L'ONG s'est alliée à une entreprise spécialisée dans l'intelligence artificielle (ElementAI) pour analyser des millions de tweets adressés à des femmes politiques ou journalistes aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pour Katia Roux, chargée de plaidoyer Libertés chez Amnesty International, les résultats sont inquiétants.

Logo de Twitter dans ses locaux parisiens
Logo de Twitter dans ses locaux parisiens © Radio France / Olivier Bénis

En 2017, les 778 femmes suivies par cette étude ont reçu des millions de tweets. Et une proportion non négligeable (7,1 %, soit 1,1 million de tweets) sont "problématiques" (blessants ou hostiles, de manière souvent répétée) ou "abusifs" (violant directement les règles de Twitter, notamment sur les menaces, insultes, appels à la violence ou propos dégradants).

Amnesty International a obtenu ces données en mobilisant une "Troll Patrol", un projet participatif constitué de 6 500 bénévoles qui ont fait le tri entre les tweets problématiques et les autres, pour permettre ensuite de les détecter avec une efficacité inédite. C'est ce qu'explique à France Inter Katia Roux, chargée à Amnesty de la section "plaidoyer Libertés".

Que nous apprend cette expérience sur la violence sur les réseaux sociaux ?

"Nous disposons aujourd'hui de données qui nous permettent d'étayer ce que les femmes nous disent depuis longtemps : à savoir que Twitter est un espace où on laisse le racisme, la misogynie et l'homophobie prospérer, quasiment sans contrôle. On a constaté que les violences en ligne contre les femmes ne connaissent pas de frontière politique, mais que les femmes de couleur étaient beaucoup plus susceptibles d'être touchées. Toute cette année, les femmes n'ont eu de cesse de dénoncer de façon croissante ce fléau, qui menace leur droit à la liberté d'expression sur les réseaux sociaux."

Des violences qui peuvent prendre de nombreuses formes...

"Ce sont des menaces directes ou indirectes de violences physiques ou sexuelles, des attaques visant un ou plusieurs aspects de leur identité, des propos racistes, transphobes, du doxxing (cette pratique qui consiste à mettre en ligne des informations personnelles d'un tiers pour lui porter préjudice), ou encore le partage d'images intimes ou à caractère sexuel sans le consentement de la femme concernée. Ces abus visent à créer un cyber-environnement hostile pour les femmes, visant à les humilier, les dégrader, les rabaisser, en fin de compte les réduire au silence. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'attaque contre les hommes en ligne, mais celles dirigées contre les femmes ont souvent un caractère sexuel, très ciblé, lié à leur identité de genre, à leur identité de femme."

Twitter peut-il vraiment agir face à ces situations, ou est-il condamné à avoir un temps de retard sur les agresseurs ?

"Le projet qu'on a mis en place, "Troll Patrol", est à la portée de tous les internautes. On a réuni des centaines de milliers de tweets, on a proposé aux 6 500 bénévoles de les trier, on leur a posé des questions sur leurs contenus : est-ce qu'ils sont injurieux, sexistes, homophobes, est-ce qu'ils contiennent des menaces sexuelles ou physiques... Ce sont des choses que Twitter pourrait aussi mettre en place ! Se poser ces questions, répertorier les demandes, ventiler les données par type d'attaques, ce sont des éléments extrêmement importants pour pouvoir répondre et prendre des mesures adéquates. Nous demandons à Twitter d'agir. Il est tout à fait possible de mettre fin à ces violences."

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