Certains Européens ne supportent plus le port de masques et les couvre-feux imposés pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. "Tu me fermes, tu me payes", exigent des Napolitains. "Non à la fermeture", scandent des Espagnols.

À Londres, le 24 octobre, des manifestants contre les mesures sanitaires, brandissent ces pancartes : "les gouvernements mentent", "non aux vaccins obligatoires", "qu'a-t-on le plus lavé en 2020 : les mains ou les cerveaux ?"
À Londres, le 24 octobre, des manifestants contre les mesures sanitaires, brandissent ces pancartes : "les gouvernements mentent", "non aux vaccins obligatoires", "qu'a-t-on le plus lavé en 2020 : les mains ou les cerveaux ?" © AFP / Gustavo Valiente / Sputnik

Un peu partout en Europe, la rébellion monte contre les mesures anti-Covid. Après l'opposition à l'obligation de port du masque, c'est la contestation des couvre-feux imposés dans plusieurs pays européens qui s'invite dans les rues de plusieurs grandes villes. Les participants à ces rassemblements, sans masques pour la plupart, s'opposent aux mesures sanitaires, certains allant jusqu'à considérer que cette épidémie est une invention. Ils réclament aussi plus de moyens pour la santé et pour faire face aux fermetures d'établissements.

En Italie, des heurts dans plusieurs villes

En Italie, le couvre-feu a été adopté dans trois régions, celles de Rome (Latium), de minuit à 5 heures du matin, de Milan (Lombardie) et Naples (Campanie), à partir de 23 heures. Dès jeudi soir, plusieurs milliers de personnes ont envahi les rues de Naples, répondant à des appels à défier le couvre-feu lancés sur les réseaux sociaux, et réclamant la démission du président de la région Campanie.

Dans la nuit, des heurts ont opposé des manifestants à des forces de l'ordre, et du mobilier urbain a été dégradé. Depuis, les manifestations nocturnes sont presque quotidiennes en Italie. "Tu me fermes, tu me payes", exigent des napolitains excédés par les conséquences économiques de ces mesures et l'annonce d'un nouveau confinement que le président de la région de Naples, Vincenzo De Luca veut imposer dès que possible. À Naples, mais aussi à Rome, où des affrontements ont également éclaté dans la nuit de samedi à dimanche.

Ces manifestations de colère n'ont pas empêché le Premier ministre italien Giuseppe Conte d'annoncer de nouvelles restrictions. Depuis lundi, les cinémas, les théâtres, les salles de gym et les piscines doivent fermer jusqu'au 24 novembre, alors que les bars et les restaurants doivent cesser de servir après 18 heures. Les écoles et les maternelles restent ouvertes, mais 75% des classes dans les lycées et les universités se tiennent en ligne. C'en est trop pour les Milanais, qui descendent à leur tour dans les rues.

Sur les images diffusées par les télévisions italiennes, on a vu des tramways vandalisés, des poubelles incendiées, des deux-roues renversés et quelques vitrines caillassées. À Turin, ce sont des manifestations de commerçants qui ont dégénéré en saccages de quelques magasins de luxe.

À Berlin, 2 000 personnes manifestent

En Allemagne, les mesures ont été renforcées : interdictions de rassemblements, port du masque imposé dans certaines rues fréquentées de Berlin... Le 25 octobre, 2 000 personnes se sont rassemblées l'après-midi dans la capitale, à l'appel du principal mouvement de contestation des mesures de précaution face à la pandémie, baptisé "Querdenker" ou "Anti-conformiste", comme le rapporte l'AFP.

Les participants ont défilé dans le centre-ville en plusieurs groupes. Un engin incendiaire a également été lancé contre l'Institut Robert Koch (RKI), chargé de piloter la lutte contre la pandémie. Les forces de l'ordre sont finalement intervenues pour stopper des manifestants et procéder à des interpellations.

