L'association "Avec Modération" qui réunit des producteurs de boissons, a publié mercredi son baromètre sur la consommation d'alcool en France. Selon l'étude, la tendance est à la baisse, mais peut-on s'y fier ?

Un homme buvant une bière. Image d'illustration.
Un homme buvant une bière. Image d'illustration. © Maxppp /

Chaque année, l'association "Avec Modération", composée "des entreprises leaders du secteur des vins/champagnes, bières et spiritueux", publie un baromètre sur la consommation des boissons alcoolisées. Relayé mercredi matin dans le quotidien économique Les Échos, il indique, pour 2017, que les Français achètent et boivent moins d'alcool qu'avant.

L'étude souligne notamment l'accélération de cette baisse et un certain recul des dépenses, mais elle est contestée par les associations de prévention et les médecins engagés sur le sujet. Selon eux, la consommation d'alcool est loin de baisser réellement, elle serait plutôt très stable.

Un Français sur dix boit de l'alcool chaque jour 

Le premier chiffre mis en avant est celui des achats de boissons alcoolisées, en baisse en 2017. Ils ont "régressé d'un litre alors qu'ils n'avaient diminué que de cinq litres au cours des dix dernières années". Le budget annuel aurait lui aussi baissé de cinq euros par rapport à 2016 pour atteindre 325,3 euros en moyenne 2017.

Au total, selon le baromètre (voir étude complète plus bas), la fréquence des achats s'établit à 25 occasions dans l'année, "son plus bas niveau historique". "Les Français achètent un peu moins souvent et des volumes toujours moins importants mais le budget moyen de chaque acte d’achat reste stable", souligne dans un communiqué Alexis Capitant, directeur général de l'association "Avec Modération", qui réunit sous la même bannière Bacardi Martini, Heineken, Pernod Ricard ou bien Rémy Cointreau. Le baromètre souligne enfin une hausse de la consommation dans les cafés, bars et restaurants.

Une étude aux bases contestées

Pour le docteur Bernard Basset, vice-président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), les producteurs de boissons alcoolisées communiquent sciemment sur des baisses infimes. "On sait très bien qu'ils le font dans un but évident : celui de dire qu'il n'y a pas besoin de politique de santé pour lutter contre le risque alcool, puisque ça s'améliore tout seul. Or c'est totalement discutable et on est à un niveau de consommation, en France par rapport au niveau mondial, qui reste très élevé" explique-t-il.

Ainsi, selon Bernard Basset, il n'y a pas de baisse mais plutôt une situation stationnaire. "S'ils étaient rigoureux, ils s'abstiendraient de communiquer ou ils diraient qu'il y a une stabilité", poursuit-il, mettant en avant les chiffres de l'OFDT, l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies : "Les chiffres de l'OFDT sont exprimés en quantité d'alcool par an et passent de 11,8 à 11,7 litres. Autant dire que c'est stable".  Le médecin met également en garde sur les données utilisées par "Avec Modération" pour établir ce baromètre : "C'est une enquête déclarative, estime-t-il. Or on sait que quand on interroge les gens sur la consommation d'alcool, ils ont tendance à dire qu'ils boivent moins qu'en réalité".

Alexis Capitant, directeur général de "Avec Modération" affirme que l’enquête de son association est "une référence absolue pour tous les acteurs économiques, tous secteurs confondus". Ce dernier tient à préciser que "la seule enquête déclarative dans le baromètre concerne la fréquence de consommation" et que "les résultats correspondent parfaitement aux enquêtes (également déclaratives) du Baromètre santé de Santé Publique France".

Une alerte lancée en octobre

Selon le représentant de l'Anpaa, l'association"Avec Modération" a tout intérêt à ce qu'une politique efficace ne soit pas mise en place. Début octobre, des spécialistes de la question, associations et médecins, ont alerté la ministre, Agnès Buzyn.

Dans une tribune intitulée "Protégez les Français des dangers de l'alcool", ils regrettaient de ne pas voir les boissons alcoolisées entrer dans le cadre du fonds de lutte contre les addictions aux substances psychoactives, inscrit dans le budget de la Sécurité sociale en 2019.

Article mis à jour le vendredi 9 novembre avec la réaction d'Alexis Capitant, de l'association "Avec Modération". 

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