Une étude scientifique s'inquiète du fait que les animaux les plus admirés souffrent d'être utilisés en publicité et marketing. Plus on les voit, plus on oublie qu'ils sont souvent en voie d'extinction.

En une année, On voit plus de lions virtuels qu'il n'y a de lions vivants dans toute l'Afrique de l'Ouest.
En une année, On voit plus de lions virtuels qu'il n'y a de lions vivants dans toute l'Afrique de l'Ouest. © AFP / Fred de Noyelle / Godong / Leemage

"La conservation des animaux et des plantes nécessite le soutien du public. Ce soutien ne peut exister que si l'on sait que ces espèces sont menacées d'extinction." Pourtant, de nombreuses associations, comme le WWF, font ce travail de sensibilisation partout dans le monde avec des opérations médiatisées. Il semblerait donc évident de penser que le monde soit au fait de la situation particulièrement précaire de certains animaux, notamment ceux qui sont les plus connus ou populaires. Mais une étude publiée par la revue scientifique PLOS Biology tendrait à montrer que ces derniers ne sont pas les mieux protégés.

Paradoxe aimé-ignoré

Les chercheurs ont d'abord établi la liste des espèces les plus charismatiques selon les sociétés occidentales grâce à des questionnaires et enquêtes. Dans le top 10, les animaux de la savane, le lion, l'éléphant, le guépard, le léopard, la girafe mais aussi le tigre, le panda, le gorille, l'ours polaire, et le loup. 

"On a regardé le statut de conservation de ces espèces, de quelle façon elles sont menacées, explique Franck Courchamp, chercheur au CNRS et principal auteur de l'étude. On s'est aperçu qu'elles étaient particulièrement menacées d'extinction malgré le fait qu'elles sont très aimées du public." C'est ce que les chercheurs appellent le paradoxe aimé-ignoré. "Ignoré jusqu'à la mort, ajoute le scientifique, toutes ces espèces sauf une sont sur le point de s'éteindre à l'état naturel. D'ici dix à cinquante ans, elles n'existeront plus à l'état sauvage."

Une sur-représentation dangereuse

Ces animaux sont partout dans notre environnement quotidien. Leur image est utilisée par exemple pour les jouets des enfants. Leur symbolique est aussi omniprésente dans le marketing. L'animal sert à vendre du chocolat, de la bière, des voitures, du pétrole, des tenues d'équipes sportives, etc... Une sur-représentation qui a des conséquences selon Franck Courchamp : "On voit par exemple pour le lion, des effigies, des images, plusieurs fois par jour. En une année, ça correspond à voir plus de lions virtuels qu'il n'y a de lions vivants dans toute l'Afrique de l'Ouest."

Être aimé ne garantit donc pas d'être protégé. Le scientifique propose une explication : "A force de voir des espèces comme ça, partout, tout le temps, sur les t-shirts, sur les boites de céréales, sur Internet, la télé ou les magazines, on a l'impression que ces espèces sont très courantes. Et comme on a l'impression que ces espèces sont courantes, on a pas forcément le réflexe de soutenir les actions de conservation de ces espèces car on ne pense pas qu'elles sont en voix d'extinction. Mais le lion, si on continue comme ça, dans vingt ans, il n'y en a plus à l'état sauvage."

Face à cette problématique, l'étude propose qu'une petite partie des gains réalisés par les marques grâce à ces animaux servent à leur protection.

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