Annette Wieviorka, historienne, et Alain Dieckhoff, chercheur en sciences politiques, ont accepté de donner leurs définitions du sionisme et de l'antisionisme et d’expliquer pour France Inter ce qui se cache derrière ces mots, en fonction des époques et des lieux.

Après l'agression antisémite d'Alain Finkielkraut ce samedi, des députés ont lancé une proposition de loi qui ferait de l'antisionisme un délit.
Après l'agression antisémite d'Alain Finkielkraut ce samedi, des députés ont lancé une proposition de loi qui ferait de l'antisionisme un délit. © Capture écran d'une vidéo de Yahoo

Après l'agression antisémite d'Alain Finkielkraut ce samedi, des députés ont lancé une proposition de loi qui ferait de l'antisionisme un délit. 

Pour Annette Wieviorka, directrice de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l'histoire des Juifs au XXe siècle, avant d'expliquer l'antisionisme, il convient de définir ce qu'est le sionisme : "Le sionisme vient de Sion qui est une des collines de Jérusalem. Il s'agit d'un mouvement qui prône l’installation des Juifs sur la terre que l’on appelait à l’époque la Palestine et qu'ils appelaient la terre d’Israël. Ce mouvement, né au XIXe siècle, n’a pas fait l’unanimité dans le monde juif. Il y a eu des Juifs antisionistes. Ils se sont opposés à l’installation des Juifs sur cette terre. Il y a eu des Juifs antisionistes, notamment chez les Juifs orthodoxes, pour qui le retour à Sion ne devrait se faire qu’après l’arrivée du Messie, et aussi au sein du mouvement juif socialiste très puissant à cette époque".

Sionisme politique après l'affaire Dreyfus

Le sionisme politique est né à la suite de l'affaire Dreyfus, du nom d'un soldat français de confession juive accusé à tort de trahison par l'État français : "Sa figure emblématique, Théodore Herzl, Juif autrichien assimilé, a constaté que même si les Juifs s'intégraient et s'assimilaient dans les nations où ils habitaient, l'antisémitisme subsistait". Il faudra attendre 1948 pour que son projet de création d'un État juif devienne réalité.

Sionisme égal juif

"Après la guerre et la Shoah, l'antisionisme va un peu changer de nature", estime la chercheuse. Dans certains pays, notamment dans les pays de l'est de l'Europe, le terme 'sioniste' devient un terme euphémisant pour ne pas dire 'Juif'. 

Progressivement, l'antisémitisme devient délictueux dans les pays occidentaux. Progressivement, un glissement sémantique s’opère. "Le terme de sioniste est devenue synonyme de Juif et l’antisionisme devenu très largement synonyme d'antisémitisme" explique Annette Wieviorka.

Pour autant, il est évident pour l'historienne que la politique israélienne peut être critiquée comme celle de n'importe quel pays. "Il suffit de lire les romanciers israéliens ou de s’intéresser au cinéma israélien pour voir que de l'intérieur d’Israël, il y a des gens qui critiquent puissamment la politique de l'Etat d'Israël" assure la chercheuse.

L'antisionisme d'aujourd'hui veut, selon elle, faire porter à Israël tous les maux de la planète. On assiste, pour l'historienne, à une coagulation de plusieurs antisémitismes, "celui de certains milieux catholiques qui sont en même temps homophobes, misogynes, et celui de certains milieux islamistes et d'extrême-gauche qui se cachent derrière l'antisionisme"

Critiquer la politique du gouvernement 

Pour Annette Wieviorka, une loi qui ferait de l'antisionisme un délit serait compliquée à appliquer, mais elle estime que mettre cette question de l’antisémitisme et de l'antisionisme au cœur du débat est probablement une bonne chose. 

Pour Alain Dieckhoff, le sionisme et l'antisionisme sont nés au même moment, "les Arabes de Palestine étaient évidement opposés à la création d'un état juif en Palestine, qu'ils jugeaient injuste". Le chercheur explique qu'au départ, "le sionisme était un projet minoritaire dans le monde juif". 

Mais en 1948, l'État israélien est bel et bien là et aux yeux du chercheur, l'antisionisme devient alors problématique, car "une fois que l'État existe, on peut parfaitement critiquer la politique du gouvernement mais pas l'existence même de cet État."

Pour lui, il y a un malentendu sur ce point, "pour beaucoup de gens, la notion de sionisme est assez nébuleuse et beaucoup de gens n'en ont pas une idée très précise."

Aux yeux du chercheur, la proposition de loi sera difficile à définir et à écrire, "pour permettre de poursuivre un libre débat qui, lui, est justifié, sur la politique menée par les gouvernements que ce soit celui d’Israël ou d'autres".

Au sujet des invectives lancées à Alain Fienkielkraut, il estime que certains se saisissent de l’antisionisme pour faire de l'antisémitisme : "Au cours de manifestations au moment de la deuxième intifada en France, il y avait, sous couvert d’antisionisme, un antisémitisme qui s'exprimait. Ce n'est pas spécifique aux 'gilets jaunes'."

"Rentre à Tel Aviv", "On est chez nous": quelques unes des expressions injurieuses lancées à Alain Fienkielkraut, lors de la manifestation du 16 février. Une manière de considérer une personne supposée juive comme étrangère : "La figure du juif comme un étranger, ça ne se formulait plus.

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