Il pourrait y avoir eu "10 000 victimes en 70 ans", estime le président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, Jean-Marc Sauvé, qui effectuait un point d'étape sur ses travaux, mardi 2 mars.

Le président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise, Jean-Marc Sauvé
Le président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise, Jean-Marc Sauvé © AFP / Lionel Bonaventure

Après plus de deux ans de travail, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église catholique  effectuait un point d'étape, mardi 2 mars. "Nous avons reçu 6 500 appels pendant 17 mois", déclare son président, Jean-Marc Sauvé, invité du 13/14 de France Inter. Selon lui, cela correspond à "3 000 victimes différentes" mais l'ancien vice-président du Conseil d'État se demande "quel est le pourcentage de victimes réelles qui se sont adressées à nous ?" Il estime qu'il pourrait y en avoir "au moins 10 000 sur 70 ans".

"Ayant moi-même reçu une éducation catholique, je savais qu'il s'était passé des choses anormales, mais je ne m'attendais pas à ce que la réalité fut aussi noire et préoccupante."

Le recueil de témoignage effectué par la commission indépendante nous en apprend en tout cas un peu plus sur le profil des victimes. Selon "des indications provisoires qui seront éclairées", 62% d'entre elles sont des garçons, 38% des filles. La moitié d'entre eux disent avoir été victimes d'abus dans les années 50 et 60. Seulement 5% l'ont été avant, 18% dans les années 70, 12% dans les années 80, et "le pourcentage est ensuite très décroissant", détaille Jean-Marc Sauvé.

Plus d'abus aux domiciles des familles que chez les prêtres

Le président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église catholique explique que "les abus ont été commis par des prêtres qui étaient familiers des enfants". La plupart ont été commis dans des établissements d'enseignement catholique, "notamment dans les pensionnats, les aumôneries, et les mouvements de jeunesse". Plus impressionnant, "il y a eu plus d'abus aux domiciles des familles qu'aux domiciles des prêtres". Dans plus de 5% des cas effectivement, "des prêtres étaient suffisamment proches des familles pour y être invités, accompagner les enfants faire leurs devoirs à l'étage et commettre des abus".

Dans certains cas, Jean-Marc Sauvé estime qu'on se rapproche ici d'"entreprises criminelles" :

"Il y a un certain nombre d'institutions dans lesquelles se sont produits de véritables abus systémiques."

De plus, "le contexte institutionnel" a, selon lui, souvent été "défaillant" favorisant ainsi les "fautes individuelles". Le président de la commission pointe des erreurs récurrentes au niveau "de la prévention, du recrutement, de la formation des futurs prêtres, et du traitement des affaires". "On voit bien que l'Église rencontre les plus grandes difficultés à appliquer sa nouvelle règle [tolérance zéro et signalement systématique au parquet, NDLR] aux cas anciens", explique-t-il en faisant référence à l'affaire Preynat à Lyon.

30 000 personnes interrogées sur les violences sexuelles

En plus du recueil de témoignages terminé depuis le 31 octobre, la commission indépendante a mené "une enquête en population générale sur près de 30 000 personnes", avec l'Inserm et l'IFOP. "Nous avons interrogé un échantillon représentatif de personnes majeures pour savoir si elles avaient été victimes ou non de violences sexuelles et dans quel cadre : les familles, l'école, les clubs de sport, ou l'Église", explique Jean-Marc Sauvé. 

L'enquête en population générale permettra ainsi de préciser, de valider ou d'infirmer les données du recueil de témoignages. Le rapport définitif de la commission doit lui être remis au début de l'automne. "Fin septembre ou début octobre", précise son président.