Poursuivi pour avoir convoyé des migrants, le militant Cédric Herrou a définitivement été relaxé par une décision de la Cour de cassation. S'il se réjouit de pouvoir "continuer à créer de belles choses", il est toujours "en colère" et dénonce "un problème dans notre démocratie".

Les avocats de Cédric Herrou saluent la victoire finale du "principe de fraternité", après la décision de la Cour de cassation.
Les avocats de Cédric Herrou saluent la victoire finale du "principe de fraternité", après la décision de la Cour de cassation. © AFP / Philippe Desmazes

"La solidarité n'est plus un délit", a déclaré Cédric Herrou, ce mercredi 31 mars à France Inter. Le militant pro-migrants a définitivement été relaxé par la Cour de cassation. Installé dans la vallée de la Roya, il était poursuivi pour avoir convoyé environ 200 personnes sans-papiers, de la frontière italienne jusqu'à son domicile, en 2016. Il avait ensuite organisé un camp d'accueil sur un ancien centre de vacances inoccupé de la SNCF. "On va continuer à créer de belles choses", promet-il.

FRANCE INTER : Quelle a été votre réaction à l'annonce de votre relaxe ? 

CEDRIC HERROU : "Tout ça pour ça ! Après onze gardes à vue, cinq perquisitions, des nuits dans des cellules qui puent la pisse et la merde, cinq procès, des dizaines de milliers d'euros d'avocats, deux ans de surveillance systématique autour de mon domicile par 50 gendarmes mobiles, des contrôles d'identité quotidiens, la solidarité n'est plus un délit, mais ne l'a jamais été. Il n'y avait pas besoin de tous ces procès pour en arriver là."  

Êtes-vous tout de même soulagé ? 

"En fait, je ne suis pas soulagé, je suis en colère. Ce qui me met en colère, c'est à quel point le gouvernement, et donc l'État, peut se servir de la Justice pour faire taire une opposition politique. Il y a eu une interprétation de la loi pour incriminer des personnes solidaires." 

"Or on ne peut incriminer que s'il y a une contrepartie directe ou indirecte. Le parquet a inventé cette contrepartie complètement fofolle : la contrepartie militante." 

"Vous imaginez ? C'est qu'il y a un problème dans notre démocratie. On a peur d'aider son voisin, on a peur d'aider le migrant qui est en bas de chez soi. Je suis en colère et je pense que c'est que le début de quelque chose. Quand une dynamique politique fait souffrir des personnes, je crois que c'est de la raison et de l'obligation du citoyen d'intervenir et d'interagir contre des directives et dynamiques politiques." 

"C'est pas que je suis militant pro-migrant, ce n'est pas du tout la question. Ce qu'on fait, c'est au nom de nos valeurs de liberté, égalité, fraternité."   

Allez-vous continuer ces combats ? 

"Ce qu'on fait, c'est juste. On le savait depuis longtemps. Ce qu'on attendait en revanche aujourd'hui, c'était de savoir si c'était légal ou illégal. Eh bien, c'est légal ! Ça paraît évident, mais il a fallu combattre pour ça. On va donc continuer a créer de belles choses avec Emmaüs Roya. On a maintenant quatre personnes salariées, trois CDI, un CDD, et sept personnes mises à l'abri. On continue, on plante des patates, on plante des tomates, on récolte des olives, on fait de l'huile d'olive et voilà, la vie continue. C'est le but, que la vie continue. Et même si je suis en colère parfois, on essaie de la faire continuer dans la joie et la bonne humeur."