Être lié à tout jamais à son journal préféré par les liens sacrés d’un abonnement à vie, c’est ce que propose cette semaine Libération. Une offre limitée en quantité et dans le temps qui devrait permettre un joli coup de pub au quotidien.

Libération propose cette semaine un abonnement 100% numérique à vie pour 400€.
Libération propose cette semaine un abonnement 100% numérique à vie pour 400€. © AFP / MEHDI FEDOUACH

"Libé à mort ? Abonnez-vous à vie !" C’est en ces termes que le quotidien du groupe Altice a annoncé ce lundi matin le lancement de son abonnement à vie. En bref, pour 400€ vous aurez accès éternellement à l’offre 100% numérique de Libération : plus jamais besoin de vous préoccuper de votre abonnement.

Une offre intéressante si vous êtes un lecteur fidèle du journal, moins si vous ne faites que picorer ses articles. Car en choisissant cette offre, c’est comme si vous vous engagiez pour quatre ans (l’offre numérique de Libération coûte huit euros par mois, sans engagement). 

"On a eu plusieurs dizaines de souscriptions."

Si vous êtes tentés par cette offre, il ne faudra pas tarder : elle n’est disponible qu’une semaine et est limitée à 1 000 personnes. Et selon Clément Delpirou, le co-gérant de Libération, la formule aurait un certain succès "Dans la demi-heure qui a suivi la mise en ligne de cette formule, on a eu plusieurs dizaines de souscriptions."

Pour le groupe Altice, propriétaire du journal, l’intérêt est double. Tout d’abord, le média devrait gagner jusqu’à 400 000 euros en quelques jours. Une somme non négligeable pour un journal qui vend de moins en moins son édition papier (30 000 lecteurs de moins en quatre ans selon l’ACPM). Mais cela devrait surtout permettre un joli coup de projecteur. 

"C’est un beau message que l’on envoie."

À l’heure actuelle, l’offre numérique compte environ 20 000 abonnés. D’ici 2021, le journal espère bien attirer 50 000 personnes de plus. Un défi lorsque l’on sait que chaque mois environ mille nouvelles personnes s’abonnent. Pour Clément Delpirou : "On espère que cette offre exceptionnelle va attirer de nouveaux abonnés, qui se dirigeront peut-être vers nos offres classiques. En plus, à l’heure où Libé reprend de belles couleurs, avoir un projet sur une temporalité aussi longue, c’est un beau message que l’on envoie."

Mais si la formule à vie de Libé peut surprendre et fait figure d’exception dans le paysage médiatique, elle n’est pas complètement inédite. Le journal Fakir, dont François Ruffin est le rédacteur en chef, propose une offre similaire pour 200€. Plus original, pour 1 000€ vous pouvez même vous offrir un abonnement héritable, à transmettre après votre décès, donc.

Compter sur la générosité de ses lecteurs

Si l'on parle depuis plusieurs années de la crise de la presse, les médias réfléchissent depuis longtemps à leur modèle économique et à la manière d’attirer de nouveaux lecteurs. Pendant quelques temps, la gratuité avec publicité a été privilégiée. Aujourd'hui beaucoup de titres en reviennent. C’est le cas par exemple du quotidien britannique The Guardian dont le site internet est visité chaque mois par quelques 150 millions de personnes. Mais malgré ces bons score, le média perdait environ 60 millions de livres par an. C’était sans compter la mise en place d’un nouveau modèle. Les contenus gratuits sont restés, la publicité a quant à elle disparu presque totalement. En contrepartie les lecteurs sont invités à faire un don. Rien n'est imposé : ni montant, ni fréquence. Et pourtant avec cette stratégie The Guardian aurait atteint l’équilibre financier.

Un modèle que le quotidien britannique n’est pas le seul à avoir choisi. En France, le média en ligne écologiste Reporterre tente en ce moment de récolter 120 000 euros. Pareil pour la télévision en ligne Le Média qui fait appel à ses spectateurs pour obtenir 50 000 euros chaque mois.

Les petites attentions font toujours plaisir

Dernière stratégie : les cadeaux d'abonnement. De la montre à la tablette numérique en passant par les collections de livres, DVD et CD. Des objets qui n’ont pas toujours grand-chose à voir avec le média qui les offre. Aujourd’hui cette méthode pour attirer de nouveaux lecteurs est en recul. Elle aurait atteint son apogée dans les années 1990 et 2000 selon le sociologue des médias Jean-Marie Charon. Mais cette technique a atteint ses limites : "Le Nouvel Obs était très branché cadeaux. On a alors assisté à une certaine surenchère, avec des objets de plus en plus importants. Parfois les cadeaux coûtaient presque aussi cher que l’abonnement. Les médias comptaient alors sur les réabonnements. C’était une vraie fuite en avant"

Désormais, vous pouvez toujours vous faire offrir des livres et des coffrets DVD avec un abonnement à Télérama ou encore une carte de 30€ de carburants en vous abonnant à un journal local de Bretagne. Mais la mode est aujourd'hui à des abonnements numériques à prix serrés.

D'ailleurs, les tarifs et les promotions ne font pas tout. Si certains médias proposent des accès à un euro pour trois mois (c'est parfois le cas du Monde) ou des accès gratuits pendant un jour ou deux (ce que fait Médiapart), le plus important reste le contenu. C'est ce que détaille Jean-Marie Charon : "Les médias doivent innover pour rester compétitifs. Cela peut passer par des contenus optimisés pour le web, de la vidéo, du podcast, des newsletters, du grand reportage remis au goût du jour..." Et c'est précisément ce que fait Libération depuis quelques mois en lançant de nouveaux formats comme ses chroniques culinaires Tu mitonnes ou sa newsletter politique Chez Pol.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.