Qui veut devenir assistant d'éducation ? Les candidats sont trop peu nombreux, certains collèges ont un mal fou à recruter. "C'est un travail épuisant et pénible, qui n'a aucune reconnaissance" a en croire une CPE.

Un élève lève la main et participe au cours dans une classe de collège.
Un élève lève la main et participe au cours dans une classe de collège. © Maxppp / Vanessa Meyer

Le ministère de l'Éducation nationale a annoncé le recrutement de 700 postes équivalents temps plein d'assistants d'éducation supplémentaires en cette rentrée pour gérer les à-côtés de la vaccination. Habituellement, les "AED" comme on les appelle dans les collèges et lycées, sont chargés de surveiller et d'accompagner les élèves et d'accompagner les élèves. Mais l'installation de centres éphémères de vaccination dans les établissements va nécessiter du personnel pour recueillir les autorisations des parents, gérer les flux d'élèves. Or, les candidats manquent à l'appel. Les collèges et les lycées ont déjà beaucoup de mal à recruter des assistants d'éducation pour les missions habituelles. La pénurie est plus forte cette année.

Des désistements pendant l'été

À deux jours de la rentrée, il manque la moitié des personnels dans l'équipe de Marie, qui est conseillère principale d'éducation dans un collège de la banlieue parisienne. Chaque année elle est chargée de recruter des assistants d'éducation, souvent des étudiants mais pas seulement. Elle fait passer les entretiens, sous l'autorité de son chef d'établissement, qui fait signer les contrats. Mais elle a eu beaucoup de désistements pendant cet été : "Quand je suis partie en vacances, j'avais recruté plusieurs personnes, il ne me manquait que deux personnes, que je pensais trouver facilement en septembre parce que je l'avais déjà fait, je savais que c'était possible. Mais les personnes recrutées se sont désistées pendant l'été, ça arrive, c'est le jeu, parce qu'il n'y a pas d'engagement, il n'y a pas de contrat signé à ce moment-là donc elles sont libres de partir." 

Ce qui est rare, c'est qu'autant de personnes partent pendant l'été, et le problème c'est que je ne croule pas sous les candidatures. Le peu de candidatures dont le collège dispose ne sont pas forcément appropriées parce qu'on ne peut pas recruter n'importe qui pour être au contact d'élèves.

Cette CPE poursuit : "On cherche a minima une expérience avec des ados ou des enfants, que ce soit de la garde d'enfants, de l'animation en centre de loisirs, ou alors une appétence pour le domaine de l'éducation, des gens qui se destinent à des concours de l'Education nationale."

"Aucune reconnaissance"

C'est sa huitième rentrée comme CPE et Marie dit qu'elle n'a jamais connu une telle situation. De nombreux établissements sont dans le même cas. Pour elle, la crise sanitaire a amplifié les difficultés de recrutement. "Je pense que la période du Covid n'a pas aidé", explique la jeune femme. "Ça n'a pas été simple dans les écoles. Il y a un protocole sanitaire à faire respecter et les AED sont en première ligne. Ce sont eux qui sont chargés au quotidien de faire respecter le port du masque, la distanciation sociale, les sens de circulation dans les établissements, les cours de récréation séparées"

Car un travail épuisant et pénible, qui déjà n'a aucune reconnaissance, on travaille pour le SMIC horaire. 

Autre soucis : les étudiants ont de plus en plus de mal à obtenir un statut dérogatoire à la fac. "C'est-à-dire que la fac leur dit : à partir de maintenant on ne vous donne plus d'autorisation spéciale pour pouvoir travailler et donc rater un ou deux cours pour faire vos 18 heures de travail dans la semaine". C'est un vrai blocage pour nombre d'entre eux estime Marie, "parce que les étudiants vont privilégier leurs études et vont trouver des heures chez MacDo le soir".

"En difficulté pour assurer la sécurité des élèves"

Les AED ont alerté l'an dernier sur leurs conditions de travail de plus en plus difficiles, comme le confirme Emmanuel Séchet, secrétaire général adjoint du syndicat Snes : "Il y a eu beaucoup de mobilisations au cours de l'année scolaire passée. Les AED demandent à être mieux payés, ils demandent à être moins précaires." Elle poursuit : "Compte tenu de ce qu'est "le métier" d'AED, je dis bien le métier entre guillemets, car il n'est pas vraiment reconnu et surtout compte tenu de ce que sont les conditions à la fois de travail et de rémunération de ces personnels, ça ne me surprend pas effectivement qu'il y ait des difficultés de recrutement localement. Forcément beaucoup d'AED ont jeté l'éponge et la rentrée va être difficile".

Marie va continuer à recevoir des candidats toute la semaine mais elle reconnaît qu'elle sera moins exigeante sur les critères de recrutement et les profils : "Il est probable qu'on soit obligés de recruter des gens qui n'aient pas forcément le profil, au moins pour commencer l'année et voir comment ça se passe, sachant qu'il y a une période d'essai. Mais j'aimerais éviter de prendre des gens pour remplir des cases, parce qu'il me faut du monde. Ces gens qui ne seront pas forcément compétents risquent de se retrouver en difficulté, et risquent donc de me mettre en difficulté pour assurer la sécurité des élèves. C'est exactement ce qu'on veut éviter."