Le ministre de l’Éducation nationale est revenu sur ses propos tenus sur France 3 et Brut ces derniers jours, où il reprenait une fausse information récurrente sur les "achats d'écrans plats plus importants au mois de septembre". Jean-Michel Blanquer a tenté de clarifier ce mercredi matin sur France Inter.

Le ministre de l'Education nationale lors de la conférence de presse de rentrée.
Le ministre de l'Education nationale lors de la conférence de presse de rentrée. © AFP / Christophe Archambault

C’est une polémique récurrente lors de la rentrée scolaire, liée à l’allocation d’un peu moins de 400 euros versée, sous conditions de ressources, aux parents pour permettre d’acheter des fournitures scolaires. Cette année, trois millions de familles ont pu en bénéficier. En 2021, les parents d’un enfant qui fait sa rentrée en CP ont pu percevoir 370,31 euros. À partir de onze ans, l’allocation passe à 390,74 euros puis 404,28 entre 15 et 18 ans. 

Dimanche : "Il y a des achats d'écrans plats plus importants au mois de septembre qu'à d'autres moments"

Le débat sur l’utilisation de l’ARS n’est pas nouveau. L’un des premiers à (prétendument) "jeter un pavé dans la mare" est le député UMP Edouard Courtial. Fin août 2008, il dépose un amendement pour que cette somme soit versée sous forme de bons d'achat de rentrée. «L'allocation de rentrée ne doit pas servir à acheter un écran plat», dit-il. Le député avance alors: "Il semblerait que certains distributeurs d'électroménager enregistrent des pics de vente d'écrans plats au moment de la rentrée." Ce sarkozyste a remis sur la table à plusieurs reprises sa proposition dans les années qui ont suivi.

Si le débat est revenu dans l’actualité, c’est à cause de la tribune de la députée MoDem de la Nièvre Perrine Goulet, dans le journal du Dimanche. Elle propose de verser l’allocation sous forme de contremarque, comme un chèque restaurant, pour être sûr que l’argent dépensé le soit uniquement pour les fournitures scolaires. "Ce que l'on constate, c'est que son utilisation n'est in fine pas toujours dédiée aux enfants" écrit-elle.

Une étude de la Caisse d'allocation familiale indique pourtant que 95% des parents ont utilisé majoritairement l'allocation de rentrée pour acheter des fournitures scolaires et des vêtements. Les autres dépenses constatées, selon Franceinfo, sont celle liées aux assurances, à la cantine et les transports. "La quasi-totalité (99 %) des bénéficiaires ont acheté des fournitures scolaires et 95 % des vêtements" écrit la CAF dans son étude de 2013. 

D’après le cabinet GfK Market Intelligence France, spécialisé en études de marché, et interrogé par Libération, les ventes de téléviseurs, les mois les plus fructueux sont lors des fêtes de fin d’année comme lors du BlackFriday et les périodes de soldes. Les grandes compétitions sportives permettent aussi d’augmenter les ventes. À l’inverse, le mois d’août (300 000 ventes en moyenne) et de septembre (314 000 ventes) font partie des mois creux, d’après une étude menée entre 2015 et 2020.

Peu importe l'étude de la CAF. Interrogé sur la tribune de la députée Modem, sur France 3 ce dimanche 29 août, Jean-Michel Blanquer juge que c'est "une idée intéressante". Selon lui, elle mérite "d’être étudié". "Je suis toujours très attentif aux droits de l’enfant. Ces idées-là ne me paraissent pas scandaleuses." Quand le journaliste demande "s’il y a beaucoup de détournement" de cette allocation, le ministre de l’Éducation nationale répond : "On sait bien, si on regarde les choses en face, qu'il y a des achats d'écrans plats plus importants au mois de septembre qu'à d'autres moments. Bien-sur qu'il peut y avoir... qu'on peut regarder les choses comme ça..."

