Des violences d'une ampleur inédite depuis le mois de décembre ont éclaté à Paris, lors du 18e samedi consécutif de mobilisation des "gilets jaunes". Emmanuel Macron a décidé d'écourter son séjour à la Mongie et rentre à l'Elysée.

Acte 18 des "Gilets jaunes" à Paris
Acte 18 des "Gilets jaunes" à Paris © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Des milliers de "gilets jaunes" qui convergent place de l'Etoile, avant que la manifestation ne dégénère en scènes d'émeutes urbaines : samedi, l'acte 18, présenté comme un "ultimatum" lancé au président Macron, a rappelé les épisodes les plus violents de la mobilisation, début décembre.

Vers midi, sur les Champs-Elysées, des petits groupes scandent des slogans anticapitalistes et antipoliciers et se sont attaqués aux magasins et aux restaurants.  Des boutiques ont été pillées et des kiosques incendiés. Au milieu, des barricades en feu. "On va tout brûler!", hurle un manifestant.      

En début d'après-midi, le ministère de l'Intérieur a recensé 32 300 participants, soit deux fois plus que le 9 mars à la même heure, dont 10.000 à Paris. 

"Plus de 1.500 ultra-violents qui sont venus pour casser, pour en découdre, pour attaquer", dénonce le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Il a dénoncé  l'action de "professionnels de la casse et du désordre" et a demandé au préfet de police d'y répondre "avec la plus grande fermeté" à Paris où des affrontements violents se déroulent place de l'Etoile, à l'occasion de l'acte 18 des "gilets jaunes".  

"Aucun doute permis: ils appellent à la violence et sont là pour semer le chaos à Paris. Des professionnels de la casse et du désordre équipés et masqués ont infiltré les cortèges, a écrit le ministre sur son compte Twitter.

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Christophe Castaner, acte 18 des "gilets jaunes"

Par BFM

Vers 13h, une banque incendiée, onze blessés  

"On habite au 3e étage, on a d'abord senti la fumée des lacrymogènes et puis ensuite on a vu le feu par la fenêtre", raconte, choquée, une mère de quatre enfants, dont un bébé de neuf mois qu'elle allaite.  Au rez-de-chaussée de son immeuble, un banque a pris feu. L'immeuble a dû être évacué par les pompiers.  Deux personnes ont été sauvées des flammes. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage. Bilan : onze blessés légers.

Vitrine de magasin détruite sur les Champs-Elysées. Acte 18 des "gilets jaunes"
Vitrine de magasin détruite sur les Champs-Elysées. Acte 18 des "gilets jaunes" © AFP / Zakaria ABDELKAFI

Parmi les magasins vandalisés, le Fouquet's et les boutiques de luxe des Champs Elysées. Les kiosque incendiés, les abri-bus détruits et les vitrines en miettes dessinent un paysage de désolation.    Morgane Jotterand, auxiliaire de vie à domicile, venue de Beauvais, prévient: "Aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle l'acte final, qui est un début". C'est très bien, il y a de l'action. Il en faudra encore plus si Macron bouge pas", dit-elle.  

L'appel de la Gendarmerie vers les "gilets jaunes" : "quitter les lieux des affrontements"

La porte-parole de la gendarmerie nationale, Maddy Scheurer, avait lancé le matin sur franceinfo un appel aux "gilets jaunes" pacifiques pour leur demander de quitter les lieux où se produisent actuellement des affrontements entre casseurs et forces de l'ordre, sur les Champs-Elysées à Paris.                    

"Dans un premier temps, quand on entend des sommations qui vous disent 'dispersez-vous', il est inutile de rester. Si on est un "gilet jaune", c'est important de quitter les lieux pour ne pas s'exposer physiquement à un usage de la force par les forces de l'ordre qui seraient prises à partie", a expliqué Maddy Scheurer.                      La porte-parole a également conseillé aux manifestants pacifiques de ne pas rester pour filmer à proximité des scènes de violences, qui selon la gendarmerie sont le fait de casseurs qui ne sont pas des "gilets jaunes" mais des "ultra".                      "Les vidéos sensationnelles que font les gens qui restent à proximité des endroits où les choses dégénèrent, ce sont des vidéos qu'il ne faudrait pas faire. Il faut inciter les gens à quitter les lieux. Faire le buzz avec une vidéo sur Internet n'apporte rien et risque au contraire de vous mettre en difficulté", a dit Maddy Scheurer.

150 interpellations, 106 gardes à vue

Selon Edouard Philippe, plus de 150 personnes avaient été interpellées dans la journée et 106 placées en garde à vue.

Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau pour maintenir les manifestants à distance au pied de l'arc de Triomphe, devenu un symbole de la contestation après l'éruption de violences du 1er décembre.  Des "gilets jaunes" ont pour leur part dressé des barricades, comme ils avaient pris l'habitude de le faire au plus fort de la crise, en décembre. 

Ces dernières semaines, la tendance était à la décrue. Le 9 mars, 28.600 personnes sont descendues dans la rue dans toute la France dont 3.000 à Paris, selon les autorités, soit le total le plus faible depuis le 17 novembre.  Ce 18e samedi consécutif de mobilisation coïncide par ailleurs avec la fin des deux mois de "grand débat national", un exercice inédit imaginé par l'exécutif comme une réponse au malaise exprimé lors de cette crise.

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