La mairie de Paris annonce un référendum pour définir les bonnes conditions d'usage d'Airbnb, accusé de dénaturer la capitale. Barcelone, Amsterdam, Los Angeles... dans le monde entier, des villes mettent en place des dispositifs pour freiner le mastodonte de la location touristique.

Partout dans le monde les villes s'organisent pour lutter contre Airbnb, accusé de favoriser le tourisme de masse.
Partout dans le monde les villes s'organisent pour lutter contre Airbnb, accusé de favoriser le tourisme de masse. © AFP / Joel Saget

Un référendum pour définir les bonnes conditions d’usage d’Airbnb. C’est ce qu’a promis en début de semaine sur franceinfo le 1er adjoint à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire. Le référendum sera organisé dans chaque quartier de la capitale, "immédiatement après les élections municipales, probablement à l’été". L’objectif serait aussi de reprendre un peu la main sur le géant de la location en ligne, qui aurait un peu trop de pouvoir au goût de certains. Mais dans le reste du monde, des grosses villes n’ont pas attendu Paris pour serrer la vis à Airbnb.

L'Espagne : fer de lance de la lutte contre Airbnb

Ainsi, la plateforme n'est pas vraiment la bienvenue en terre barcelonaise. Depuis 2014, la capitale de la Catalogne mène sans relâche une politique contre la location de  logements aux touristes, ce qui inclue Airbnb. Le combat a été mené principalement sous l’égide d’Ada Colau, la maire, qui a fait de la lutte contre Airbnb et le tourisme de masse l’un de ses chevaux de bataille. Depuis 2014, les licences pour appartement touristique ne sont plus attribuées dans le centre-ville. En 2016, Ada Colau a constitué une équipe de "surveillants" qui passent les rues et les boîtes aux lettres au peigne fin. Un portail web a également été créé, pour que les habitants puissent rapporter une location touristique qui leur semble illégale.

Barcelone a pris des mesures drastiques pour limiter le nombre de locations via Airbnb.
Barcelone a pris des mesures drastiques pour limiter le nombre de locations via Airbnb. © Maxppp / Jean-Luc Flémal

En avril, c'est la capitale Madrid qui a adopté des règles strictes. Objectif : fermer progressivement plus de 10 000 appartements loués par les touristes. Ça concerne les propriétés qui sont louées plus de 90 jours par an à des vacanciers. La capitale espagnole estime qu’il est nécessaire d’empêcher le centre de devenir un "parc à thème" : selon le conseiller au développement durable urbain de Madrid, ces règles s’imposent car "le tourisme de masse n’apporte pas de valeur ajoutée aux villes, au contraire, il les dégrade". Une décision qualifiée par Airbnb de "pas très claire", "injuste" et "disproportionnée".

Et puis Palma, dans les îles Baléares, est allée encore plus loin : la ville a purement et simplement banni la location d'appartements aux touristes. Des mesures restrictives ont aussi été prises dans d'autres cités espagnoles, comme Valence.

Aux États-Unis, Airbnb dans le collimateur des métropoles

À Jersey City, sur la côte est des États-Unis, la défaite d’Airbnb est d’autant plus cinglante qu’elle vient du peuple : 70% des votants de cette ville de la banlieue new-yorkaise, face à Manhattan, ont voté il y a deux semaines de grosses restrictions sur les locations de courte durée. Les nouvelles règles exigent l’obtention d’un permis, et la présence du propriétaire sur le site de location. Le but : réduire l'afflux de visiteurs, qui en passant par Airbnb sont accusés d'aggraver la crise du logement, de transformer des quartiers paisibles ou encore de nuire au secteur hôtelier.

