Affaire Denis Baupin : cinq nouvelles femmes témoignent
Affaire Denis Baupin : cinq nouvelles femmes témoignent © MaxPPP / Benjamin Girette

Le 9 mai dernier, France Inter et Mediapart révélaient des faits présumés d’agression et de harcèlement sexuel sur des femmes par Denis Baupin. France Inter et Mediapart ont recueilli cinq nouveaux témoignages, dont deux qui ont choisi de parler au micro.

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La parole s'est-elle libérée après les révélations sur l'affaire dite Baupin ? Les huit premiers témoignages ont convaincu cinq femmes qu'elles aussi pouvaient parler. Des témoignages recueillis à nouveau par France Inter et Médiapart. Ces faits qui peuvent relever de harcèlement et d'agression sexuelle, ont eté commis entre 1998 et 2014 et ne concernent pas que des militantes écologistes .

"Il m'a dit arrête de crier, ta secrétaire va nous entendre"

Geneviève Zdrojewski est aujourd'hui à la retraite mais toute sa vie elle a travaillé dans l'administration. En 1995, elle est nommée chef du bureau du cabinet de Corine Lepage, ministre d'Alain Juppé jusqu'en 1997. A l'arrivée de la gauche, elle conserve son poste. Chef du bureau du cabinet, c'est elle qui fait le lien entre l'administration et le cabinet de la nouvelle ministre, Dominique Voynet . Quand l'élue verte arrive au ministère, elle nomme comme conseiller, un de ses proches collaborateurs Denis Baupin.

A deux reprises monsieur Denis Baupin m’a sexuellement agressée. Une fois j’étais dans mon bureau, je me trouvais avec la porte ouverte avec mon secrétariat. Monsieur Baupin est rentré dans mon bureau de façon tout à fait inattendue et s’est jeté sur moi. Donc je me suis mise à crier, il m’a dit ‘arrête de crier ta secrétaire va nous entendre’. Donc il est sorti et une deuxième fois il a essayé de m’agresser sexuellement dans les lavabos et là il m’a plaqué contre le mur, prise sur les seins et a essayé de m’embrasser. Il y a 20 ans de cela je n’ai pas eu l’idée d’en parler à quiconque si ce n’est beaucoup à mes amis. C’est très humiliant.

Contactée, Dominique Voynet n'a pas souhaité s'exprimer à ce sujet .

"C'est une pieuvre qui m'a sauté dessus"

A la même période, l'instance de direction des Verts, appelée le collège exécutif se réunit de manière hebdomadaire au ministère de l'Environnement. Ils ont parfois pris l'habitude de déjeuner ou dîner tous ensemble. Lors d'un de ses repas, une jeune dirigeante du parti, arrivée il y a peu à Paris, raconte une scène qui l'a profondément marqué .

Denis Baupin s'est assis en face de moi. Il me faisait du pied. Il a même enlevé sa chaussure pour atteindre mon entrejambe". A la fin de ce repas, le conseiller de la ministre demande à la jeune femme de le suivre dans son bureau, 'T’as reçu un fax dans mon bureau '. On était quelques mois avant les européennes de 1999. Moi, j’étais une jeune militante. Je n’étais à Paris que depuis quelques mois et je n’y connaissais personne.

Elle raconte qu'à peine entrée dans son bureau...

C’est une pieuvre qui m’a sauté dessus. Il a essayé de m’embrasser par tous les moyens. Je me suis débattue… Et bien sûr, il n’y avait pas de fax…

Des témoins à la sortie du bureau

Quand elle s’enfuit du bureau, X est, dit-elle, "affolée et échevelée ". Dans le hall, elle croise quelques dirigeants du parti. L'un d'entre eux, Jean-Claude Biau , alors membre du bureau exécutif , qui aujourd'hui a quitté la sphère écologiste se souvient de cette scène.

Nous avons vu arriver une des membres du collège exécutif, une de nos collègues, en nous demandant de la protéger des avances de Denis Baupin, elle était très émotionnée et en pleurs. Denis Baupin lorsqu’il nous a vu est vite retourné dans son bureau. Ce qu’on peut penser c’est qu’après en avoir un peu discuté c’est que c’était une attitude assez constante de la part de Denis Baupin, pas seulement vis-à-vis d’elle mais y compris au sein du collège exécutif.

Changement de poste, de nouveaux témoignages

Quelques années plus tard, Denis Baupin, est élu maire-adjoint à Paris, en charge des transports . Après la défaite de Lionel Jospin en 2002, il participe au reclassement des collaborateurs d’Yves Cochet, qui avait remplacé Dominique Voynet au ministère de l’environnement. L'ancienne attachée de presse Laurence Mermet retrouve du travail à la mairie de Paris et se voit confier le poste de chef de la mission Communication , de la Direction de la Voirie et des Déplacements , placée sous la responsabilité de Denis Baupin. Elle signe un CDD pour 3 ans mais ne restera en poste que jusqu’en juillet 2004 .

