À la veille de la publication du livre dans lequel l'ex-patineuse Sarah Abitbol révèle les viols dont elle a été victime de la part de son entraîneur lorsqu'elle était adolescente, le journal L'Équipe publie ce mercredi plusieurs témoignages d'autres anciennes sportives de haut niveau.

Plusieurs anciennes patineuses ont témoigné dans le journal L'Équipe
Plusieurs anciennes patineuses ont témoigné dans le journal L'Équipe © AFP / Jacques Demarthon

Après le cinéma et l'édition, le milieu du sport est lui aussi secoué par les révélations parues ce mercredi matin dans le journal L'Équipe. Le quotidien sportif révèle les témoignages de plusieurs anciennes patineuses françaises de haut niveau, dont la championne Sarah Abitbol, qui publie jeudi un ouvrage intitulé "Un si long silence" (ed. Plon), qui accusent leurs entraîneurs d'agressions sexuelles voire de viols lorsqu'elles étaient adolescentes. Sarah Abitbol sera jeudi matin l'invitée de Léa Salamé dans le Grand entretien à 8h20.

Les entraîneurs mis en cause ont nié ou n'ont pas répondu aux sollicitations de L'Équipe ainsi que de l'Obs, qui publie jeudi également une enquête sur le sujet. Invité du journal de 13h de France Inter, le directeur de la rédaction de L'Équipe Jérôme Cazadieu revient sur cette enquête et appelle non seulement le ministère des Sports mais aussi les fédérations sportives à prendre leurs responsabilités et à agir.

FRANCE INTER : Le témoignage de Sarah Abitbol croise ceux des trois patineuses que vous avez recueillis...

JÉRÔME CAZADIEU : "Tout à fait. Nous avons des patineuses qui ont dénoncé également des faits d'agression sexuelle et d'atteinte sexuelle concernant l'entraîneur dont il est question. On s'est intéressé à plusieurs entraîneurs qui ont d'abord été des patineurs de très haut niveau, qui sont devenus après des entraîneurs dans le giron fédéral ou pas, mais qui sont des personnes importantes au sein de la fédération. Il y a eu des signalements pour certains d'entre eux : d'anciens patineurs ont été entendus, une mesure administrative a été prise à l'époque. Et malgré tout, l'un d'entre eux était jusqu'en 2018 dans le giron fédéral." 

Il y a tous les ingrédients que l'on commence à connaître : l'omerta, l'emprise, le fait que ces jeunes femmes mettent des années à parler, que leur entourage préconise d'oublier... pour l'une des trois patineuses, sa mère lui dit "tu oublies" et l'envoie s'entraîner le plus loin possible...

"Il y a malheureusement un phénomène d'emprise. Quand celui-ci va le plus loin possible, l'entraîneur réussit à convaincre les parents de sa proie, de sa victime, qu'il est la meilleure personne pour garantir la réussite de leur enfant. Il réussit à l'isoler, parfois même à la sortir de son milieu familial, en l'emmenant dans un centre d'entraînement, un centre de formation. Vous avez alors quelqu'un qui est totalement isolé, et qui est sous emprise psychologique, physique et sexuelle." 

Le ministère des Sports est mis en cause dans vos colonnes, notamment par l'ex-tenniswoman Isabelle Demongeot qui dit "Ils ont tous été lamentables, à l'exception de Roselyne Bachelot" : vous avez eu une réaction depuis ?

"Je suis plus mesuré, je dirais qu'il n'y a pas de continuité sur le dossier - c'est ce que j'ai mis dans mon édito, aujourd'hui. L'actuelle ministre, Roxana Maracineanu agit aujourd'hui pour faire bouger les lignes. Par exemple, lorsqu'on est encadreur ou encadrant hors du système de haut niveau, on n'est pas obligé de présenter un extrait de casier judiciaire pour encadrer des enfants : le ministère a mis en place un système pilote dans le Val-de-Loire avec la fédération de football. Il y a des choses qui se lancent, mais le ministère ne peut pas être seul : il faut que les fédérations prennent la suite, ce sont elles qui sont le plus au courant dans ce domaine-là." 

Il y aura d'autres témoignages dans les jours à venir ? Vous dites que cela va libérer la parole dans d'autres sports...

"Nous avons mis en ligne une adresse mail pour permettre à des victimes de pouvoir s'exprimer. On bosse sur un certain nombre d'autres dossiers et d'autres sports. Après, la difficulté, c'est qu'il faut que les victimes acceptent de parler : quand des faits ont été commis sur des mineures, on ne peut pas en parler sans leur consentement. On est obligé de convaincre les victimes de vouloir s'exprimer."

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