Élèves agressés et menacés, assistants d'éducation intimidés... Le lycée Maurice Utrillo de Stains, en Seine-Saint-Denis, est la cible de violences inquiétantes et récurrentes. Des enseignants ont décidé d'exercer leur droit de retrait.

Le lycée Maurice Utrillo de Stains le 5 avril 2018
Le lycée Maurice Utrillo de Stains le 5 avril 2018 © Radio France / Géraldine Hallot

La situation est tellement préoccupante qu'une équipe du rectorat s'est rendue sur place ce jeudi, pour rencontrer le personnel du lycée, réuni en assemblée générale. Des professeurs à vif, qui se sont vu annoncer la création d'un conseil local de prévention de la délinquance, entre la mairie, la police et le parquet de Bobigny. Une professeure résume : "on a l'impression qu'on se moque de nous. Les institutions ont brillé par leur absence depuis le mois de novembre."

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"Ici, la scolarité, elle se fait en mode survie"

Par Géraldine Hallot

Depuis plusieurs semaines, le personnel du lycée Utrillo décrit des scènes de violence parfois surréalistes. Le mois dernier, un élève de 1ère a été agressé à coups de marteau juste devant l'établissement. Les bagarres entre bandes rivales autour de l'établissement inquiètent les profs, les élèves et leurs parents. De nouveaux incidents ont encore éclaté en début de semaine, avec l'arrivée d'hommes cagoulés qui ont menacé un autre lycéen avec une arme à feu.

Des membres du personnel alertent depuis longtemps sur la situation, y compris sur les réseaux sociaux où l'un d'eux relaye les terribles évènements qui frappent son lycée, et le sentiment d'impuissance de tous.

Ces incidents de plus en plus fréquents, explique Nadia Marzouk, conseillère principale d'éducation : "il y a des affrontements, des règlements de comptes entre bandes rivales. La grande majorité des élèves, qui n'a rien à voir maintenant, est flippée. Et nos élèves qui sont impliqués, j'ai peur pour eux."

Le 12 mars à 10h, un gars se fait casser la gueule au marteau. À 17h40, on voit des machettes circuler, et il y a trois tirs qui retentissent. Visiblement c'était une arme à plomb, mais c'est quand même délirant.

Le lycée est régulièrement le théâtre de réglements de comptes
Le lycée est régulièrement le théâtre de réglements de comptes © Radio France / Géraldine Hallot

Le rectorat de Créteil a envoyé sur place des agents de sécurité, mais ils sont rarement présents lorsque les bagarres éclatent. Au grand désespoir des professeurs, comme Benoît Del Torquio. "Il y a un vrai sentiment d'abandon de notre institution, des personnels en souffrance, qui ont peur. Est-ce que la solution ce serait qu'on se mettre tous en arrêt maladie ? On aimerait être accompagnés, sauf que ce n'est pas le cas aujourd'hui."

La plupart des enseignants n'ont pas l'intention de reprendre les cours tant que leur sécurité et celles des élèves ne sera pas assurée.

Ce vendredi, des parents ont prévu d'occuper le lycée, après une manifestation devant un autre lycée jeudi soir, le lycée Paul Eluard, toujours pour dénoncer les violences. 

Les manifestants se sont ensuite dirigés vers le centre de Saint Denis où, hasard du calendrier, Emmanuel Macron assistait à un concert, près de la Basilique. 150 personnes ont tenté d'interpeller le président de la République, dans une ambiance électrique.

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Les lycéens manifestent dans le centre de Seine-Saint-Denis et tentent d'interpeller Emmanuel Macron

Par Claire Chaudière
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