À l’heure où le président américain Donald Trump reçoit la pilote Tammie Jo Shults, qui a sauvé l’équipage et les passagers du vol Southwest 1380, après la perte d’un moteur et la dépressurisation de la cabine, retour sur le profil type du héros.

L'enquête des autorités fédérales américaines a révélé des dysfonctionnements dans le moteur CFM détruit du vol Southwest 1380 du 17 avril  2018. Et imposé des révisions en masse de ce modèle.
L'enquête des autorités fédérales américaines a révélé des dysfonctionnements dans le moteur CFM détruit du vol Southwest 1380 du 17 avril 2018. Et imposé des révisions en masse de ce modèle. © AFP / Handout NTSB

Sang froid, maîtrise des procédures, condition physique, imagination même… Pour un pilote de ligne, les qualités requises sont diverses. Et lorsqu’elles sont mises à l’épreuve, elles définissent les héros, à l’instar de Tammie Jo Shults qui est parvenue, le 17 avril dernier, à poser à Philadelphie un Boeing 737-700 après l’explosion d’un de ses moteurs.

Le calme, et au-delà

Une partie de l’appareil est manquante. On va donc devoir ralentir un peu. (…) On me dit qu’il y a un trou et que quelqu’un est sorti.

Telle est en substance la teneur de l’échange entre le contrôle aérien et Tammie Jo Shults. La pilote du vol 1380 de la Southwest, aux États-Unis, vient de découvrir la perte du moteur gauche de son biréacteur, dont l’explosion a perforé un hublot de la cabine, aspirant une passagère à l’extérieur de l’appareil.

Si un moteur suffit à ramener un B737 au sol, l’absence de pressurisation – le hublot cassé a "dégonflé" l’appareil – complique encore son pilotage et met en péril ses passagers à haute altitude.

Le sang froid de Tammie Jo Shults, ancienne pilote de combat dans l’US Navy, lui a permis de se focaliser sur son vol et d’appliquer les procédures pour poser l’appareil.

L’humour, parfois

D’autres pilotes se sont par le passé efforcés de détendre l’atmosphère dans la cabine. Comme sur le vol Londres-Auckland de la British Airways du 24 juin 1982. Eric Moody, aux commandes du long courrier privé de ses quatre moteurs lors de la traversée d’une nuage de cendres volcaniques, annonçait ainsi à ses 248 passagers :

Mesdames et Messieurs, c’est votre commandant de bord. Nous avons un petit problème. Nos quatre moteurs sont coupés. Nous nous démenons pour les faire repartir. Nous sommes convaincus que vous ne serez pas trop désemparés.

Les réacteurs du B747 sont repartis après une chute de 4 500 mètres – bien au-dessus du sol toutefois.

La peau dure

Un pare-brise mal fixé et, le 10 juin 1990, en plein vol du British Airways 5390 entre Birmingham et Malaga, c’est l’accident : la vitre du cockpit et aspirée et, avec elle, le commandant de bord Tim Lancaster. À 5 000 mètres d’altitude, la moitié supérieure du corps du pilote est exposée à des vents de près de 500 km/h et une température proche de -17° C.

Accrochés à ses jambes, des membres d’équipage le maintiennent pendant que son copilote, Alastair Atchison, descend brutalement à une altitude plus vivable et, sans pouvoir entendre le contrôle aérien, ramène l’appareil sur le tarmac à Southampton.

Les 81 passagers sont sains et saufs. Tim Lancaster s’en sortira avec des brûlures liées au froid et un bras cassé. Outre l’état de choc.

La maîtrise des procédures (ou leur transgression)

Le 15 janvier 2009, Chesley Sullenberger, aux commandes du vol US Airways 1549, vient de décoller de New York lorsque son Airbus 320 percute un vol d’oiseaux. Les deux réacteurs perdent leur puissance, et après à peine 5 minutes de vol, l’avion doit atterrir en urgence. Seul hic, l’A320 survole la ville, et ne pourra pas rejoindre une piste dans les temps.

C’est donc sur la rivière Hudson que le pilote s’aligne pour… amerrir. Alors même que, de l’aveu du pilote : 

Le seul entraînement à l’amerrissage que nous ayons eu consistait en la lecture de quelques paragraphes dans un manuel et un bref échange dans la salle de formation.

Des procédures que l’ancien capitaine de l’US Air Force ne suivra que partiellement, son expérience, associée à celle de son copilote Jeffrey Skiles, se révélant tout à fait pertinente : les 155 passagers et les membres d’équipage survivront tous à ce posé digne d’un pilote de planeur. Le hobby de Sullenberger dit "Sully", qui sera le héros d’un film signé Clint Eastwood.

PS. Chesley Sullenberger a déploré dans le Daily Telegraph que "peu de choses [aient] changé depuis notre vol. La FAA [qui régule l’aviation civile, l’équivalent de la DGAC en France, ndlr] n’a adopté que six des 35 recommandations faites par le NTSB [l’équivalent du Bureau enquêtes accidents, qui décrypte les catastrophes aériennes] dans son rapport final sur le vol 1549".

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