La direction de la prestigieuse école d'ingénieurs a saisi la justice après la révélation d'une centaine de faits de harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols en son sein. Les témoignages sont issus d'une enquête interne. Que dit-elle exactement ? Quelles sont les suites possibles ? Réponse en six points.

Bâtiment de de CentraleSupélec sur le campus de Paris-Saclay, à Gif-sur-Yvette (Essonne)
Bâtiment de de CentraleSupélec sur le campus de Paris-Saclay, à Gif-sur-Yvette (Essonne) © Maxppp / Philippe Lavieille - PQR - Le Parisien

Après Saint-Cyr, les écoles de commerces et les IEP, le mouvement #metoo se propage dans les écoles d'ingénieurs. À CentraleSupélec, deuxième établissement le plus prisé par les étudiants après Polytechnique, plus de cent élèves en début de cursus disent avoir été victimes de harcèlement, d'agressions sexuelles ou de viols sur le campus de Gif-sur-Yvette. Les auteurs potentiels seraient majoritairement d'autres étudiants.

Que s'est-il passé à CentraleSupélec ? 

Une enquête interne, menée par une association étudiante à la demande de la direction de l'école, a révélé plus de cent faits de violences sexistes et sexuelles sur l'année écoulée. "C'est une enquête qu'on a coordonné avec l'association féministe Ça pèse", précise Emilie Rojer, référente égalité femme-homme de CentraleSupélec, au micro de Bruno Duvic sur France Inter. Elle visait à faire un état des lieux du plan d'action pour l'égalité femme-homme engagé par l'établissement. 

Le questionnaire anonyme envoyé par mail durant l'été, et dont le journal Le Monde a révélé les résultats hier, "met en évidence des situations de violences sexistes et sexuelles particulièrement préoccupantes", a indiqué CentraleSupélec dans un communiqué. Au vu de la gravité des faits, l'école a transmis les conclusions au parquet d'Évry. 

Que révèle l'enquête ?

Sur les 2386 élèves de première et deuxième années interrogés, 659 ont répondu. 51 femmes et 23 hommes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel, 46 femmes et 25 hommes d'une agression sexuelle et 20 femmes et 8 hommes d'un viol.

Parmi les victimes, "près de 9 sur 10 ont indiqué que leur agresseur serait un autre élève", précise l'école. "Ces agressions ont eu lieu dans 80% des cas au niveau des résidences et des domiciles des étudiants, pour la plupart hébergés sur le campus", détaille Emilie Rojer. 

"Les résultats de cette enquête nous ont sidérés", a commenté Romain Soubeyran, le directeur de l'école, dans le communiqué. "Si nous sommes engagés de longue date dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, nous étions loin d'en prendre l'exacte mesure", a-t-il ajouté.

"Ce qui se passe au sein de notre école, c'est le miroir de ce qui se passe au sein de la société", a relativisé la référente égalité femme-homme de l'école sur notre antenne, sans plus de précisions.

Quelles sont les suites judiciaires ?

Après réception des conclusions de l'étude ce mercredi, le parquet d'Evry a ouvert une enquête préliminaire pour "harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols". Les recherches vont être menées par les enquêteurs spécialisés de la brigade de recherches de Palaiseau. L'enjeu essentiel sera d'identifier les victimes et potentiellement les auteurs de ces agressions, si des plaintes sont déposées, car pour l'instant tous les témoignages sont anonymes. 

"Si le questionnaire donne la force ou l'envie à certaines personnes de s'exprimer et de dire ce qu'elles sont subi, je pense que l'école est prête à les accompagner et que l'affaire sera suivie", a déclaré au micro de nos confrères de franceinfo Ibtissam Hamich, présidente de l'association Ça pèse, qui a mené l'étude. L'école a indiqué qu'elle se porterait partie civile pour tout dépôt de plainte

Ce que nous voulons c'est de pouvoir défendre les victimes. Donner suite sur le plan judiciaire, comme sur le plan disciplinaire - Emilie Rojer

Le directeur de l'école a saisi la justice pour que "soient envisagés des moyens complémentaires de prévention, d'action et d'accompagnement des victimes, mais également des moyens de sanction des auteurs."

Quelle a été la réaction sur le campus ?

"J'ai été vraiment surpris par l'ampleur et ça m'a extrêmement choqué", confie un étudiant à notre reporter sur place. "Aucun contexte ne peut justifier ces actes", lance un autre. "Ce qui est assez inquiétant c'est que malgré toutes les campagnes de prévention et l'accompagnement qui est proposé, il y a encore ce type d'actes qui arrivent ; et c'est inquiétant que la libération de la parole [n'ait pas eu lieu] plus tôt", analyse Victoire, en master. 

D'autres ne sont pas si surprises, comme Bertille : "pour moi, la majorité [des faits] se passe en soirée." Une autre élève explique qu'avec le confinement, de nombreuses soirées "clandestines" ont été organisées, dans une résidence privée où dorment une partie des élèves. "Elles se faisaient [là] au lieu de se faire dans les bâtiments où elles sont encadrés."

Est-ce la première fois que CentraleSupélec est épinglé ?

Oui, l'école n'avait jusque là jamais été inquiétée par de telles affaires, contrairement au lycée Saint-Cyr, à plusieurs écoles de commerces et aux Instituts d'Etudes Politiques, où la parole s'est libérée en début d'année, sous le hashtag #SciencesPorcs. 

La direction s'est dite d'autant plus choquée qu'aucun des faits ne lui avait été signalé, malgré la mise en place d'un important dispositif de lutte contre ces violences sexuelles, dit-elle. "On va aller plus loin", affirme Emilie Rojer. La cellule d'écoute et de veille, en place depuis 2019, va être "externalisée, car les études montrent qu'il est plus facile pour les victimes de viols de s'exprimer auprès de tiers". D'après nos confrères du Monde, l'école vient de signer un partenariat avec France Victimes. 

"Les résultats de notre questionnaire sont alarmants, mais ils nous semblent nécessaires pour que tout le monde prenne conscience de l'ampleur du problème des violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur", a indiqué l'association Ça pèse sur Twitter. Elle se tient à la disposition des associations d'autres écoles, qui souhaiteraient diffuser un questionnaire similaire. 

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Quelle est la réaction du gouvernement ?

La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal a réagit sur Twitter, condamnant fermement les faits révélés. Elle s'exprimera dans les prochains jours pour "annoncer un plan national d’action contre les violences sexuelles et sexistes dans l'enseignement supérieur." 

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