#EtMaintenant - Qu'est-ce qui va ou doit changer dans le monde de demain ? Dans une série d'entretiens vidéo, France Inter donne la parole aux moins de 35 ans. De Raphaëlle Hutin, 17 ans, activiste pour le climat, à Céline Berthier, 34 ans, productrice de fromage de chèvre.

Quelles leçons tirer de la crise du coronavirus ?
Quelles leçons tirer de la crise du coronavirus ? © Radio France / Lorélie Carrive

Et si les crises sanitaire et économique que nous traversons étaient l'occasion de faire autrement, de repenser nos modes de consommation, de production, notre rapport au travail ? À travers une série d'entretiens vidéo regroupés sous le hashtag #EtMaintenant, France Inter a donné la parole à 13 citoyens âgés de moins de 35 ans, et issus d'horizons différents. 

De Raphaëlle Hutin, 17 ans, activiste pour le climat, à Céline Berthier, 34 ans, productrice de fromage de chèvre, ces treize citoyens ont en commun d'être engagés. Dans leurs cuisines, champs, entreprises, associations, ils bâtissent tous les jours le monde qui vient. Comment le veulent-ils, ce monde d'après ? Quelles leçons tirent-ils de la pandémie de coronavirus ? Voici leurs réponses. 

Sur notre consommation et notre alimentation 

Activiste pour le climat, Raphaëlle Hutin, 17 ans, estime qu'il ne faut "surtout pas repartir trop vite". "On veut certes un retour à la normale, mais pas comme avant", martèle la lycéenne, qui plaide pour que le déconfinement ne soit pas synonyme de retour à une consommation effrénée. Seule solution à ses yeux pour contenir le réchauffement climatique : la décroissance. "Comme pour la cigarette, on ne peut pas s'arrêter de consommer d'un seul coup. Je pense que ça passe d'abord par de la pédagogie. Il faut dire aux gens que la décroissance  - qui selon moi porte très mal son nom - est une décroissance économique mais une croissance du bien-être, du bonheur !"

Moins radical, le recours aux circuits courts, plébiscités pendant la crise, revient régulièrement dans les discours. Pour plusieurs personnes que nous avons interrogées, le confinement a été l'occasion de réfléchir au contenu de nos assiettes. "On a tous pris le temps de cuisiner", note Nicolas Vérot, 27 ans, artisan charcutier. "Cette prise de temps entraine une prise de conscience."

"Il y a une envie d'aller consommer au plus proche des agriculteurs", renchérit Samuel Vandaele, président du syndicat des Jeunes agriculteurs. De façon générale, veut-il croire, l'épidémie a permis un rapprochement entre la population et le monde agricole. Le céréalier invoque les 300 000 personnes inscrites sur la plateforme "Des bras pour ton assiette, lancée par la FNSEA, afin de recruter des travailleurs pour les récoltes - même si dans les faits, seulement 15 000 contrats ont été signés. "Les gens qui sont venus dans nos exploitations auront demain une autre perception de notre agriculture, de nos contraintes", fait valoir Samuel Vandaele, qui espère aussi que l'expérience aura éveillé de nouvelles vocations. 

"Il ne suffit pas d'acheter de bons produits. Il faut aussi se renseigner sur la façon dont ils sont produits, sous quelles contraintes économiques", poursuit Céline Berthier, 34 ans. Productrice de fromage de chèvre en Ardèche, elle souhaiterait que la crise agisse comme un déclic pour inciter les citoyens à investir directement dans les exploitations et soulager des agriculteurs souvent plombés par de lourds emprunts. "Pour une ferme qui couterait, disons, 200 000 euros, on pourrait imaginer que 400 personnes y placent 500 euros." 

"Autrement dit, plutôt que de mettre ses sous sur un livret A à 0,75%, on peut les mettre dans des fermes, et contribuer à une bonne alimentation locale !"

"Il faut rendre la ville plus résiliente", martèle à son tour Damien Antoni, architecte au sein de l'atelier Syvil, qui rappelle que 97% de ce qui est consommé en ville est produit en dehors. "Les métropoles sont addicts à la mondialisation !" Pourquoi ne pas créer alors des usines municipales multifonctions qui produiraient à la demande, par exemple des canots de sauvetage en cas de crue centennale, interroge-t-il. 

Sur les inégalités et le travail 

"Le confinement a mis en lumière de grosses inégalités sociales", observe Kiyémis, autrice et blogueuse afroféministe. "On a bien vu qu'il n'y a pas une France, il y a dix mille France". Pour la jeune femme, qui revendique le "droit aux loisirs et à l'inactivité", la période aura été "un accélérateur d'engagement".