Il y a aussi Los Angeles. Ses palmiers, ses plages de sable fin… et sa politique drastique envers Airbnb. Après 4 ans de tergiversations, de nouvelles règles sont entrées en vigueur le 1er novembre. Désormais, ceux qui souhaitent louer leur logement sur de courtes périodes devront le signaler à la ville et débourser 89 dollars par an. Finie aussi la location de dizaines d’appartement en même temps : les Angelins n’auront le droit de louer que leur résidence principale. Et puis la location ne devra pas excéder 120 jours par an. Si vous souhaitez aller au-delà, il faudra souscrire au "partage de domicile prolongé", et vous acquitter de la rondelette somme de 850 dollars annuels. 

Los Angeles a sorti les griffes début novembre pour restreindre les locations courtes.
Los Angeles a sorti les griffes début novembre pour restreindre les locations courtes. © Maxppp / Vincent Isore

Berlin et Airbnb : gare à ceux qui dérogent aux règles

À Berlin, si vous souhaitez louer un appartement à des touristes, c’est un peu le parcours du combattant. Il faut demander une autorisation à son arrondissement, qui ne l’accorde pas systématiquement. S’il s’agit de votre logement, c’est moins compliqué, même s’il faut tout de même s’inscrire. Les autorités vous attribuent alors un numéro, que vous devez obligatoirement faire figurer sur votre annonce. Mieux vaut ne pas déroger aux règles car l’amende est salée : jusqu’à 100 000 euros. Des sommes encaissées par la ville. 

"En moins de dix ans, les locations de courtes durées sont devenues un enjeu politique majeur pour les grandes villes européennes qui ont, pour la plupart, adopté des modes de régulation à la croisée de différents secteurs", analyse un groupe de chercheurs dans l'ouvrage "Gouverner la ville numérique" (éditions "La vie des idées").

À Berlin, l'amende pour les propriétaires fraudeurs peut monter à 250.000 euros.
À Berlin, l'amende pour les propriétaires fraudeurs peut monter à 250.000 euros. © Maxppp / Vincent Isore

Amsterdam : le combat contre le tourisme de masse comme priorité

Pour lutter contre le tourisme de masse, Amsterdam a dégainé l’artillerie lourde l’année dernière. La durée des locations meublées pour les touristes, dont celles pour Airbnb, passent de 60 à 30 jours par an. Résultat : la capitale néerlandaise est la seule en Europe où dormir à l’hôtel reste moins cher qu’une location Airbnb. Le nombre de touristes à Amsterdam, 18 millions aujourd’hui, pourrait atteindre 30 millions en 2025.

Amsterdam veut lutter contre le tourisme de masse, avec 35 millions de touristes annuels attendus d'ici 2025.
Amsterdam veut lutter contre le tourisme de masse, avec 35 millions de touristes annuels attendus d'ici 2025. © Maxppp / Arnaud Journois

Pour les chercheurs qui ont participé à l'ouvrage "Gouverner la ville numérique", le constat est clair : "La plupart des grandes villes européennes ont à ce jour développé des formes de régulation plus ou moins strictes des locations saisonnières et / ou des plateformes. Les hébergeurs qui ne respectent pas les différents règlements risquent aujourd’hui des sanctions financières : l’amende peut s’élever à 12 000 € par appartement à Amsterdam, à 30 000 € à Barcelone ou 100.000 € à Berlin".

Et en France ?

Paris mène une bataille judiciaire contre Airbnb. Ce mardi matin, la Ville et deux propriétaires ayant loué leur habitation via des plateformes en ligne de type Airbnb se sont affrontés devant la Cour de justice de l'Union européenne. L'histoire : deux propriétaires d'appartements ont saisi la Cour de cassation, après avoir été condamnés à 40 000 euros d'amende pour avoir mis leurs biens en location sans l'autorisation préalable de la mairie. L'affaire est suivie de près par de nombreux États membres.

Dans la capitale, vous pouvez louer votre résidence principale en meublé dans la limite de 120 jours. Il faut déposer une déclaration de meublé de tourisme en ligne.

Puis il y a ce décret qui pourrait changer la donne pour Airbnb, qui concerne toute la France : les communes pourront bientôt exiger une liste précise des logements loués par l’intermédiaire des plateformes de location temporaire. Entrée en vigueur du décret prévue le 1er décembre.

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