Ce dimanche, l'association Act Up fête ses 30 ans. Créée en 1989, l’association a dû adapter son mode d’action à l’évolution de la société, mais reste ancrée dans les mémoires pour ses actions coup de poing tout au long des années 90 et 2000.

Des militants d'Act Up Paris dans une manifestation, en 2018
Des militants d'Act Up Paris dans une manifestation, en 2018 © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas

Alors que la marche des fiertés a lieu ce dimanche, le 9 juin est aussi la date anniversaire de l’association Act Up Paris. Figure de la lutte contre le sida et de la défense de la communauté LGBT, cette association, inspirée d’une organisation américaine (ActUp, fondée à New-York deux ans plus tôt), a été fondée le 9 juin 1989 notamment par les journalistes Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavin.  

Dès sa fondation en 1989, l’association s’est faite connaître pour ses actions “coup de poing” : même pas six mois après sa fondation, ses membres déployaient une banderole sur les tours de Notre-Dame de Paris dénonçant la position de l’Eglise catholique face à la propagation du virus du sida. En 2005, la cathédrale parisienne avait été à nouveau visée : des activistes de l’association s’y étaient introduits pour célébrer un faux mariage gay. A la suite de cette action, Act Up avait été accusée de violences sur le recteur de Notre-Dame, et plusieurs députés avaient demandé que les associations “troublant l’ordre public” ne soient plus subventionnées. 

Des actions comme des happenings

Artistes, graphistes et communicants étaient nombreux dans les rangs d’Act Up ou parmi les proches de l'association (l’historienne Elisabeth Lebovici a raconté l’an dernier dans "Ce que le sida m’a fait" la place de l’art contemporain dans l’activisme contre le sida). Ainsi, quelques grands modes d’action sont caractéristiques de l’action d’Act Up, qui mettait l’aspect visuel choc de ses interventions en avant : 

  • Les “zap”, des actions ciblées en particulier contre des organisations comme des institutions publiques ou des laboratoires pharmaceutiques, avec des placardages d’affiches et l’utilisation de faux sang.  
  • Les “die-in”, des actions menées essentiellement en pleine rue, où les militants s’allongent au sol pour symboliser les morts du sida. Ils ont souvent avec eux, pendant ces actions, les affiches et t-shirts arborant le triangle rose, devenu symbole de la lutte contre l’homophobie, et les slogans “SILENCE=MORT”, “COLÈRE=ACTION” ou encore “ACTION=VIE”.  

Parfois controversée pour ses actions, comme en 1999 quand elle a menacé de révéler l’homosexualité d’un député opposé au vote du Pacs, l’association a aussi marqué les esprits avec des actions grand format, la plus connue étant l’installation d’un préservatif géant sur la place de la Concorde.  

Moins de bénévoles et de nouveaux modes d’action 

Mise à l’honneur en 2017 dans le film de Robin Campillo 120 Battements par minute, Act Up Paris, qui compte aujourd’hui 171 bénévoles, se fait un peu plus discrète : elle a dû changer ses méthodes d’action, en suivant les évolutions de la société : “Les rapports de force ont changé”, explique Marc-Antoine Bartoli, président de l’association depuis mars 2018.  

Il n’y a plus de coups d’éclat, d’action très impactantes comme dans les années 80, puisque la société a changé : elle ne serait plus attentive à ce genre d’actions qui marchaient très bien à l’époque. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux, c’est très facile de faire du buzz et d’être vu : une association comme Act Up, qui a créé beaucoup d’outils, d’actions aujourd’hui repris par pas mal d’associations, est poussée à créer d’autres modes d’action, des moments militants. Le but de l’association, lui, ne changera jamais : ce sera toujours la lutte contre le sida et la défense des personnes discriminées et oppressées”, explique le jeune co-président de l’association, marquée l’an dernier par une démission de son équipe dirigeante. Les membres du Conseil d'administration reprochaient en effet aux jeunes membres, arrivés grâce au succès de 120 Battements par Minute, de vouloir rendre le combat de l'association plus politique, dans le cadre d'une "convergence des luttes". Une partie des membres démissionnaires a créé une association parallèle, nommée "Les ActupienNEs". 

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