"Je me demande si ce n'est pas le moment d'aller voir du côté des syndicats, que je trouvais jusqu'ici assez vieillots".

"Cette crise m'a renforcé dans l'idée qu'il fallait aller dans la rue", dit également Tarik Safraoui, 26 ans, militant notamment engagé contre la réforme des retraites, qui plaide pour une augmentation du SMIC comme mesure d'urgence. "Tous les gens qui ont permis qu'on survive pendant ces quelques semaines, les pompiers, les caissières, les hospitaliers, ils ne devraient pas galérer à la fin du mois ! Quant à la réforme des retraites, il faut la supprimer : on nous a dit que les pensions seraient indexées sur le PIB, on voit bien qu'en période de crise le PIB s'effondre, les gens n'auraient pas de retraite aujourd'hui !"

Pour Eva Jaurena, restauratrice à Pantin (Seine-Saint-Denis) et fondatrice de l'association d'aide alimentaire Ernest, l'engagement doit se faire en faveur des travailleurs les plus précaires. "Très concrètement, ça peut se traduire par le refus de travailler avec certains prestataires qui emploient la majorité de leurs travailleurs sous le statut d'auto-entrepreneur."

"Les visioconférences nous ont poussés à être plus efficaces. A l'avenir, nous allons garder cette idée de davantage s'écouter, de parler l'un après l'autre, pour des réunions plus courtes !"

Le confinement a également entrainé le développement d'autres formes de travail, à distance notamment. Et sur ce plan là aussi, il y a des leçons à tirer, estime Apolline Roche, 27 ans, juriste au sein d'une organisation internationale à Ramallah. "Les réunions en visioconférence nous ont poussés à être plus efficaces. On a décidé qu'à l'avenir, on allait garder cette idée de davantage s'écouter, de parler l'un après l'autre, afin d'avoir des réunions plus courtes !"

Sur la démocratie et notre système de gouvernance

Selon Antoine Le Conte, à la tête de Cheerz, une application d'impression de photos, la crise a mis en exergue la défiance des Français vis à vis de l'exécutif, le résultat "d'un manque de transparence dans la vie politique de ces trente dernières années". "On a le sentiment que tout est très policé, très normé, on entend peu d'émotions, certaines décisions ne sont pas expliquées... "

"On a besoin d'avoir des humains qui nous gouvernent, qui peuvent discuter avec nous et nous font part de ce qu'ils savent et ne savent pas." 

Il déplore également une prise de décision trop centralisée, ne laissant pas assez de latitude aux régions et aux maires. 

"Globalement il faut essayer d'imaginer une nouvelle forme de démocratie, dans laquelle les citoyens seraient beaucoup plus impliqués", avance Simon Létourneau, 34 ans, co-fondateur de la plateforme Hellocarbo.com, qui permet de calculer ses émissions de gaz à effet de serre. "On a vu récemment l'exemple de la convention citoyenne sur le climat, pourquoi ne pas faire de même sur la santé, l'école, le numérique ? Avec à chaque fois des citoyens tirés au sort et éclairés par des experts, afin d'imaginer le monde de demain." 

Sur l'hôpital et l'école

Infirmier à l'hôpital de Strasbourg, Alexis Lienhardt, 28 ans, espère que les revendications portées de longue date par le milieu hospitalier aboutiront enfin à des mesures concrètes. "Nous soignants, on veut pouvoir prendre en charge des patients de manière optimale. Cela passe par une augmentation d'effectifs, une augmentation du nombre de lits ! Ça évitera à l'avenir de devoir, en cas de crise, vite vite fermer des services à droite pour en ouvrir à gauche !"

Sur l'école, dont l'organisation a également été chamboulée par l'épidémie, Floriane Derue espère quant à elle consolider le lien si particulier créé pendant le confinement avec ses parents d'élèves. "Je les appelais une fois par semaine, pour prendre des nouvelles", explique l'enseignante, professeure des écoles en zone d'éducation prioritaire à Évreux (Eure). "Au téléphone, les parents me parlent au début de leur enfant, avant de se livrer davantage sur leur vie de confiné, leurs angoisses, les difficultés rencontrées... C'est une relation différente de celle qui peut se nouer à la sortie de l'école ou pendant les réunions."

"J'espère que ce lien va perdurer, pour que les parents soient vraiment acteurs de l'école." 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.