Ce que j’ai vécu commence à remonter puisque ça fait maintenant 14 ans. C’est de l’histoire ancienne, cela dit depuis que cette histoire a surgit, des souvenirs sont montés très rapidement en moi et notamment le souvenir d’un geste totalement déplacé de la part de Denis Baupin. Sur ma personne en l’occurrence il s’agissait d’une caresse sur la nuque qui est un geste qui relève tout à fait de l’ordre de l’intime. J’ai eu l’impression que nous avions passé la nuit ensemble à la seule différence près que nous avions un rapport de subordination.

"Il m’a fait la bise en appliquant sa main gauche sous mon sein droit"

Une dizaine d'années plus tard, comme de nombreux militants EELV, une jeune femme qui elle aussi a souhaité garder l'anonymat, participe à la campagne des législatives de 2012 à Paris. À l’occasion d’une conférence de presse organisée le 3 avril, au théâtre de l’Opprimé, elle croise Denis Baupin, candidat dans le 13e arrondissement de Paris. "Denis est arrivé. Il m’a fait la bise en appliquant sa main gauche sous mon sein droit ", raconte-t-elle aujourd’hui, Un "geste déplacé ", poursuit-elle qui peut relever d’une agression sexuelle. Aussitôt elle lui lance : "Ça va pas Denis ? " et se souvient de sa réponse "c’est pour faire réagir ton compagnon ”. Son compagnon, lui aussi membre d'Europe Ecologie les Verts.

Des SMS insistants

Il y a moins de deux ans, en décembre 2014, une jeune journaliste radio raconte elle avoir reçu des SMS insistants de la part de Denis Baupin. À l’époque dans cette radio où elle travaille toujours, elle est notamment chargée d’inviter et d’accueillir les invités. Denis Baupin fait un jour parti de ces invités . Après l’émission, "il m’envoie un premier SMS pour me remercier pour mon accueil ". Rien d'anormal. "Mais après , raconte la jeune femme qui elle aussi a requis l'anonymat,cela a continué… "

Ce n’étaient pas des messages sexuels mais du type : “Vous travaillez jusqu’à quelle heure ?” “Ah mais vous travaillez tard…

Lesdates sont gravées dans sa mémoire : 30 et 31 décembre 2014 .

Jusqu’à 21h ou 22h, le 31 décembre, cela n’arrêtait pas. J’ai fini par dire que j’étais en famille, que cela n’avait pas lieu d’être et que je travaillais dans les médias… Il s’est arrêté.

Un entretien avec Denis Baupin, en "off" sinon rien

Après avoir recueilli ces témoignages, nous avons comme pour ceux diffusés le 9 mai dernier, demandé avec Médiapart une entrevue avec Denis Baupin. Jusque-là, il avait toujours refusé de nous répondre. Mercredi 25 mai, je reçois un coup de téléphone de son avocat, Maitre Emmanuel Pierrat, qui m'explique que son client est disposé cette fois à répondre à nos questions, avec Lénaig Bredoux, coauteur de l'enquête et journaliste à Mediapart . Au téléphone, le conseil du député écolo fixe notamment comme condition de pouvoir enregistrer l'entretien.

Le rendez-vous est pris samedi 28 mai, à 13 heuresdans les bureaux de Me Pierrat. Nous nous rendons au cabinet comme convenu. Emmanuel Pierrat nous reçoit et exige de nous voir en tête à tête, pour au préalable, fixer de nouvelles conditions :l'entretien sera enregistré, mais ne sera pas diffusable sur les ondes de France Inter . L'avocat de Denis Baupin souhaite pouvoir intervenir lors de notre entretien avec son client si celui "sort du cadre ". Il demande enfin que certains des propos du député de Paris soient "off ". Le off, c’est le terme journalistique qui désigne des discussions informelles que l’on peut avoir avec des personnes interrogées, dans le cadre d'un reportage journalistique, discussions dont on n’est pas censé reproduire la teneu r.

Interloqués, nous demandons pourquoi certains propos ne pourront être mis dans la bouche de Denis Baupin. Emmanuel Pierrat explique que son client pourrait être amené à donner des éléments sur les témoins, nouveaux et anciens, qui pourraient lui valoir selon lui, une plainte pour "atteinte à la vie privée". Nous ne pouvons accepter de telles conditions. Face à ce refus, Emmanuel Pierrat décide d'annuler l'entretien . Nous n'avons pas vu Denis Baupin. Par ailleurs, nous ne savons pas si ce dernier était réellement présent samedi au cabinet de son avocat .

►►► Cette enquête a été menée conjointement avec Lénaig Bredoux de Médiapart. Retrouvez l'article sur leur site.

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