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Mardi, Jean-Michel Blanquer n'a pas de source mais persiste : "c'est une évidence"

Sur Twitter, des dizaines d’internautes reprennent la séquence et critiquent les propos de Jean-Michel Blanquer. De nouveau interrogé par le média en ligne Brut, mardi le ministre persiste. "Ce genre de polémique, c’est fascinant" commence-t-il. "Si vous écoutez l'ensemble de mon propos, je dis que c'est une question à regarder, que ça peut avoir des avantages et des inconvénients et qu'il faut la prendre sur la base d'études qui restent à faire". À Brut, il estime : "Si à la fin, des parents dépensent cet argent qui a été donné par la puissance publique pour autre chose que pour l'enfant, ça n'est pas bien." Le ministre poursuit sur son hypothèse : "Et même si ça arrive dans une minorité de cas, et ça arrive dans une minorité de cas... Et bien ça n'est pas une bonne chose. Voilà, on peut se dire ça calmement, étudier la chose calmement. Je le dis de manière très équilibrée et basée sur des faits."

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Sauf que quand le journaliste lui demande "sur quelle source [il se] base", Jean-Michel Blanquer répond : "C’est une évidence", "dans 100% des cas, l’argent n’est pas dépensé pour les enfants." "Si vous voulez, on va dans une grande surface la semaine prochaine et puis on regardera", lâche-t-il.

Mercredi, le ministre tempère : "Je dis 'regardons'"

Puis, trois jours après ses propos dans l’émission politique de France 3, c’est sur France Inter que Jean-Michel Blanquer est de nouveau interrogé. "Mon postulat, toujours, sur chaque sujet, c’est les droits de l’enfant" clame le ministre. "Si même de façon marginale, de l’argent destiné aux enfants est utilisé pour autre chose que pour les enfants, c’est la protection des enfants que l’on vise et rien d’autre." Jean-Michel Blanquer ne revient pas sur ses propos, "j’essaye tout simplement de dire la vérité" assure-t-il, là encore sans aucune base factuelle. "Des professeurs me parlent, me racontent ce qu’ils se passent sur le terrain."

Confronté à une enquête de la Caisse d'allocation familiale (voir ci-dessous) qui affirme le contraire, donc que l’essentiel de cette aide est bien utilisée pour les enfants, Jean-Michel Blanquer nie : "Il n’y a pas de vraies enquêtes, ce sont des enquêtes sur des déclarations de ce que disent les gens. Essayons d’être sérieux sur ces sujets. Je n’ai jamais dit qu’il y avait une mesure à prendre là-dessus. Je dis ‘regardons’."

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Réactions politiques et des enseignants

Plusieurs syndicats enseignants se sont indignés des approximations de Jean-Michel Blanquer. Dans un communiqué, SE-Unsa dénonce "la suspicion envers les familles précaires" alors que "les achats liés à l’ARS sont dans leur immense majorité en lien avec l’objectif fixé".

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L’ancienne ministre et aujourd’hui directrice de l’ONG Oxfam Cécile Duflot pointe sur Twitter "toujours le même truc dégueulasse : les pauvres, non seulement c’est de leur faute, mais en plus ils n’aiment pas leurs enfants et ils piquent leur argent..." Le député européen et candidat à la primaire d’EELV Yannick Jadot a lui aussi dégainé pour critiquer le ministre : "Je trouve ces déclaration totalement irresponsables. Ces déclarations me choquent mais elles racontent tellement de ce quinquennat, d’un mépris pour les classes populaires et les familles en difficulté."

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"Je ne suis pas opposée à ce qu’il y ait des allocations en bon d’achats" concède la secrétaire d’État à l’Éducation prioritaire Nathalie Elimas, invité de Sud Radio le 31 août. "On parle des modalités de distribution, on ne parle pas des montants, on ne parle pas de l’assiette et des familles qui sont concernées, on regarde comment on fait autrement." Pour résoudre un problème qui, factuellement, n'existe toujours que dans les discours politiques.