Au lendemain d'un vote cinglant des journalistes de France Télévisions contre leur patronne Delphine Ernotte, une grève de 24h est organisée ce mercredi au sein du groupe, pour protester contre les importantes mesures d'économies projetées en 2018 et une vaste réforme préparée par le gouvernement.

Les journalistes de France Télévision ont voté à plus de 84% des votes exprimés la motion de défiance contre la présidente du groupe Delphine Ernotte
Les journalistes de France Télévision ont voté à plus de 84% des votes exprimés la motion de défiance contre la présidente du groupe Delphine Ernotte © AFP / Benjamin Cremel

Les journalistes de France Télévisions ont infligé un camouflet à leur patronne, Delphine Ernotte, en adoptant mardi à une majorité écrasante une motion de défiance à son encontre, pour dénoncer des économies sur l'information et une vaste réforme que prépare par le gouvernement. 

Les journalistes des rédactions nationales du groupe (France 2 et 3, franceinfo...) ont approuvé à 84% une motion de défiance, qui leur avait été soumise par les Sociétés de journalistes (SDJ) du groupe public, avec un taux de participation au vote de 69%. 

►ÉCOUTER | "Jamais, à France Télévisions, la motion de défiance n'avait été voté contre la présidence, mais en plus elle a été massive" : le reportage d'Alexandra Ackoun

Cette motion est intervenue à quelques heures du début d'une grève de vingt-quatre heures, ce mercredi, à l'appel de trois syndicats, la CGT, FO et le Syndicat national des journalistes (SNJ), à l'occasion de la tenue d'un Comité central d'entreprise. Cette grève vise à contester non seulement les économies prévues en 2018, mais aussi un projet de réforme en profondeur de l'audiovisuel public, préparé par le gouvernement. 

A la question "Faites-vous confiance à Delphine Ernotte-Cunci pour préserver la qualité et les moyens de l'information à France Télévisions ?", 83,77% des journalistes votants ont répondu "non" mardi, 8,95% ont opté pour le "oui", et 7,28% ne se sont pas prononcés, selon les chiffres des SDJ. 

50 millions d'économies à faire

Ce scrutin visait à dénoncer "une attaque inédite contre l'information du service public", selon les organisateurs. La présidente de France Télévisions avait assuré prendre ce vote "au sérieux", dans un message adressé lundi aux salariés. 

Delphine Ernotte a pris les rênes du groupe public en 2015 et subit régulièrement des critiques, comme lors du remplacement de David Pujadas par Anne-Sophie Lapix aux manettes du 20H de France 2.  

Sommée par le gouvernement de réduire de 50 millions les dépenses du groupe en 2018, à 2,57 milliards d'euros, la direction veut supprimer 180 postes équivalent temps plein (ETP) l'an prochain, via des non-remplacements de départs à la retraite, dont 30 dans l'information. France TV a en revanche renoncé, face au tollé, à réduire la diffusion des magazines emblématiques de France 2, "Envoyé Spécial" et "Complément d'enquête". 

Inquiétudes du service public

Aux économies envisagées s'ajoutent des inquiétudes liées à l'avenir de l'audiovisuel public : cet automne, la révélation de "pistes de travail" radicales émanant du ministère de la Culture, évoquant un "rapprochement" entre France Télévisions et Radio France, une fusion de France 3 et France Bleu, la suppression de France Ô ou le passage de France 4 à une diffusion 100% numérique, a déclenché la colère des syndicats. Des propos très sévères du président Emmanuel Macron envers l'audiovisuel public, tenus la semaine dernière devant des parlementaires, avaient rajouté à la tension ambiante. 

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