Lancée début juin pour alerter les utilisateurs en cas d’attaque terroriste, l’application SAIP a largement relayé, samedi, la fausse alerte d’attentat à Paris. Pourquoi ?

L'application SAIP a été lancée début juin dernier
L'application SAIP a été lancée début juin dernier © AFP / Bertrand Guay

Un écran rouge vif, un panneau “Attention” et en lettres capitales : “EGLISE - ALERTE ATTENTAT” : voilà ce qu’ont vu sur leur smartphone samedi les utilisateurs de l’application gouvernementale SAIP (pour “Système d’Alerte et d’information des populations”). Un message largement diffusé… alors que l’alerte en question était une fausse alerte.

Ce n’est pas la première fois que SAIP, sortie début juin juste avant le début de l'Euro de football, marque des signes de mauvais fonctionnement. Le 14 juillet dernier, après l’attaque terroriste de Nice, l’alerte n’avait été déclenchée sur cette application que plusieurs heures après l’attentat.

Erreurs humaines ?

Pour mieux comprendre l’origine de ces dysfonctionnements, revenons sur le fonctionnement de cette application. Le lancement d’une alerte attentat se déroule en quatre étapes :

  1. Une alerte est donnée : ce peut être par exemple un appel à la police, ou une constatation d’agents présents sur les lieux de l’attentat. Cette alerte est transmise soit au Centre interministériel de gestion des crises, soit à la préfecture concernée, qui dépendent tous du ministère de l’Intérieur.
  2. La décision de lancer l’alerte revient aux services du ministère de l’Intérieur, qui déclenche une commande informatique pour que le message soit envoyé tous les téléphones concernés.
  3. La commande est transmise aux serveurs informatiques de l’application, gérés par une société nommée Numergy, filiale de SFR, pour le compte de l’entreprise qui a fabriqué l’application, Deveryware, a révélé Le Monde en juillet dernier.
  4. Les serveurs envoient la notification (appelée "alerte push") sur tous les téléphones qui disposent de l’application et qui sont géolocalisés dans la zone concernée.

Dans le cas de la fausse alerte de samedi, c’est lors de la deuxième étape qu’il y a eu une erreur, qui est donc une erreur humaine. Mais pas forcément celle que l’on croit : selon une source ministérielle, la rapidité avec laquelle l’alerte est partie n’est pas un dysfonctionnement, au contraire. Elle prouve que le dispositif fonctionne bien. C’est la formulation du message qui était trop affirmative : celui-ci aurait dû mentionner une “suspicion d’attentat” en cours de vérification, et non une “alerte attentat”.

Pannes techniques ?

Mais d’autres dysfonctionnements sont possibles : en juillet dernier c’est une panne technique qui a causé l’envoi tardif de l’alerte. Le dispositif convenu entre les deux entreprises, Numergy et Deveryware, n’était pas suffisant pour résoudre une panne en cas de crise, a révélé une enquête du Monde.

Le premier, hébergeur des serveurs, n’était pas au courant de qui était le client (l’Etat), ni de quelle serait la visée de l’application (prévenir en cas de risques terroristes), et le second, développeur, pressé par le peu de temps disponible pour concevoir l’application (deux mois), n’avait pas mis en place de serveur “doublon” en cas de panne du serveur principal. Résultat : il avait fallu attendre 1h34 du matin pour que le statut de l’application soit mis à jour, alors que l’attaque au camion avait eu lieu vers 22h30.

Réseau téléphonique fragile ?

Et ce n’est pas tout : un “bug” est aussi possible au moment où la notification est finalement envoyée sur les téléphones des utilisateurs. Car celle-ci passe par le réseau internet (3G, 4G notamment) : si le réseau est saturé, comme c’est souvent le cas en cas de crise, les alertes n’arriveront pas.

C’est pour cette raison notamment, et pour éviter que les alertes soient envoyées aux seuls possesseurs de smartphones qui disposent de l’application, que le député PS Luc Belot a proposé fin juillet un dispositif d’alerte par SMS, “complémentaire” de l’application SAIP, car les SMS sont plus légers à envoyer et peuvent toucher tous les téléphones.

Fausse alerte : que s'est-il passé ?
Fausse alerte : que s'est-il passé ? © Visactu
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