Alors que les enfants reprennent l'école ce lundi, il n'y a jamais eu autant de contaminations au Covid-19 en France. Plus de 200.000 nouveaux cas journaliers ce week-end. Et dans certains hôpitaux les services de réanimation sont à nouveau sous tension, avec des soignants épuisés.

Au sein de l'unité soins intensif de Colmar
Au sein de l'unité soins intensif de Colmar © AFP / SEBASTIEN BOZON

La vague était arrivée de l'Est. Plus qu'une vague, "un tsunami", racontent les soignants qui, à l'hôpital de Colmar, avaient dû faire face à l'afflux massif de malades du Covid-19 en mars 2020. Avec celui de Mulhouse, l'établissement a été l'un des premiers à être frappé de plein fouet par cette épidémie dont on ne savait presque rien. Bientôt deux ans plus tard, la maladie est mieux connue, les hôpitaux équipés, mais les personnels sont épuisés et redoutent ce mois de janvier, marqué par la propagation du variant Omicron.

Une réanimation saturée

Derrière les portes battantes du nouveau bâtiment Pasteur 2, ouvert en novembre 2017, le service de réanimation de l'hôpital de Colmar compte 30 lits en temps normal. Six de plus ont été armés avant et pendant les fêtes de fin d'année, et deux supplémentaires ouvrent ce lundi après-midi. "On est au maximum d'ouvertures de lits possibles", assure le docteur Elizabeth Gaertner, la cheffe de pôle. "Les services de réanimation sont saturés déjà depuis fin novembre. Les réas sont pleines, à la fois de patients Covid et de patients non-Covid, avec les Covid qui prennent une majorité des places".

Au plus fort de la crise sanitaire, en mars et avril 2020, Colmar avait ouvert jusqu'à 60 lits de réanimation. "Mais aujourd'hui, ce serait impossible", poursuit le docteur Gaertner. Sur les 40 postes d'infirmiers-anesthésistes, dix sont vacants. Certains professionnels ont quitté l'hôpital, harassés, pour se tourner vers le privé. D'autres ont changé de métier. D'autres, encore, sont partis à la retraite et leurs postes restés vacants, faute de réussir à trouver un remplaçant.

S'adapter, encore et encore

Ce manque de personnel pèse sur ceux qui restent. Karine, infirmière, est devenue il y a un an cadre de santé. Elle gère désormais les plannings de ses collègues de réanimation. "Il y a toujours une lueur d'espoir en se disant que l'on va y arriver, que l'on va retrouver une situation normale", explique la jeune femme aux yeux cernés. "Et en fait non, on revient avec des variants, de nouvelles vagues que l'on nous annonce. Chaque fois il faut rouvrir des lits, réorganiser, refaire les plannings. Les équipes sont vraiment fatiguées".

Pendant l'entretien, le téléphone de Karine sonne à deux reprises. Au bout du fil, des infirmières, sollicitées sur leurs jours de congés, pour savoir si elles sont finalement disponibles d'autres jours, à d'autres horaires. À chaque fois, la réponse est oui. "On tente de remotiver les équipes, ne pas perdre de vue le sens de notre métier, se souvenir que l'on a des patients à prendre en charge. Mais dépasser cette fatigue, c'est compliqué", s'inquiète Karine. 

De la fatigue et de la colère

D'autant plus compliqué pour ces soignants, qu'ici à l'hôpital de Colmar, 90% des patients pris en charge en réanimation ne sont pas vaccinés. Certains relatent de longues discussions, épuisantes, avec des malades opposés au vaccin et qui refusent d'être intubés ou des discours complotistes de plus en plus difficiles à supporter. "C'est quelque chose de rageant et qui instaure une fatigue morale au sein de notre équipe", admet le docteur Victor Gerber. "Nous, on n'en voit pas le bout, tout le monde a le moral dans les chaussettes. Et puis on doit parfois refuser d'autres patients pour accueillir ces non-vaccinés".

Alors, les soignants font un vœu pour cette nouvelle année : que tous les Français se fassent vacciner, pour enfin ne plus voir les services de réanimation engorgés et des patients de plus en plus jeunes succomber au Covid-19.