Si cette récente manifestation a été relativement peu mobilisatrice, d'autres ont eu bien plus de succès cet été. Après un rassemblement de près de 20 000 personnes début août, environ 38 000 manifestants se sont à nouveau réunis à la fin du mois d'août. À cette occasion, l'homme politique démocrate, Robert Kennedy Jr., connu pour son militantisme anti-vaccin, a pris la parole, estimant que "les gouvernements aiment les pandémies comme ils aiment la guerre, car elles leur donnent la possibilité d'imposer un contrôle sur la population qu'elle n'accepterait jamais dans d'autres circonstances".

En Espagne, marches et barricades

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a annoncé dimanche l'instauration avec effet immédiat d’un nouvel état d’urgence sanitaire pour une durée de plus de six mois sur tout le pays, imposant des couvre-feux nocturnes locaux et interdisant les déplacements entre les régions. Dès le lendemain, des manifestations ont réuni quelques centaines de personnes à Barcelone, criant leur désir de "liberté". Le rassemblement s’est achevé par des échauffourées avec la police, avec construction de barricades et poubelles incendiées.

Il faut dire que, depuis deux semaines, la tension monte en Espagne. Le 16 octobre, des serveurs, des chefs, des propriétaires de petits restaurants s'étaient retrouvés devant la Mairie de Barcelone et le siège du gouvernement catalan, aux cris de "Non à la fermeture" et tapant sur des casseroles.

En Angleterre, des rassemblement festifs

Dans toute l'Angleterre, un couvre-feu est mis en place à partir de 22 heures et six personnes au maximum sont autorisées à se réunir, depuis fin septembre. Trois jours plus tard, les jeunes fêtards de Liverpool ne tardent pas à afficher leur mécontentement à leur manière, en dansant en foule compacte. Ils n'ont pas l'air de vouloir y renoncer.

Le gouvernement de Boris Johnson a récemment pris une série de mesures subdivisées en trois phases pour contrer le risque de propagation du coronavirus. Les mesures les plus strictes en matière de vie publique prévalent ainsi dans les régions les plus à risque. Les bars et les pubs doivent garder portes closes dans le nord de l'Angleterre où les réunions de famille sont également proscrites. C'est le cas à Liverpool, où les prises de parole devant plusieurs centaines de personnes s'opposent à l’introduction d'un vaccin obligatoire contre le virus, dont il n'a pourtant pas été question.

À Londres, sur Trafalgar Square, les manifestations s’enchaînent depuis deux mois, à mesures que les restrictions se durcissent, à l'appel de l'organisation Save Our Rights UK. Des participants qualifient les mesures prises de "tyrannie" et certains considèrent que cette pandémie est un canular

À Dublin, en Irlande, ou encore à Varsovie, en Pologne, des mesures supplémentaires sont aussi introduites, suscitant une vive opposition d'une partie de la population qui le fait savoir dans la rue. Quant à la France, il n'y pas eu de manifestation d'ampleur, mais quelques rassemblements sporadiques.

En France, des petites manifestations spontanées

À Marseille, environ 300 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville pour manifester contre le couvre-feu entre 21 heures et 6 heures du matin, le jour de sa mise en place, le 17 octobre. "Sortez de chez vous !", demandaient les manifestants, dans le centre-ville, avant d'être dispersés vers 22 heures.

À Paris, le même soir, environ 200 personnes ont entamé une petite "manifestation sauvage", après 21 heures, dans le quartier des Halles. "Tout le monde déteste le couvre-feu", ont-ils scandé, avant d'être dispersés par les forces de l'ordre.

Un petit rassemblement spontané a également eu lieu à Ménilmontant, le 24 octobre, en début de soirée. Les policiers sont intervenus pour le disperser. Ils ont ensuite fait le tour des terrasses alentours pour en exiger l'évacuation de clients énervés.

Un événement Facebook, assez confidentiel (190 personnes indiquent vouloir "participer", 1 400 se disent "intéressées"), prévoit une "manif contre le couvre-feu et le re-confinement", samedi prochain, aux Invalides.

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