David Rachline
David Rachline © MaxPPP

La municipalité frontiste de Fréjus (Var) veut obliger les artistes qu’elle héberge dans ses locaux, à participer bénévolement aux animations mises en place depuis la réforme des rythmes scolaires.

C’est un encadrement des loyers à la sauce Fréjus … La mesure a été annoncée la semaine dernière en conseil municipal. David Rachline, sénateur-maire Front National, prend la parole, et ses propos, rapportés par l’Agence France Presse, ont le mérite d’être clairs : "Les choses sont extrêmement simples. La ville finance en grande partie le loyer d’un certain nombre de ces dames et messieurs. (…) Il y a un minimum de retour. (…) Le débat va s’arrêter ici : soit cela se passe bien et tout le monde est d’accord pour participer, soit je mets un terme à cette histoire où l’on paye des loyers à tout le monde. Voilà donc c'est clair, comme cela je l'aurai dit publiquement ».

Extrait du conseil municipal de Fréjus le 21 juillet 2015

Dans son viseur : une quinzaine d’artistes et d’artisans d’art. Ils sont installés dans des locaux loués à la mairie à des prix modérés (2,50€ le mètre carré dans la vieille ville de Fréjus). Et pour David Rachline, la moindre des choses serait une contrepartie. Le maire frontiste veut donc faire participer bénévolement ces artistes aux activités mises en place au moment de la réforme scolaire dans les écoles maternelles et primaires. Son intention a été dévoilée le 21 juillet devant le conseil municipal. Et depuis il assume, comme en témoignent ses tweets.

Et ce jeudi soir, face à la polémique, David Rachline a publié sur un communiqué intitulé "Non, Mozart n'est pas assassiné !", où il réfute toute volonté de nuire à la culture.

Changement de convention

Cette mesure n’arrive pas par hasard sur la table du conseil municipale. La convention d’occupation des artistes concernés s’arrêtait au 30 juin. La municipalité l’a modifiée. Et elle mentionne désormais l’obligation de participer aux actions pédagogiques organisées par la ville, dans leurs locaux.

Le reportage de Laurent Grolée de France Bleu Provence.

Les artistes, eux, tombent des nues car ils n’ont visiblement pas été informés de ce changement de règles. Ils ne sont pas formés à l’accueil d’enfants, et ils ne savent pas dans quelles conditions matérielles ils doivent les accueillir : si les activités périscolaires se déroulent dans leurs locaux, qui, par exemple, va payer les fournitures nécessaires aux travaux artistiques ? Qui va payer les assurances ?

Certains d’entre eux travaillent déjà à des activités liées à l’aménagement des rythmes scolaires dans la ville voisine de Puget-sur-Argens, mais au sein des écoles (et donc sous la responsabilité des chefs d’établissements), et contre une rémunération de 25€ de l’heure.

Félix est photographe à Fréjus et porte-parole de l'association Lastrada qui regroupe les artistes et artisans du centre historique de Fréjus

"Pour moi c'est une forme de travail dissimulé. Ou bien le retour du STO"

Richard Sert, premier adjoint à la mairie de Fréjus

"On ne leur demande pas des choses extravagantes, d'autant que le nombre d'actions auxquelles ils participent est relativement limité"

Un label menacé ?

Selon l’avocat au barreau de Draguignan Emmanuel Bonnemain, qui s’est penché sur le dossier à la demande des artistes, la ville de Fréjus n’a rien à gagner dans le bras de fer engagé. Les quinze artistes et artisans sont en effet regroupés au sein du "circuit des métiers d’art", ce qui permet à Fréjus de garder son label "ville d’art et d’histoire", et de classer l’office du tourisme en catégorie quatre étoiles. La ville peut ainsi faire des aménagements spécifiques sur ses plages.

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