L'exécutif étudie plusieurs pistes pour contenir l'épidémie de Covid-19 une fois levées les mesures de confinement. Parmi celles-ci, le "backtracking" : l'utilisation de nos smartphones pour mieux tracer la circulation du virus et les contacts de chacun.

À Singapour, l'application Trace Together est utilisée pour identifier a posteriori tous les contacts des personnes infectées par le coronavirus
À Singapour, l'application Trace Together est utilisée pour identifier a posteriori tous les contacts des personnes infectées par le coronavirus © AFP / Catherine Lai

Utiliser notre smartphone pour retracer nos déplacements et identifier les personnes croisées, au cas où l’une serait porteuse du coronavirus ? Ce qui s’apparentait il y a peu à un scénario de science-fiction s’est finalement imposé comme l’une des pistes à l’étude dans la mise en oeuvre du "déconfinement", afin d'éviter une nouvelle vague de contaminations au Covid-19. 

"On pourrait peut-être - et je dis peut-être, car le débat n'est évidemment pas clos -, sur le fondement d'un engagement volontaire, utiliser ces méthodes pour mieux tracer la circulation du virus et les contacts (...) de chacun", a ainsi déclaré le Premier ministre Édouard Philippe mercredi devant l’Assemblée nationale. Depuis le 24 mars, un comité de 12 chercheurs et médecins, le Care, est entre autres chargé d’étudier la possibilité de mettre en place une solution de traçage numérique ("backtracking") des citoyens. 

L'exemple de Trace Together à Singapour

Oui, mais sous quelle forme ? Un exemple revient régulièrement : celui de Singapour et de son application Trace Together. Non-obligatoire, celle-ci fonctionne grâce au signal Bluetooth qui permet de détecter la proximité immédiate d’un autre smartphone (dans un périmètre d'environ deux mètres). Comme l'explique la vidéo ci-dessous, les deux terminaux échangent alors des données anonymisées, stockées de façon cryptée sur chaque téléphone. Si un utilisateur contracte le Covid-19, cela permet aux autorités sanitaires de prévenir tous ceux qui l’ont croisé.

Ces informations sont automatiquement détruites au bout de 21 jours. "Aucune autre donnée n’est collectée", promettent les autorités singapouriennes. Au 1er avril, Trace Together avait été téléchargée un million de fois, pour une population totale dans la ville-État de 5,7 millions de personnes. 

Respect des libertés publiques

Dans une tribune publiée le 1er avril par le journal Le Monde, Stéphane Richard, PDG d'Orange, a vanté les mérites de Trace Together : une solution à ses yeux "technologiquement très performante, mais en même temps respectueuse des libertés publiques" et compatible avec le Règlement général sur la protection des données (RGPD) européen. 

Car c'est aussi là tout l'enjeu d'un sujet particulièrement sensible. Au nom du respect de la vie privée, la réglementation exige un consentement libre et éclairé par les personnes de l'utilisation de leurs données. Dans une série de recommandations transmises au gouvernement et révélées par Mediapart, la CNIL souligne que tout suivi individuel devra reposer "sur une démarche volontaire de la personne concernée"

"Si la France souhaitait prévoir des modalités de suivi non anonymes plus poussées, le cas échéant sans le consentement préalable de l’ensemble des personnes concernées, une intervention législative s’imposerait", écrit la CNIL. "Il faudrait alors s’assurer que ces mesures législatives dérogatoires soient dûment justifiées et proportionnées (par exemple en termes de durée et de portée)."

Les développeurs dans les starting-blocks

Un dispositif similaire à celui de Trace Together, utilisant lui aussi le Bluetooth, a été imaginé par un consortium piloté par des chercheurs de l'université britannique d'Oxford. Un projet, Covid Watch, a également été lancé en Californie, en partenariat avec l'université de Stanford. 

De façon plus globale, face à l'épidémie et aux défis technologiques qu'elle engendre, les développeurs sont sur les rangs. En France par exemple, l'application CoronApp a été crée et lancée en 72 heures. Ici, pas de signal Bluetooth : ce sont les données de géolocalisation qui sont utilisées. 

L'application suit les déplacements de ses utilisateurs ; si l'un d'entre eux se déclare atteint du coronavirus, l'algorithme retrace son parcours et les utilisateurs ayant croisé son chemin reçoivent une notification. Les données de géolocalisation "ne sont conservées que pendant la période d'incubation du virus soit 14 jours", précisent les développeurs. 

Bien qu'opérationnelle, CoronApp n'est pas distribuée par Google et Apple, qui exigent "l'aval d'un gouvernement" avant d'accepter ce type de fonctionnalités, explique le responsable de l'agence. 

Dans tous les cas, si la piste d'un traçage numérique se confirme pour l'après-confinement, la réussite de l'opération sera conditionnée à l'adhésion des Français à ce type de dispositif : seule une utilisation massive permettra son efficacité. Charge à l'exécutif de convaincre du bien fondé de sa démarche et de la solidité des garde-fous mis en place. 

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