A l’occasion du Prix Bayeux des correspondants de guerre 2016, Radio France propose une exposition sonore sur le travail de ses reporters et techniciens en zone de conflits.

Exposition "la guerre par le son" Bayeux 2016
Exposition "la guerre par le son" Bayeux 2016 © Radio France / Jean-Marie Porcher

C’est au pied de la Cathédrale de Bayeux, dans l’Hôtel médiéval du Doyen, que résonnent cette semaine les bruits de la guerre. Celle d’Irak, de Centrafrique, d’Ukraine ou d’Iran. Celle que couvrent depuis des décennies les reporters de Radio France.

La radio dans la guerre, ça ne date pas d’hier : l’exposition s’ouvre sur la reconstitution du studio de la BBC d’où a été transmis l’appel du Général de Gaulle, le 18 juin 1940. Meubles, micros, matériel, tout est d’époque, prêté par le Musée de Radio France.

Reconstitution du studio de la BBC où le Général de Gaulle enregistra l'appel du 18 juin 1940
Reconstitution du studio de la BBC où le Général de Gaulle enregistra l'appel du 18 juin 1940 © Radio France / Jean-Marie Porcher

Pour accéder à l’étage, pièce maîtresse de l’exposition, il faut emprunter l’escalier, où l’on est plongé dans l’ambiance d’une prière collective à Téhéran.

Le son est partout, mais toujours mis en valeur, jamais accessoire. Dans la salle consacrée justement à l’Iran, on peut écouter des reportages tournés dans ce pays, en 1979 pendant la Révolution, et en 2009 quand la jeunesse iranienne descend dans les rues pour la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. On y retrouve les voix, les écritures devenues familières de reporters comme Yves-Paul Vincent (1979) ou Grégory Phillips (2009).

Ces reporters habitués à travailler dans l’urgence des conflits, l’exposition permet de les accompagner au plus près de leur travail : dans un de ses espaces, on dissèque leurs reportages. On les écoute, d’abord, comme ils ont été diffusés à l’antenne, puis on peut se plonger dans les rushs, les interviews non montées qui en ont été le matériau brut: quel extrait le journaliste a-t’il choisi plutôt qu’un autre, quel témoignage a-t’il voulu mettre en valeur, pour susciter quel sentiment, quelles images chez l’auditeur ?

L’image, justement, n’est pas absente de cette exposition qui soigne pourtant les oreilles avant tout. Des clichés qui montrent l’envers du décor, les journalistes au travail.

Isabelle Labeyrie à Benghazi (Libye) en mars 2011
Isabelle Labeyrie à Benghazi (Libye) en mars 2011 © Radio France / Jean-Marie Porcher

Des photos qu’ils ont prises eux-mêmes, aussi, car le reporter radio et le technicien avec qui il fait équipe sont désormais capables de travailler le son, l’image et la vidéo.

Tout au long de l’exposition, l’ouïe reste tout de même le sens le mieux traité : le visiteur est invité à rentrer dans des sortes d’isoloirs, des « douches sonores » isolées par des rideaux noirs. On y est au calme, pour se concentrer sur le son, les reportages diffusés. On peut y écouter les 23 lauréats Prix Bayeux radio depuis sa création.

Réécoutez ici le reportage d'Olivier Poujade de France Inter primé à Bayeux en 2014

Noir complet

L’expérience est poussée encore plus loin avec la dernière salle. Une pièce où l’on se retrouve dans le noir complet, pour écouter un reportage signé Philippe Reltien : on y visite un ancien centre où les hommes de Saddam Hussein torturaient leurs victimes, en compagnie d’un de ceux qui ont subi cette torture et qui témoignent, quelques jours après leur libération en 2013. Dans l’obscurité, chacun est mis face aux images qu’il se crée à partir du son. On est là au cœur de ce qui fait de la radio un média incomparable. "La radio c’est le média de l’imaginaire, expliquent les deux commissaire de l'exposition, le directeur de la rédaction de France Inter jean-Marc Four et Jean-Marie Porcher, l'un des techniciens de reportage les plus chevronnés de Radio France. "Les ambiances des reportages permettent à chaque auditeur de laisser libre cours à son imagination pour visualiser ce qui se passe là où se trouve le reporter. Là où l’image dicte, le son et la « rumeur du monde » laissent l’auditeur libre de se créer son univers mental".

Exposition "La guerre par le son"

Hotel du Doyen, Bayeux (Calvados)

Ouvert tous les jours du 3 au 9 octobre

Ouvert les week-ends du 10 au 30 octobre de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h

Ouvertures exceptionnelles : Vendredi 7 octobre jusqu’à 19 h et samedi 8 octobre de 10 h à 18 h (journée continue)

Entrée libre

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