utilisation par les couples de même sexe avait été bien anticipée, celle par les couples de sexe différent est une surprise totale : leur nombre est passé de 15 000 à 184 000, soit une multiplication par douze en quinze ans. Les PaCS entre personnes de même sexe n’ont fait que doubler dans l’intervalle, passant de près de 3 500 à un peu plus de 7 000 par an. Ils ne représentent aujourd’hui que 4 % de l’ensemble des PaCS. 

Dans le même temps, le nombre de mariages a diminué, passant de 296 000 à 233 000 entre 2001 et 2016, et l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe en 2013 n’a pas modifié les tendances : il y a eu autant de mariages que de PaCS conclus entre personnes de même sexe en 2016, respectivement 7 113 et 7 112.

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